LIVRE V, CHAPITRE Xllf
pour les mœurs, comme si des domestiques n'avaient pas besoin eux-mêmes d'être veillés. Et qui veillera sur eux, si la mère court d'amusemensenamusemens, tandis que le père est occupé aux affaires de la famille^ Daillems, puisque les saints docteurs blâment les mères qui par délicatesse confient à d'autres leurs enfans pour les nourrir, quels reproches ne mérite point une mère qui s'en remet à la bonne foi dun domestique, dun étraujjer, d'un inconnu, pour élever ses enfans? Est-il rien de plus important que les prémices de l'éducation?
Mais ces domestiques sont gens de bien et ont de l'expérience : si ceux qu'on met auprès des enfans avaient ces qualités , chaque famille serait en quelque sorte une communauté régulière. Il n'est guère de parens un peu riches qui n'aient quelque personne pour instruire leurs enfans; ces personnes sont sages, à ce qu'ils croient, à ce qu'ils disent; mais qu'en est-il? Souvent, hélas! ces gouvernantes et ces surveillans sont des âmes corrompues qui soufflent à des enfans un poison dont ils se ressentent le reste de leur vie. Cependant une mère est contente de l'éducation de ses enfans; elle se croira même un exemple à suivre, si avec cela elle participe assez souvent aux saints mystères; et ce qu'il y a de pis, c'est que le directeur le croira aussi et ne l'avertira de rieïi , comme s'il ne s'agissait ici que de choses légères et sans conséquence.
Le confesseur ne doit point ignorer surtout le peu de soin qu'un grand nombre de mères prennent des moeurs de leurs enfans, leur donnant ainsi occasion de s'enfoncer dès le berceau dans des vices honteux qui font plus tard leur ruine spirituelle et corporelle. Ainsi non seulement on laisse souvent ensemble, sans personne qui les veille, des frèi-es et des sœurs, dos filles et des garçons; mais même sous ses yeux on leur permei des nudités scandaleuses et des amusemens dont la pudeur rougit. Certaines mères prennent à ces nud lés enfantines un plaisir et une délectation d'autant pins délicate qu'elles ne peuvent soupçonner du péché dans ces petites créatures, comme en eiïet il ne saurait y en avoir de formel : mais n'y en a-t-il pas dans la mère, et un péché d'autant plus grand qu'elle allume d.ms un innocent un feu qui un joUr deviendra un incendie. Quel confesseur ignore qu'une foule de Jeunes gens et de jeunes personnes dévoilent, à l'époque d'une première commnnion, des habitudes désolantes, des vices épouvantables dont la source et i'ori;;ine vont se perdre soit auprès d'une gouvernante de mauvaise mœurs^ d'une
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bonne liberline; soit dans les amusemens d'enfance, auprès de compajjnons suspects auxquels on les abandonnait sans souci ; soit même auprès d'une mère lascive, qui a cru pouvoir permettre au berceau tous les jeux de son imagination. En s'écriant ensuite , comme saint Augustin : J'étais un tout petit enfant et un grand pécheur; Tantillus ■puer^ct tantus peccator! cette pauvre jeunesse n'accuse-l-elle pas le crime de ceux qui lui ont dispensé la première éducation. Et ne croyez pas que cela n'arrive que dans quelques familles grossières , vous vous tromperiez étrangement. Mais aussi sachez bien que jamais une mère capable de ces néglicences ne les accusera, parce qu'elle n'y soupçonne point de péché. Si votre pénitente s'accuse d'avoir eu des mauvaises pensées, sachez que pour plusieurs cela veut dire non seulement des délectations moroses en des pensées sales, des désirs impurs, ou qu'on est dans l'occasion d'éprouver, delà part de l'autre sexe, des libellés coupables, et dans l'occasion de se permetli-e toutes sortes d'agaceries pour s'attirer des familiarités grossières ; cela veut dire en outre qu'on a pris plaisir en des mouvemens charnels, suivis souvent d'actes plus coupables encore; qu'on a cherché, par des imaginations lubriques, par des regards lascifs , par certains mouvemens, certaines postures, par des atlouchemens même à se procurer de coupables plaisirs, etc. Sans doute il n'est pas nécessaire que votre pénitente accuse tous ces détails, et il est de la prudence de ne pas les lui demander; mais ce qui est nécessafre qu'elle accuse, et ce que le confesseur doit demander avec une sage réserve , c'est le crime dont elles s'accusent sous le nom de mauvaise pensée, et qui est bien autre chose. Sans cela, ces personnes ne s'accusent pas davantage, et par honte gardent un péché dont elles ont tout au plus donné au confesseur l'occasion de les interroger.
II. Venons maintenant lux hommes. Nous ne parlerons ici ni des pécheurs qui vivent toujours dans le désordre , ni des hommes qui sont tout-à-fait dans le bien , mais de ceux qui gardent une espèce de tempérament entre l'un et l'autre. Un directeur qui s'en lient à ce que ces sortes de chrétiens lui disent dans la confession , n'est guère instruit de son propre devoir , et des fautes de ceux qui se confessent à lui. Posons le cas que votre pénitent soit un homme richj et de condition. En premier lieu, comme riche , il est exposé à deux dangers , dont l'un est d'aimer trop ses richesses , et l'autre de les négliger trop. S'il les aime trop, il souhaitera de les voir croître sans^mesure , ainsi que l' hydropique qui veut sans cesse satisfaire sa