‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 29 sur 331 · LIVRE II , CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

LIVRE II , CHAPITRE XXXVI

tant plus scandaleuses qu'elles sont portées bien souvent aux tribunaux séculiers. Il est des prêlres tellement possédés du démon de l'avarice, disent les pères d'un concile de Mayence , cfu'iis ne voudraient pas dire une messe ou faiie la moindre fonction , s'ils n'étaient sûrs ou s'ils ne voyaient déjà compté Tarifent de la rétribution (1). Et voilà ce qui fait {jémir les {jens de bien , ce qui rend le clergé méprisable, ce qui fait dire au peuple que les ministres de la religion sont encore plus intéressés que les gens du monde.

Le comble du malheur, c'est que ceux qui éprouvent de 'si durs traitemens , sont pour l'ordinaire des pauvres qui vivent [dans une misère capable de toucher les cœurs les plus barbares ; misère pourtant qui ne touche point le cœur de certains pasteurs intéressés, dans lesquels l'avarice étoiifle tous les sentimens de miséricorde et de compassion. En vain leur dit-on que, comme prêtres et comme bénéficiers, ils sont les pères des pauvres; qu'ils doivent se regarder comme les économes de l'Eglise , qui n'ont entre les mains ses trésors et ses biens que pour les répandre dans le sein de ceux de ses enfans qui sont dansrindi;]ence. En vain leur ajoute-t-on qu'en fondant si libéralement ou en dotant si richement tant d'Eglises , les princes chrétiens et les riches de la terre ont eu en vue , non d'engraisser ou d'enrichir les ecclésiastiques , mais uniquement de les rendre dépositaires des revenus ecclésiastiques pour les verser dans le sein des pauvres , après avoir pris ce qui est nécessaire pour une honnête subsistance. En vain leur montre-t-on qu'ils auraient mauvaise grâce de prêcher aux autres lobligation de l'aumône, si euxmêmes n'étaient pas fidèles à la remplir. Ils n'écoutent pas tout ce qu'on peut leur dire sur tout cela, ou s'ils l'écoutent, leurs mains n'en demeurent pas moins fermées à l'indigent. A voir leur conduite, on dirait que le précepte de l'aumône ne les regarde point , et que leur état , où l'on est plus obligé à le faire qu'en tout autre , est celui où l'on peut le plus légitimement s'en dispenser.

Il est à remarquer qu'on n'aime pas toujours l'argent pour luimême, mais parce qu'il fournit les occasions et les moyens de satisfaire ses passions les plus déréglées. Comme elles marchent toutes à la suite des richesses , à peine est-on devenu riche de l'Eglise, qu'on

(1) Execrabiiis quorumdam saceitiotiim avarilia usquè ad sncianientonim ipsoriiin conteniptiim ot injiniani nonnunqiiàm inunipit , ci'un siue numeiato prelio conferre sacianiciUn detrcclant. {lim. 4540, c 02.)

ne pense qu'à les contenter. La vanité et la mollesse viennent bientôt sur les rangs : on veut figurer dans le siècle comme les enfans du siècle , s'y distinguer par le faux éclat des richesses , et, s'il est possible , y brilleç. Domestiques nombreux , équipage magnilique, table bien servie , meubles riches et curieux , plaisirs et luxe partout , voilà ce que se procure un riche titulaire aux dépens du sanctuaire , au préjudice du pauvre , au mépris des canons et des plus saints conciles. Et comme pour fournir à ces dépenses , qui vont quelquefois jusqu'à la prodigalité , il faut un argent considérable , la cupidité s'accroît , s'embrase, et l'on n'en a jamais assez.

Le grand art pour lors, c'est d'emprunter de toutes mains pour soutenir son jeu", sa table , son équipage, sans se mettre en peine de payer : c'est de prendre de gré ou de force sur le pauvre ecclésiastique ce que le riche devait au contraire lui donner. Qui ignore , en effet , que de pauvres prêtres attachés à certaines grandes paroisses, sont traités par le riche titulaire qui les préside , non comme des prêtres , pas même comme des domestiques , mais comme de vils manœuvres , comme des machines sur le fonctionnement desquelles il spécule avec une indécente habileté !

En tout cela, rien au reste qui doive surprendre. Un prêtre avare et intéressé est capable de tout. Tous les principes sont éteints dans son cœur : la charité , la religion , l'humanité la bienséance même et le respect qu'il doit à son état. C'est une âme vile , incapable de ces sentimens nobles qu'inspire le sacerdoce. Des laïques attendris sur les misères du pauvre , qui donnent libéralement et abandonnent , il n'est pas rare d'en trouver. A la honte du clergé , des ecclésiastiques , des prêtres, ou ne donnent point du tout ou ne donnent que d'une main avare et à regret ce qu'ils ont reçu avec tant d'abondance et de profusion. Contraste étonnant et bizarre que le Sauveur semble avoir voulu nous tracer par avance dans la parabole de ce malheureux tombé entre les mains des voleurs , et maltraité sur le chemin de Jérusalem à Jéricho ; il est chargé de coups et laissé pour mort sur la place : le prêtre et le lévite passent , ils le voient avec indifférence et presque sans être touchés ; cependant un samaritain , un schismatique , un profane bande ses plaies, y verse l'huile et le vin , pourvoit à sa guérison et à ses besoins. Le Sauveur pouvait-il mieux nous faire sentir jusqu'où va quelquefois l'insensibilité d'un prêtre avare et intéressé?

Insensibilité toujours scandaleuse pour les peuples, qu'elle porte

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