LIVRE V, CHAPITRE VIII
reconnaissantes envers leur bienfaiteur. Mais il importe aussi beaucoup que vous ne leur témoigniez point que vous les en estimez vousmême davantage. Il faudra seulement leur faire sentir que Dieu est l'auteur de tout bien; que nous ne sommes de notre fonds que misère et néant; que Dieu demande beaucoup à ceux qui ont beaucoup reçu de lui ; qu'il se trouve sensiblement offensé de la moindre de leurs négligences , après les avoir honorés de ses plus grands dons ; qu'il se refroidit à leur égard , si une haute vertu ne répond pas à ses insignes faveurs. Sans cela , ces faveurs sont comme des palais bien ornés qui ne rendent guère plus riche celui à qui ils appartiennent , lorsqu'un revenu considérable n'y est point attaché. A l'aide de ces petites humiliations que vous saurez leur ménager, et de l'humilité qui en deviendra le fruit, vous commencerez d'élever lédifice de leur perfection. Etant déjà tout disposés à recevoir les impressions de la grâce , ils avanceront de plus en plus sous votre conduite dans les voies de la sainteté.