‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 270 sur 331 · LIVRE V, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE IX

plus grande de notre part, il en est d'autant plus sensible à nos refus, lui qui n'omet rien pour s'acquérir tout notre cœur.

Troisièmement , la vraie amitié demande une correspondance mutuelle , qui consiste à s'en donner des témoignages de part et d'autre ; car tant que l'affeciion demeure cachée , elle est moins une amitié véritable qu'une simple bienveillance. Hé! comment l'amour réciproque s'exercera-t-il entre Dieu et l'âme qui l'offense par mille infidélités ? Quelle peut être la disposition de cette âme à l'égard de Dieu , et la disposition de Dieu pour elle , surtout dans le temps le plus propre à l'exercice de l'amour mutuel, c'est-à-dire dans le temps de l'oraison ? Alors on devient timide et distrait dans l'entretien avec un Dieu qu'on se reproche intérieurement de n'aimer pas assez, et dont on doute fort qu'on soit aimé. Dieu , refroidi de son côté , ne se communique pointa une âme tiède de la manière douce et consolante dont il a coutume de traiter avec ses vrais amis ; il lui retire ses délices, ces faveurs spirituelles qui nous adoucissent la pratique du bien, et nous y soutiennent en mille occasions où nous sommes tentés d'y renoncer.

Quatrièmement, la parfaite amitié veut de la constance : Omni tempore diligit qui arnicus est. Les auteurs de cet axiome : Aimes comme si vous deviez haïr , n'entendaient rien à l'amitié dont la constance est une qualité inséparable. Mais l'amitié formée entre Dieu et l'homme par l'effusion de la grâce ne sera pas de longue durée , si l'homme s'habitue au péché véniel , jusqu'à le commettre en toute rencontre , et sans scrupule. Une funeste expérience nous apprend que l'habitude de ce péché conduit enfin au péché mortel et à la perte de l'amitié de Dieu.

Le péché véniel dispose au péché mortel en deux manières, directement et indirectement , comme s'exprime saint Thomas (1). Directement, en ce qu'il fortifie la passion, qui la rend plus vive à se satisfaire, et la laisse toujours remporter quelque nouvel avantage ; en ce qu'il rassure chaque jour la conscience sur ses justes craintes , et en étouffe peu à peu les remords ; en ce qu'il affaiblit l'âme et la jette dans un état de langueur où elle est presque incapable de faire aucun effort. Et que deviendra-t-elle si le tentateur lui livre alors une violente attaque? Il importe peu que ses fautes ne soient pas considérables en elles-mêmes ; il est question du malheur extrême à quoi elles

aboutissent tôt ou tard. Est-ce qu'on ne vient pas d'une incommodité légère à une maladie mortelle? Qui voudrait remonter à la source des chutes hunteuses de plusieurs personnes éminentes en sainteté, trouverait que les péchés véniels en ont éié la cause. Les principes de chaque chose dans la nature ne sont presque rien , et cependant quelle force n'ont-ils pas pour produire les plus grands eflets ? 11 en est de même des petits péchés, qui sont comme le germe des plus grands.

Il arrive encore plus souvent que le péché véniel conduise indirectement au péché mortel. Je veux dire que la multitude de petites infidélités devieut au Seigneur une raison de s'éloigner de nous ; de n'avoir plus pour nous ce soin spécial qu'il emploie à la sûreté de ceux qui le servent avec ferveur ; de nous retrancher une partie des secours qu'il prodigue à ses vrais amis contre les efforts du teniateur; de nous donner dans tous nos besoins spirituels le nécessan-e, et rien davantage ; en un mot , d'en user envers nous comme nous en usons envers lui , suivant l'expression du prophète-roi : Cum ehcto electus eris ^ et cum perverso perverteris (1).

Sainte Catherine de Sienne disait que le vrai amour est si fort opposé au péché, qu'une personne qui aime bien Dieu sécherait de douleur si elle se voyait fume souillée de la moindre tache. Sainte Marie d Oignies , s'accusant de fautes si petites qu'elles échappaient presque aux yeux des plus éclairés, en gémissait si amèrement que son confesseur crut plus d'une fois qu'elle allait expirer de douleur à ses pieds. Ces âmes pures savaient combien le péché véniel nous est préjudiciable, et injurieux au Seigneur. Plût à Dieu que votre pénitent fût rempli des mêmes lumières ! Certainement, comme c'est pour aimer Dieu que l'homme est capable d'amour , aussi c'est pour haïr le péché , quel qu'il soit , que l'homme est capable de haine.

Concluez de tout ceci que les directeurs qui s'embarrassent peu de purifier une âme des fautes vénielles, manquent à leur devoir dans un point très-essenliel. Us laissent leur pénitent se confesser toujours de ces sortes de péchés, sans beaucoup de douleur de les avoir commis , et avec encore moins de résolution de s'en corriger. Quelle conduite! si ces ministres négligens dirigent, par exemple, un homme colère , fier, hautain, dédaigneux, ou bien de ces âmes indolentes, oisives , inappliquées à tous leurs devoirs ; s'ils dirigent de

(1) Py. 17. 2'i.

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