‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 283 sur 331 · LITRE V, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LITRE V, CHAPITRE XI

n'est que trop certain qu'elles ne sont pas impossibles. Si vous voyiez un jour quelque exemple d'un homme élevé en vertu et tombé dans le péché mortel , il y aurait du danger pour vous , aussi bien que pour votre pénitent; il serait à craindre qu'il ne perdît toute espérance de retour, et que vous, de votre côté, ne contribuassiez à la lui faire perdre. En effet, il se pourrait faire qu'au récit de son malheur vous vous montrassiez saisi d'un étonnement extrême , et ému d'une indignation égale à votre surprise. Que ce procédé serait déraisonnable ! Vous vous étonneriez qu'un roseau fragile eût été renversé par un orage; qu'un homme toujours faible de sa nature eût une fois succombé sous un poids capable de l'accabler à chaque pas ! Ce serait bien pis encore si vous traitiez le coupable avec rudesse , et que vous vous appliquassiez à le couvrir de confusion. On ne frappe point un aveugle qui est tombé dans une fosse ; on lui tend la main; on l'aide à se retirer, et on le remet dans son chemin. Usez d'une pareille charité ; et, bien loin de marquer à votre pénitent de l'indij^nation sur sa faute, songez à régler celle qu'il en témoignera lui-même. Il paraîtra devant vous irrité contre soi-même, comme contre un monstre digne de Thorreur de Dieu et des hommes. La douleur qui cause cette indignation est louable, pourvu qu'il ne s'y glisse rien d'humain; car il est extrêmement à craindre que l'orgueil n'y ait quelque part. L'homme venant à comparer l'état de son âme actuellement criminelle et odieuse avec l'état de cette même ûme auparavant innocente et agréable aux yeux du céleste Epoux, mêle aisément à la confusion de l'injure qu'il a faite à Dieu , je ne sais quelle honte orgueilleuse de sa misère. Ce retour sur lui-même le chagrine et le précipite quelquefois au désespoir. Epurez cette douleur , conservant ce qu'elle a de bon, et retranchant ce qu'elle a de mauvais , c'est-àdire la réduisant au juste regret d'avoir offensé le Seigneur, et en ôtant le dépit qu'y ajoutent l'orgueil et la défiance. Il faut apprendre charitablement à cet homme fragile comme tout autre à n'être pas si surpris de'sa chute, mais à s'étonner de n'être pas encore allé plus loin. Si nous n'avons point été perdus entièrement , c'est l'effet des miséricordes du Seicjneur {\). Supposé que, par vos soins soutenus de la grâce, le calme revienne à cette âme agitée, vous travaillerez à y rétablir les vertus ou perdues ou affaiblies par son péché. Vous y ramènerez l'espérance , eu lui faisant voir que sa faute même peut

(1) Thren. 3. 22.

devenir le principe de sa sanctification. Dieu sut tirer de la faute du premier homme de si grands biens, que l'Eglise l'appelle heureuse: felix culpa. Il sait encore tirer de la chute de ses saints des avantages qui en réparent doublement la honte et la perte.

Premièrement, ce lui est un sujet de gloire que de sanctifier par sa grâce une âme pécheresse. La justification de l'homme , dit saint Thomas (1), est un plus grand ouvrage que ne le fut la création du inonde, parce que cette justification a un terme infiniment plus noble, qui est l'élévation de l'homme à la dignité d'enfant adoptif de Dieu. D'ailleurs , pour nous élever à ce haut rang , Dieu trouve des obstacles à vaincre ; notre volonté n'est pas toujours d'accord avec les desseins de salut qu'il a sur nous , et c'est par cet endroit que le pécheur qui se convertit contribue à la gloire même de celui qui lui fait miséricorde : Exaltahitur Dominus parcens vobis (2). Secondement, Dieu, qui se plaît à rentrer en possession d'une âme conveilie , se plaît aussi à la purifier et à l'embellir plus que jamais de ses dons. C'est , dans la pensée du saint homme Job , comme une ville ruinée que l'on rebâtit avec plus d'ordre , avec plus d'ornement et plus de magnificence (3).

Pour douter de ces avantages accordés à une conversion sincère , il faudrait ne pas connaître le cœur de notre Dieu , et en resserrer l'étendue immense à la petitesse du nôtre. O combien est grande la miséricorde du Seigneur! combien est grand le pardon qu'il accorde à ceux qui se convertissent à lui (4)! Sa bonté , dit un prophète , est comme une mer sans rives et sans fond , où tous nos péchés vont se perdre : Miserehitur nostri , et projiciet in profundum maris omnia peccata nostra (5). Pourquoi donc perdre courage ? pourquoi désespérer de notre pardon ? La grandeur de la faute doit être à un vrai pénitent le motif d'une plus prompte confiance au Seigneur, qui ne désire que notre retour : Vous me pardonnerez mon péché ^Seigneur ^ parce qu'il est grand , et vous le ferez pour la gloire de votre nom (6).

(3) Si leveisus fueiis ad Omnipotenlem, secUficaberis... dabit pro terra silicem, et pro silice tonentes auieos, {Job, 22. 24.)

(4) Eccli. n. 28.

{h) Mich. 7. 19.

(6) Fs. 24. 12.

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