‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 269 sur 331 · LIVRE V, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE IX

de tous les saints ensemble ne renferment de bien ; car ce péché n'est jamais permis, s'agîl-il de convertir à ce prix tous les infidèles, de sanctifier tous les pécheurs, el do ciiunjei' en SL'raphins les damnés. La distance infinie qu'il y a eairc Dieu et nous fait la preuve de cette vérité. Gomme tout le bien que la créature peut faire devient très - peu de chose par celîe disproportion immense, le mal au contraire que nous commelDns devient très-consiJérable , quelque léger qu'il soit d'ailleurs. H n'est point de faute, pour petite qu'elle nous paraisse , qui ne soit en quelque sorte d'une malice infinie, dès que Dieu en est offensé , et qu'il nous la défend, dans quelque supposition qu'on la commette.

Je conviens que le péché véniel est communément appelé un pé ché léger ; mais ce n'est que par comparaison avec le péché mortel ; car , lorsqu'on le considère séparément , quel mal n'est-ce point ? Il passe tous les maux imaginables, au péché mortel près, ainsi que je le disais tout à Iheure, Cependant nous sommes obligés d éviter l'enfer , et nous ne sommes pas dans une égale obligation d'éviter le péché véniel : c'est que l'enfer est joint à la haine éternelle de Dieu, et sera à jamais le règne du péché mortel.

Mais si le péché véniel n'oflensait que très-légèrement le Seigneur, le punirait-il avec tant de sévérité et en cette vie et dans l'autre? Une simple défiance où tombe Moise , cet homme si chéri de Dieu , lui ferme l'entrée de la terre promise. Une frivole vanité qu'eut David à la vue de ses troupes nombreuses , coûta la vie à soixante et dix mille de ses soldats. Une vaine complaisance que conçut Ézéchias en faisant voir ses trésors aux ambassadeurs de Bubylone , causa la perle de ces mêmes trésors , la désolation de Jérusalem , la captivité de son successeur, de la famille royale et de la noblesse entière du royaume. Il y a plus, tous les maux de ce monde vinssentils fondre à la fois sur un homme coupable d'un seul péché véniel , ils ne seraient point un châtiment qui approchât des peines que Dieu lui réserve dans l'autre vie. En effet, ces peines, étant d'un ordre supérieur, sont infiniment au dessus de toutes celles qu'on peut éprouver ici-bas. Le feu, ce tourment déjà si sensible, est allumé dans le purgatoire par la main toute-puissante de Dieu, qui lui donne une activité inconcevable. Sa sainteté, ennemie de tout péché, l'oblige de retenir dans ces flammes, durant plusieurs années, non une âme digne de sa haine , comme elle le serait dans l'enfer, mais une âme quiest l'épouse de Jésus -Christ, une âme victorieuse pour jamais

du démon, de la chair et du monde. Dieu la châtie de la sorte cette âme qu'il aime, et il le fait pour des manquemens qu'elle a même pleures, mais pour lesquels elle n'a pas entièrement satisfait.

A quel point le péché véniel n'oflense t-il donc pas le Seigneur? A quel point l'homme chrétien ne doit -il donc pas le haïr?. Cependant, comme les choses à venir ne frappent pas également tout le monde, quelque redoutables et quelque prochaines même qu'elles soient , il est à propos de montrer quel tort le péché véniel fait à une âme qui se consacre au service de Dieu. La charité parfaite devant être son but , découvrez-lui quel obstacle y apportent les moindres fautes , et quelle aversion par conséquent elle en doit avoir.

Le prix inestimable d'une charité sans partage , c'est d'être une amitié parfaite entre Dieu et l'âme: Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous donnerai plus le no7n^de serviteurs (1). Que les péchés qu'on nomme légers sont contraires à cette amitié parfaite ! Ils en altèrent insensiblement , lorsqu'on y a toujours de l'attache, et en détruisent à la fin toutes les qualités, qui sont l'union des cœurs, la communication des biens , l'exercice mutuel de l'amour et la constance de cet amour.

Premièrement, l'union des cœurs est si nécessaire à l'amitié , qu'elle semble, selon la pensée de saint Augustin, en faire l'essence : JEadeni velle et eadem nolle , ea demutn perfecta amicitia est. Or, quoique le péché véniel ne trompe pas cette heureuse union que la grâce sanctifiante a formée entre Dieu et l'homme , il l'affaiblit néanmoins assez pour lui faire perdre le caractère d'amitié intime. L'âme ne laisse pas d'aimer encore Dieu , mais elle ne l'aime point autant qu'il doit et veut être aimé , puisqu'elle aime encore quelque chose qu'elle n'aime pas pour lui (2).

Secondement , la communication des biens est infinie du côté de Dieu. Il s'est donné à nous dans le mystère de l'Incarnation , et est prêt de se donner encore à nous dans tout l'éclat de sa gloire. Mais quel obstacle ne met point à l'effusion de cette libéralité immense Tavarice d'un cœur qui lui refuse si souvent des bagatelles ! On prétend se disculper sur ce que ce ne sont que de petites choses qu'on s'accorde , au lieu de les lui sacrifier. L'ingratitude en est d'autant

(i) Jo. V. 14.

(2) Minus, Domine , te amat qui tecuni aliquid aiuat quod piopler tenon aniat.

Page 1