‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 296 sur 331 · LIVRE V, CHAPITRE XIlï. S · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XIlï. S

même limon. Il ne convient point sans doute de se familiariser avec des domestiques , qui sont capables de perdre aisément le respect. Mais un maître ne doit pas êlre aussi un tyran à leur égard ; il y a un milieu, lequel est le mélange de la douceur et de la sévérité. Pourquoi leur appesantir par de mauvais traitemens le joug déjà accablant de la sujétion à la volonté d'autrui?

Il faut enfin qu'un père s'acquitte envers ses enfans de bien des devoirs qui sont indispensables , et que je renferme en ces quatre articles : c'est à savoir, l'éducation, l'instruction , le bon exemple et la correction. Quant à l'éducation, combien de pères dépensent au jeu ou à d'autres amusemens leurs revenus , comme s'ils n'avaient point de famille , et qu'ils n'eussent qu'à songer à eux seuls ? La conduite de ces pères insensibles nous est représentée dans les saintes Lettres sous la figure d'un animal dur et cruel pour ses petits abandonnés à la fureur des bêtes sauvages : Duratur ad fiïios suos , quasi non sintsui{\). D'autres au contraire , durs et avares pour eux-mêmes , ne travaillent qu'à laisser leurs enfans riches ; et pour ce qui est de les rendre vertueux, c'est de quoi ils s'embarrassent le moins. On dirait, à en juger par leurs vues toutes terrestres , que les moyens d'acquérir le ciel ne les touchent pas plus que des infidèles. S'agit-il d'établir une fille? le plus riche parti leur paraîtra toujours le meilleur. Est-il question de faire quelque dépense pour l'éducation d'un fils? l'esprit d'épargne et d'avarice la réduira presqu'à rien; le lieu oii on le mettra pour passer sa jeunesse sera celui où il en coûte moins , sans qu'on se soucie de quelle manière les enfans y sont élevés. Garde-t-on chez soi ses enfans? Les gens à qui on les confiera seront toujours d'assez bonnes mœurs et assez habiles pourvu qu'ils sachent se contenter du plus modique salaire. Après 'cela, un père n'a nulle inquiétude pour l'éducation et l'instruction de ses enfans ; il se tient quitte de l'une et de l'autre devant Dieu , et n'a rien à dire à un confesseur sur ces deux points. Cependant il n'est quitte du devoir d'élever et d'instruire ses enfans que quand il n'épargne rien pour avoir des personnes capables de l'eu acquitter ; avec cela même lui reste-t-il-encore l'obligation d'éclairer ceux qu'il substitue à sa place , et de joindre quelquefois à leurs instructions les siennes propres. Mais que lui servirait d'exhorter ses enfans au bien qu'il ne ferait pas lui-même , et de leur donner des

(1) Job. 39. 16.

516 ADMINISTRATION DE LA fÉNITENCE.

avis salutaires que sa conduite démentirait à leurs yeux? Les paroles passent alors sans aucun eftet, et Texemple reste, qui fait à coup sûr son impression. On entend assez souvent de jeunes gens qui s'accusent dans leurs confessions d'avoir juré , d'avoir tenu des discours peu honnêtes, de s'être mis en colère, et d'autres fautes semblables. Un confesseur c|ui remonte à la source de ces péchés découvre que l'exemple du père en est la prtmière origine , et que des enfans se sont cru permis ce qu'il se permettait en leur présence. Quel compte à rendre pour le père ! Si son salut ne le touche , qu'il soit du moins sensib!e à celui de ses enfans , et qu'il ne les perde pas par son mauvais exemple. Il est inconcevable que des chrétiens s'observent moins pour le salut éternel de leurs enfans que ne le font les bêtes pour la conservation de leurs petits , dont elles ont soin d'éloigner tout ce qui peut leur être nuisible.

Un autre devoir que très-peu de pères remplissent , et dont pas un seul ne confesse peut-être l'omission au tribunal de la pénitence , c'est celui de corriger leurs enfans. 11 est vrai que la plupart des jeunes gens sont si fiers , qu'ils ne veulent point soufïVir qu'on les reprenne ; mais c'est la faute du père , qui les trouverait plus dociles s'il avait commencé de bonne heure à les plier. Il ne faut pas attendre que le mal se fasse puur y remédier , mais aller au devant , et l'empêcher. Un père qui est homme de bien veillerait beaucoup plus sur ses enfans, s'il pensait que nous naissons tous avec une forte pente vers le mal , et que le premier usage que nous faisons de Dotre raison, c'est souvent d'offenser le Seigneur; il serait effrayé d'entendre les iniquités que des enfans apportent du sein de leur famille au tribunal de la confession. Il a donc de grands reproches à se faire de n'avoir pas prévenu ces désordres , plus communs qu'on ne croit ; sa négligence n'est pas moins coupable que l'indulgence d'Héli châtié de Dieu si sévèrement : Je vérifierai tout ce que j'ai dit contre

Héli je lui ai promis que je punirais sa tnaison pour jamais à cause

de son iniquité ; parce que, sachant que ^ ses fils se conduisaient d'une manière indigne, il ne les a point punis (i).

Mais la plus grande faute que puisse commettre un père de famille, quoiqu'on ne la regarde guère comme une matière de confession, c'est d'ôter à ses enfans la liberté de se choisir un état de vie. Il n'est point de termes assez forts pour faire concevoir l'injustice et

(,i) ilieg. 3. 12el 13.

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