LIVRE Y, CUAPITRE IX
ces gens enclins à tourner tout en plaisanterie, attentifs à plaire par des bons mots , occupés à mettre partout de l'enjouement ; ou bien de ces esprits mélancoliques, ombrageux, attachés à leur seniimoni ; ils souffriront que des hommes si imparfaits vivent tranquilles dans leur état , dans l'habitude de faire des péchés véniels sans nombre. Cependant , puisqu'un seul péché léger entraîne après soi tous les maux, dont nous avons parlé, quelles malheuieuses suites n'en a-ton pas à craindre quand il est multiplié presque à l'infini? Mais n'eûl-il d'autre effet que d'empêcher Touvrage de la perfection ,ne serait-ce point un assez grand mal pour vous animera y remédiei-, si vous èies sensible autant que vous devez l'être à la gloire de Dieu et à l'avantage de votre prochain ?
Vous remontrerez donc au lâche chrétien la vie indigne qu'il mène, la multitude atlVeuse de ses infidélités , la facilité étonnante avec laquelle il les a commises , la malice incroyable que chacune d elles renferme. Vous le porterez aies détester en général et en particulier, à en arracher de son cœur toute affection , et à la convertir en une haine qui ne puisse plus les y souffrir. Sans cette détestation sincère , le mal ira toujours en augmentant: // n'est point de péché si léger, dit saint Augustin, qu'il ne cause un grand préjudice tandis qu'il plaît {\). Vous lui représenterez quelle injustice il a faite à son Dieu, en se retirant de sa sainte volonté, et en lui retranciiant de sa gloire, dont le moindre accroissement est préférable à tous les avantages de la terre. Le repentir sincère que ces motifs lui feront concevoir, sera laguérison du mal présent ^ et l'horreur que vous lui aurez d'ailleurs inspirée de ses fautes , en sera pour l'avenir un préservatif efficace. Combien de saintes âmes ont détesté leurs moindres infidélités , jusqu'au point d'en être en quelque sorte inconsolables , et de les regarder comme autantde crimes énormes? C'est ce que saint Jérôme rapporte de. sainte Paule : Ita levia peccata plangehat , ut gravissimoram criminum crederes ream [1). Cette horreur de leurs fautes passées les tenait dans la crainte continuelle d'y retomber , et leur faisait fuir tout ce qui pouvait y avoir quelque rapport. Je me stiis éloigné , disait le piophète-roi , de toutes les voies qui conduisant ait mal , afin d'observer fidèlement vos saintes ordonnances (3). Ces V0;es
(4) Jpud Gnit. dist. 23. 6. 3.
(2) Epist. 87.
(3) Ps. 118.
476 'administration de la ï>énitence.
qui conduisent au mal , c'est vous qui les marquerez et les interdirez à vos pénitens, selon leur besoin personnel. Lorsque vous en trouverez, par exemple, de trop aitachés à l'argent, conseillez-leur d'en confier la dépense à d'antres, si cela se peut, ou prescrivez-leur des aumônes à proportion de leur attache. Si vous en voyez de trop délicats sur leur santé, défendez-leur une infinité de soins et de ménagemens plus propres à diminuer qu'à conserver leurs forces. A l'homme vain qui cherche toujours à briller dans le commerce du monde , retranchez-lui du nombre de ses entretiens, autant que son état et la bienséance le permettent. Aux esprit toujours distraits dans le temps de leurs prières, ajoutez-leur quelque heure de retraite et de recueillement. Les maux se guérissent ainsi par des remèdes contraires.