‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 273 sur 331 · LIVRE V, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE X

ché , dans les appétits désordonnés, dans les mauvaises habitudes qu'on a contractées. Et c'est en ce sens que l'apôtre saint Jacques dit : Chacun est tenté par l'attrait et les amorces de sa propre con^ Toitise (1). Le principe de ces tentations en montre assez le caractère : elles commencent par des premiers mouvemens dont nous ne sommes point maîtres : par là l'imagination et l'esprit, avertis, frappés , remués^ forment librement des images et des pensées criminelles , d'où s'ensuivent aussi librement les derniers désordres. C'est de ce genre de tentations que saint Paul semble parler aux Corinthiens : Tentatio vos non appréhendât nisi humana (2). L'apôtre Souhaite que les fidèles de Corinthe n'éprouvent que cette sorte de tentations, parce qu'elles sont de la portée de l'homme, et conséquemment plus aisées à vaincre en elles-mêmes.

L'autre espèce de tentations est l'ouvrage du démon. Les principes d'où elles partent et la manière dont on en est attaqué les font bien connaître. Leur principe , c'est l'imagination où des objets impurs sont représentés pour échauffer le sang , et exciter à commettre le crime. La manière dont elles nous attaquent : c'est avec une impétuosité extraordinaire , avec une vio'ence que celle des passions n'égale point communément , avec une vivacité qui rend tout à coup un objet plus présent, plus circonstancié et plus agissant que si l'esprit s'en était déjà occupé long-temps. Être ainsi tenté et ne succomber point, c'est une preuve qu'on a fait;, ou pour le moins qu'on fera de grands progrès dans la vertu. Les François d'Assise , les Catherine de Sienne , les Madeleine de Pazzi , tous les saints , en un mot , chéris de Dieu particulièrement, ont été éprouvés de cette (manière.

Les tentations de la troisième espèce , qu'on peut appeler mixtes , parce qu'elles viennent et du démon et de nous , paraissent plus ordinaires et plus fréquentes que les autres. Le démon nous attaque ici , comme s'exprime un grand serviteur de Dieu , tantôt avec la lance, et tantôt corps à corps, ainsi qu'un athlète aux prises avec son adversaire. Il lutte en personne contre nous, lorsque, saisi de notre imagination^ il y peint les objets dont je viens de parler. Il combat contre nous avec la lance , lorsqu'il se sert des objets extérieurs pour frapper nos sens et blesser par là notre cœur. Mais le

(1) Jac. 4. 44.

(2) 1 Cor. 40. 43.

dessein de Dieu en permettant ces épreuves , c'est de nous les conconverlir en avantages. // ne suscita à Jacoh de grands combats que pour lui procurer de plus glorieuses victoires (1).

Les avantages qu'offrit Saûl à celui qui vaincrait le géant philistin, étaient de le combler de richesses , de l'exempter de tribut , et de lui donner sa propre fille en mariage ("2) : symbole de la libéralité de Dieu envers celui qui triomphe du tentateur. Dieu l'enrichit premièrement d'un trésor de vertus, lesquelles ne s'acquièrent jamais mieux que par les tentations mêmes qui en disputent la possession , pourvu que par des actes contraires on sache y résister avec constance. Avec cette généreuse fidélité , Ton se trouve au terme dje la perfection en bien moins de temps que par tout autre moyen. C'est comme un pilote habile qui profite d'un vent impétueux pour avancer en pleine mer, et faire un long voyage en peu de jours. Secondement, l'homme chrétien, ce fort David pleinemeiit vainqueur du géant superbe, est exempt du tiibut des âmes faibles, c'est-à-dire des inquiétudes et des perplexités par où l'on paie une résistance trop lâche pour être sûr d'avoir vaincu. Il jouit dune paix aussi parfaite que l'est sa victoire , et le tentateur n'ose presque plus se mesurer avec lui, de crainte que le succès ne tourne encore à sa honte (3). Troisièmement , l'ame toujours sortie victorieuse du combat devient l'épouse chérie de Jésus-Christ, qui la juge digne de lui après tant d'épreuves soutenues avec un courage invincible (4). Il est vrai pourtant que , dans cet état même , l'homme le plus fervent n'est pas toujours s:ms quelque peine intérieure : il se sent quelquefois l'imagination remplie de ténèbres-, quelquefois il se croit fort éloigné de son Dieu ; mais alors il en est réellement plus proche , quoitjue sa divine présence et sa céleste lumière se cache à lui pour des momens. Au reste , pour recueillir de nos combats des avantages si considérables , trois choses sont nécessaires , l'humiliié , le courage et la prière.

C'est surtout pour nous humilier que Dieu permet que nous soyons tentés. Car les tentations, nous exposant au danger de tomber dans le dernier des malheurs, qui est le péché , nous rendent si sensible notre misère , que nous sommes forcés de la reconnaître. Mais si cela

(1) Snp. 10. 42.

(2) Viriiiii qui percusseiit Pliilistœum ditaljit lex divitiis niagnis : (tomnm ejns faciet absqiie tiiluUo : el iiliain siiain d.ibit ei. (. 1 /îej/. 47. 25.)

(3) la veilicein ipsius itiiiiuitas ejiis descendet. (Ps. 7. 47.)

(4) Deus tentavit eos et invenit diguos se. (Sap. 3. 5.)

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