‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 274 sur 331 · LIVRE V, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE X

est vrai des tentations en général , combien Test-il encore plus de celles qui nous sollicitent à des péchés honteux ? Quel plus puissant moyen pour rabattre notre orgueil et nous faire rentrer dans notre néant? Aussi le démon se trouve-t-il comme hors de mesure , dès là que nous venons à nous humilier, parce que notre orgueil lui fournit une ouverture à tous les desseins qu'il trame contre nous, et que ce chemin alors lui est fermé : Bonum mihi quia htunilinstl me, nt discam justificationes tuas (1). En effet, sitôt que l'homme s'humilie en la présence du Seigneiir, ou bien la tentation cesse , ou bien ce Dieu de bonté y apporte un si grand secours , que la fin n'en saurait être que très- avantageuse ; Faciet etiam cum tentatione proventuni (2). Sur quoi il est bon de remarquer qu'on ne surmonte pas toujours les tentations contre la pureté , par les macérations du corps , bien qu'il paraisse que cela devrait être : car, puisque la chair se révolte alors contre l'esprit, le moyen le plus propre pour la soumettre serait, ce semble, de la maltraiter. Cependant o.i la mortifie cette esclave rebelle, et on ne l'assujélit pas : d'où vient cela ? C'est que l'honîrae qui châtie rudement son corps ne prend pas toujours garde de ne point compter trop sur ces austérités ; de ue s'en savoir pas plus de gré , et de ne se considérer pas comme un soldat plus aguerri que les autres. Ainsi sa vaine complaisance rend inutiles pour lui des armes d'ailleurs excellentes.

Il est encore un autre genre d'orgueil dont les justes sont trèssusceptib'es; c'est d'être étonnés de leur chute, de s'irriter, de s'emporter contre eux-mêmes, au lieu d'épuiser toute leur indignation sur leur péché : il semble même qu'ils veuillent quelquefois accuser le Seigneur d'avoir permis qu'ils tombassent. N'omettez rien pour retirer au plus tôt votre pénitent de ce précipice ; il est dans un péril évident de s'y enfoncer de plus en plus, et d'y rester sans ressource. L'humilité est le moyen que vous lui insinuerez avec douceur pour changer sou orgueilleux dépit en humble aveu de sa faiblesse. Vous lui conseillerez de se présenter désormais devant Dieu , à l'exemple de tant de saints pénitens , dans la posture d'un criminel indigne de tout pardon ; vous l'assurerez que sa douleur, accompagnée d'humilité, va réparer ses pertes avec usure, et faire d'un juste dont l'orgueil a déplu au Seigneur, un pénitent dont l'abaissement

(1) Ps. 118. 71.

(2 1 Cor. 10. J3.

lui sera agréable. Mais , riiumilité étant d'un prix infiniment plus estimable lorsqu'elle est devenue par l'exercice habituel un préservatif du péché, vous formerez tous ceux qui sont sous votre direction à l'usage familier de cette vertu. Qu'ils s'humilient souvent aux yeux de Dieu ; qu'ils adorent sa grandeur dans les humiliations qui leur arrivent ; qu'ils se soumettent en tout à son souverain domaine ; qu'ils éprouvent aussi long-temps qu'il lui plaira les tentations les plus humiliantes , et ne lui prescrivent point d'autre terme pour les en délivrer que celui de sa sainte volonté. Chacun d'eux pourra dire, anéanti devant la majesté divine : Comment peut-il se faire, ô mon Dieu , que vous daigniez encore jeter quelqu'un de vos regards sur moi ? Non, un cœur comme le mien , quoique vous vouliez bien en accepter le sacrifice, n'est point une offrande à vous être présentée. Pour le service d'un maître qui est la sainteté par essence , il faut des cœurs purs et exempts des moindres taches : qu'il me soit seulement permis de vous adorer par l'aveu continuel de mon néant , par les sentimens les plus vil^ de mes misères , par le désir sincère de me voir sous les pieds de toutes vos créatures , tandis que des millions d'anges vous glorifient par leur pureté.

Une âme humiliée de cette sorte est au milieu des plus horribles tentations un spectacle digne de Dieu, surtout lorsqu'elle ne sépare point de cet anéantissement intérieur la pratique des fonctions les plus basses et les plus abjectes; car cette pratique fortifie beaucoup dans l'humilité et y ajoute un grand mérite : Dieu n'en est pas longtemps témoin sans en être touché, et sa facile bonté récompense bientôt au centuple une vertu qui est le fondement de toutes les autres : Sur qui jeterai-Je les yeux , sinon \sur le pauvre qui a le cœur hrisé et humilié, et qui écotite mes paroles avec tremblement (1) ?

Cependant l'humilité doit être appuyée du courage qui déconcerte le tentateur et le met en fuite : Resistite diabolo, et fugiet a vobis (2). Le vrai courage est entre la témérité et la défiance ; le soldat chrétien marche en assurance dans ce milieu. 11 ne faut pas d'un côlé qu'il s'expose témérairement aux dangers, de crainte que Dieu ne l'abandonne à sa faiblesse pour punir une présomption qui l'offense. Le verre n'est fragile que quand il heurte contre ce qui peut le briser ; mais lorsqu'on l'en écarte avec soin, il dure aussi long -temps que le

(1) ha. 56. 2.

(2) Jac. 4. 7,

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