LIVRE V, CHAPITRE X(V
manu ejits , eductus est coluber tort>iosu,s (1). Oh ! quelle admirable pratique I suivez-la vous-même toutes les fois que la prudence vous le dictera, et vousen retirerez le plus grand fruit pour votre âme et pour celles de vos pénitens.
L'imprudence des confesseurs peu expérimentés, qui absolvent les pénitens mal disposés , cause un dommage immense aux pauvres âmes; mais plus grand encore est celui d'une absolution donnée à ceux qui ne sont pas instruits des vérités nécessaires à connaître «ecessitate mcdli. Citons à ce propos cette proposition condamnée : jihsolutionis capas est homo quantumvis lahoret ignorantia mysteriomm fidei, et etiamsi per negligentiam etiam culpahilem nesciat mysterium sajictissimœ Trinitatis et Incarnationis Domini nostri Jesu Christi. Doucement, mon père, me dirat-on. Prétendez-vous nous obliger à faire le catéchisme au confessionnal? Non, sans doute; mais je veux vous faire comprendre que c'est votre devoir d'enseigner aux pénitens toutes les choses qu'ils doivent savoir, sous peine d'être incapables d'absolution. Or une de ces choses est la connaissance des principaux mystères de la religion ; ainsi , lorsqu'il se présentera une personne grossière, comme serait un paysan, un berger, un bouvier ou autres gens à demi sauvages , qui n'ont reçu aucune instruction , ni de leurs parens ni de leurs curés , vous le recevrez avec bonté et douceur, vous lui ferez faire le signe de la croix, vous lui apprendrez à demander à Dieu la grâce de se bien confesser ; vous lui ferez frapper la poitrine , et par là ou par quelque autre moyen de dévotion sensible et matérielle, vous lui ferez demander pardon à Dieu ; vous l'interrogerez ensuite sur les mystères de la foi, dont ces sortes de gens n'ont d'ordinaire qu'une connaissance fort imparfaite. S'il ignore les principales vérités , telles que l'unité de Dieu, la Trinité, l'Incarnation, les peines et les récompenses de l'autre vie , il est incapable d'absolution jusqu'à ce qu'il les connaisse , du moins assez pour pouvoir fîùre un acte de foi. Cela veut dire t comme quelques uns l'expliquent, jusqu'à ce qu'il sache , aussi bien que peut lui permettre sa grossièreté , qu'il y a trois personnes qui se nomment : le Père, le Fils et le Saint-Esprit ; qu'elles ne forment qu'un seul Dieu et non pas trois Dieux ; que la seconde personne s'est faite homme et s'yppeîle Jésus-Christ; et quoique Jésus- Christ soit Dieu et homme, il n'y a cependant pas deux Christs -.quant à Dieu
rémunérateur, que Dieu donne le paradis aux bons et condamne les médians à l'enfer. C'est une mauvaisf^ manière de renvoyer à d'autres ces pénitens pour se l'aire instruire; le seul fruit qu'ils en retirent, c'est de rester dans les ténèbres de lijjnorance jusqu'à la mort. Ainsi ce qu'il y a de mieux à faire , c'est de leur apprendre brièvement, et avec des expressions a|)pro[)riées a leur capacité, les mystères dont nous venons de parler, en leur faisant faire les actes de foi, d'espérance, de cliariié et de contrition. Jmposez-leur robligation d'aller trouver leur curé , aHn d'être instruits plus parfaitement tant sur ces mystères que sur ceux qu'il faut savoir de necessitate prœ~ cepti. Or, pour tout cela il faut moins de temps qu'il ne semble au premier coup d'œil , lorsqu'on le fait avec toute la brièveté possible; on leur dit ensuite de s'accuser de la négligence qu'ils ont mise à apprendre ces vérités , et on leur accorde le bienfait de l'absolution. Mais il arrive fréquemment qu'on trouve une semblable ignorance dans les personnes d'une condition plus élevée et d'un esprit mieux cultivé ; d'un autre côté , ces personnes seraient fortement humiliées d'être interrogées sur ces mystères. Or, soit pour m'assurer de leur science en ce point essentiel , soit aussi parce que ces personnes du monde, livrées à la vanité et au libertinage, manquent ordinairement de faire au temps convenable les actes de foi , etc. , je leur insinue avec beaucoup de douceur que le meilleur moyen d'assurer la validité et le fruit du sacrement, c'est de réciter d'abord les actes de foi, d'espérance , de charité et de contrition ; j'ajoute : Si vous voulez , rons les ferons ensemble. Dites donc de cœur ce que je vais dire de Louche : Je crois ^ 6 mon Dieu, parce que c^est vous , la vérité méme^ qui l'avez révélé à la sainte Eglise^ je crois que vous êtes un seul Dieu en trois personnes égales, qui s' appellent le Père , le Fils et le Saint- JEsprit ; Je crois que le Fils s'est fait homme^ qiûil est mort pour nous sur la croix ^ qu'il est ressuscité et w,onté au ciel, d'où il viendra juger tous les hommes, et donner le paradis aux bons et condamner les méchans à l'enfer. Vous croyez cela de tout votre cœur, n'estce pas? — Oui , mon père. — Faisons maintenant l'acte d'espérance : J'espère , 6 mon Dieu ^ parce que vous êtes infiniment miséricordieux et tout-puissant , que vous m'accorderez le pardon de m,es péchés , la gloire éternelle dans l'autre vie par les mérites de Jésus-Christ , et par les bonnes œuvres que j'espère faire avec votre grâce. Vous espérez véritablement d'un Dieu si bon le pardon de vos péchés, n'est-ce pas? — Oui, mon père. — Faisons maintenant l'acte de charité : 0