‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 284 sur 331 · LIVRE V, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XI

Vous rallumerez dans le cœur de . votre pénitent le feu de la charité , en l'excitant à compenser sa faute par une plus grande ferveur dans tous ses exercices ordinaires , et à chercher toutes les occasions de marquer à Dieu son amour. Votre esprit vous a portés à vous effarer en vous détournant de Dieu; mais en retournant à lui de nouveau , vous vous porterez avec dix fois plus d'ardeur h le rechercher (1). C'est là retourner véritablement à Dieu, et remplir les desseins qu'il a sur nous quand il permet que nous tombions , au lieu de les arrêter par une injuste défiance qui énerve toutes les forces de l'âme : Si vous vous abattez au jour de l'affliction en perdant la confiance, votre force en sera affaiblie (2), dit le Saint-Esprit. Mais c'est à l'orgueil^ qui a été la source du mal , que vous essaierez de remédier avec un soin plus particulier. La conduite de Thaïs convertie pourrait vous servir pour cela de modèle. Son confesseur lui défendit de regarder désormais le ciel avec des yeux qui avaient causé tant de scandale , et de prononcer le saint nom de Dieu avec une langue aussi impure que la sienne. Vous qui ni avez créée, ayez pitié de moi; c'était l'humble prière qu'il était uniquement permis à Thaïs de répéter sans cesse. On ne peut dire à quel point un pénitent qui se couvre ainsi de confusion répare ses fautes passées ; avec quelle complaisance Dieu le considère en cet état humilié , surtout s'il y demeure long-temps , s'il continue à se regarder au fond de son cœur comme un criminel qui ne mérite point sa grâce , et s'il se comporte au dehors conformément à cette idée humiliante.

Par rapport donc à l'intérieur, que son péché lui soit toujours présent, comme s'il ne venait que de le commettre, et qu'il l'envisage avec l'horreur qu'il en conçut la première fois aux pieds de Jésus- Christ son juge : Peccatum meum contra me est semper ; qu'il adore la justice divine d'avoir puni ses ingratitudes par un châtiment si terrible , mais si justement mérité ; qu'il rende un éternel hommage au souverain domaine du Seigneur en lui avouant qu'il ne peut rien de lui-même , et qu'encore que sa faute soit énorme , il n'eu fallait pas moins pour chasser l'orgueil de son cœur. Pour ce qui est de l'extérieur , tout doit ressentir en sa personne la douceur et la modestie : il se refusera sans relâche à toutes les satisfactions des sens , qui ne conviennent point à un criminel comme lui ; et s'il s'est prêté par ha-

(1) Bamc. 4. 28.

(2) Prov. 24. dO.

j598 ADMINISTRATION' DE LA PÉNITENCE.

sard à quoique vaine joie , il fera ces prompts retours sur soi : Malheureux que je suis, au lieu de n'être occupé que de satisfaire à la justice divine , je pense encore à me satisfaire moi-même ! J'ai lâchement abandonné mon Créateur , et jose encore chercher des douceurs de la vie dans les créaiures ! J'ai péché pour avoir cédé à l'attrait de mes appéiits déré;;lés, et je ne me retrancherais pas tout ce qni peut les flatter, je ne les moriiPierais pas en toute rencontre ! Plutôt mourir que d'avoir désormais la moindre indul{jence pour ces ennemis domesiiques , pour ces tyrans de mon bonheur. Par cet esprit d'humilité , la paix du cœur qu'on avait perdue , et les autres pertes qu'on avait faites se recouvrent avec avantage ; on devient plus fort dans l'exercice des vertus chrétiennes qu'on ne l'était avant sa chute ; la grâce , imitant la nature , inspire des précautions contre la rechute dans le même précipice , et fournit à l'homme humble les lumières propresjpours'en garantir.

Après tout , il est assez rare, comme nous l'avons dit, que de âmes éminentes en vertu tombent tout à coup dans quelque péché grief; mais vous aurez plus souvent besoin de guéiir en elles je ne sais quelle confiance et je ne s lis quel empressement à entreprendre de grandes choses. Sainte Thérèse , si éclairée dans les voies de la perfection, parlant de cette espèce de désordre , dit qu'elle a connu des personnes très-vertueuses et très-unies à Dieu dans l'oraison, qui étaient déchues de ce haut point de sainteté ; et elle attribue ce changement à leur confiance mal entendue , comme à l'occasion qui l'avait causé. Ces âmes, continue sainte Thérèse , sentent bien qu'elles sont étroitement attachées à Dieu ; elles goûtent la différence infinie des biens du ciel d'avec ceux de la terre, et éprouvent souvent d'une manière sensible combien Dieu les aime. A la réflexion sur un état si privilégié, il leur vient dans l'esprit qu'elles y sont assez affermies pour ne pas craindre d'en déchoir ; et il ne leur paraît guère possible qu'aux vraies et solides douceurs qui les charment , les plaisirs faux et frivoles osent jamais se substituer. Ces pensées sont suivies de quelque confiance en ses propres forces ; on compte utt peu sur soi sans presque le remarquer; on commence à s'exposer, quoique ce soit par un bon motif, par zèle , par charité ; mais on ne le fait pas avec assez de prudence. Cette conduite n'a point sa source dans l'orgueil, ajoute sainte Thérèse , vu qu'on sait assez qu'on ne peut rien de soi ; elle vient de ce qu'on s'appuie sur Dieu sans discrétion, sans considérer qu'on est encore trop faible pour vaquer à certaines fonc-

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