‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 298 sur 331 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Nécessité d'interroger et d'instruire les pénitens.

(1) La sainteté de vie est sans doute bien nécessaire , mais sans une véritable prudence le confesseur ne fera que bien peu de fruits dans son ministère ; car la prudence est , pour ainsi dire , Tàme de ce saint emploi. La prudence , je ne parle point ici de la prudence du siècle, qui dégénère en astuce et qui est indigne d'un prêtre; la prudence spirituelle est celte noble vertu qui apprend à l'homme à tout faire de la manière , dans le temps et le lieu convenables. Ses qualités essentielles sont la circonspection et la réserve , et ses effets principaux , savoir bien consulter et bien juger. Or elle s'obtient de Dieu , non seulement par l'élude, mais bien plus encore par les larmes et la prière ; car le confesseur exerçant trois offices, de juge , de médecin et de docteur, comment, sans une vraie prudence

(1) Le B, Léonard.

dirigée par une lumière surnaturelle , pourra-t-il s'en acquitter dignement ? Il est vrai que , comme juge , il ne lui appartient pas de faire des lois ; au contraire , il doit se conduire de manière à ne jamais les enfreindre. Trouve-t-il son pénitent disposé , il le délie par l'absolution; s'il n'est pas disposé , il le lie ou le laisse lié comme il Ta trouvé. Mais parce qu'au tribunal de la pénitence il exerce une justice qui tend à l'amendement du coupable , bien didérente par conséquent de la justice ordinaire et coërcitive, combien ne lui fautil pas de prudence pour atteindre le but de son ministère , qui est l'amendement du coupable? L'imprudence, voilà l'écueil contre lequel viennent faire naufrage la plupart des confesseurs. Considérez ce qui se passe dans la pratique ; voyez ce confesseur précipité et téméraire qui , par ennui , par un désir inconsidéré d'expédier beaucoup de confessions , ne laisse pas au pénitent le temps de faire connaître sa conscience , mais le presse , le pousse , en ne cessant de lui dire : Avez-vous autre chose ? avez-vous autre chose ? D'où il arrive que le pauvre pénitent n'accuse que la moitié de ses péchés. Voyez cet autre : à peine entend-il quelque péché qui lui semble honteux ou très-grave, qu'il fait des reproches pénibles au pénitent, et lui resserre le cœur sans en^laisser sortir tout le venin. D'autres adressent aux pénitens des questions de pure curiosité, inutiles et vaines, et veulent savoir tout ce qui se passe. Ils s'exposent ainsi à mille dangers , sans égard pour ceux qui attendent, et sans scrupule de violer les réglemens du Rituel romain , qui défend aux confesseurs de parler au tribunal de ce qui n'a point de rapport à la confession. Mais il mérite bien davantage d'être taxé d'imprudence , le confesseur qui n'aide pas un peu le pénitent à manifester les fautes qu'il lui coûte le plus de mettre au jour. Un serviteur de Dieu me disait que , par une seule interrogation , il avait gagné plus d'âmes à Dieu qu'il n'avait de cheveux sur la tête. La voici : lorsqu'il voyait à ses pieds quelque visage nouveau , et que , par l'ensemble de la confession, ou autrement, il soupçonnait prudemment qu'il y avait quelque péché enseveli au fond de ce cœur, il interrogeait le pénitent de cette manière : N'avez-vous jamais caché quelque péché , quand vous étiez enfant,... dans l'âge le plus tendre ; que vous en semble? Dites, ne craignez rien, je vous aiderai, je vous tranquilliserai, etc. Par cette conduite admirable^ il faisait sortir quelque serpent infernal qui traînait avec lui une longue suite de confessions nulles ou sacrilèges, vérifiant ainsi la parole de l'Esprit %^\\A\OhstztnGQ>ntQ

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