‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 301 sur 331 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Conduite à tenir avec les diiférentes sortes de pénitens et dans divers cas difficiles.

I. (d) Règles générales de discrétion sur l'absolution. Connaissant, par son accusation ou par les interrogations que vous lui aurez adres-

(1) Nous empruntons non seulement la traduction , mais aussi toute la matière de cet important chapitre, à l'excellent Manuel de M. l'abbé Gaume.

sées, rétat de votre pénitent, il vous reste à proportionner vos avis, vos moyens , votre conduite aux besoins de son âme. C'est ici que vous avez besoin de la plus grande discrétion pour bien jujjer ses dispositions, afin de le lier ou de l'absoudre. Remarquez d'abord la différence qui existe entre le confesseur relâché et le confesseur rigide. Le premier absout presque tous ceux qui se présentent , le second n'en absout presque aucun. Pour vous , soyez assez sage pour en absoudre quelques uns de moins que le premier , mais beaucoup plus que le second. L'un est plein de compassion pour le coupable , et ne considère point assez la grièveté de ses fautes ; l'autre est plein de haine pour les vices, mais sans compassion pour le vicieux. Ainsi, pour le guérir, le premier n'emploie que l'huile de la condescendance, le second , que le vin de la réprimande. Quant à vous, pour composer le véritable baume du Samaritain, mêlez l'huile et le vin. Remplissez-vous de compassion pour le coupable , c'est là le propre d'un père , et c'est aussi l'esprit du Sauveur : c'est la pierre de touche qui fait distinguer le zèle de Jésus-Christ de celui des Pharisiens ; mais ayez soin de faire véritablement détester le vice , cela est nécessaire au bien du coupable , et la charité même sait allier aux remèdes forts et énergiques toute la douceur de la compassion. Ainsi , tout en s'humilianteten se pénétrant de componction , le pénitent ne se décourage point, ne s'irrite point ; au contraire, il s'affectionne au sacrement, il y met sa coniiauce aussi bien que dans son ministre. Confcssio, c'est l'avis de saint Augustin, est per quav} morbus latens spe venice périt ur (1).

Le confesseur trop indulgent ^ croyant sans peine au véritable repentir, confond la velléité avec la vraie volonté. Le rigoriste croit très-difficilement à la vraie contrition, parce qu'il confond la volonté efficace avec la volonté très-eflicace ; la volonté vraie et sullisante, mais commune et ordinaire , avec la volonté pleine et extraordinaire, singulière et héroïque. Préservez-vous de ces deux extrêmes. La vraie contrition n'est pas si facile qu'on puisse d'ordinaire s'y exciter, sans faire un peu de prières pour l'obtenir, et sans penser, durant quelques instans, aux motifs de repentir que la foi nous présente ; mais pour celui qui prie et qui réfléchit , comme je viens de dire, elle cesse d'être une chose très-difficile. Dieu accorde, en effet , la grâce de la concevoir. Cette sage discrétion honore et la jus-

(1) De ver, et fuis, pœnit., c, 10.

IIVRE V, CHAPITRE XV. 523

tice de Dieu qui exige que le coupable s'humilie , et sa miséricorde qui exauce la prière. A la diflërence du confesseur imprudent , vous ne devez point reconnaître pour une vraie volonté , mais pour une simple velléité , celle qui ne produit aucun ou presque aucun effet , tel , par exemple, que de prendre les moyens de se corriger et de diminuer le nombre des fautes ordinaires. Mais , bien dift'érent des confesseurs toujours irrésolus , recevez comme vraie , efficace et suffisante la volonté qui produit en réalité de notables eft'ets pendant un certain temps , bien qu'elle n'aille pas jusqu'à les produire tous et à les conserver toujours. N'exigez donc pas une volonté très-efficace, extraordinaire et héroïque qui produise un changement parfait, total , immuable et constant. Plût à Dieu que tous les pécheurs eussent une telle volonté , tous doivent la désirer et la rechercher , mais tous ne l'ont pas. Elle n'est pas nécessaire pour leur véritable , pour leur actuelle conversion et justification ; il suffit d'un repentir efficace , bien que commun et ordinaire , inférieur à cette contrition singulière qui transforme les pécheurs en héros de pénitence.

Il suffit au confesseur relâché , pour absoudre le coupable , que celui-ci proteste qu'il se repent , sans faire attention si on ne doit pas présumer le contraire. Le rigoriste , peu content de n'avoir aucun motif fondé de soupçonner la parole du pénitent , veut la certitude évidente de sa disposition, avoir péché par le passé, et pouvoir pécher à l'avenir , sont pour lui des raisons suffisantes de mettre le pénitent à de longues épreuves. Pour vous , avant de donner pleine confiance aux protestations du coupable , voyez s'il n'y a aucune circonstance qui puisse vous faire douter prudemment de la suffisance de sa disposition ; s'il en est ainsi, aidez-le à se mieux disposer; si vos efforts sont inutiles , différez-lui l'absolution. Mais si vous ne trouvez aucun motif solide de vous défier de ses protestations de repentir , absolvez-le. Telle est la doctrine du Catéchisme romain (1). Parlant du confesseur, il s'exprime en ces termes : Si audita confessione Judicaverit neque IS ENU.MERANDIS peccatis diligentiam , nec in DETESTANDIS dolorem 05ININ0 defuisse , absolvi poterit. Telle est la certitude morale que vous devez chercher , et qui doit vous suffire dans l'administration du sacrement, puisque, suivant l'Ange de l'école (2) : Certiiudo non est similiter qucerendain omnibus ^ sedin una-

(4) De pwnit. n, 60.

(2) % 2. q. 23. art, 9. ud. 2,

quaque materia seciindiim propriuni vwdiim. Qi/'ii vero materia prudentiœ stmt singitlnria contingentia^ circa quœ sunt operationes huma~ «a;, non potest certitudo prudentiœ tantœ esi>e,qHoomnino sollicitudo totlatur. Ailleurs , p;irlant de la cerlilude que doit avoir un directeur des âmes au sujet de ses pénitens , après avoir dit que dans le for extérieur il ne doit pas se conienler de l'allîi mution du pénitent, mais aller plus loin, pour s'assurer de la vérité , le saint ajoute qu'il en est bien autrement dans le for intérieur, ^lio modo per confessionis maiiifestatioiiem , et quantum ad hanc cognitionem non potest majorem certitudinem accipere ^ quam ut subdito credat , quia hoc est ad subveniendum conscientiœ ipsius : unde in foro conscientiœ creditur homini et pro se et contra se (1). Ainsi , comme nul n'est plus intéressé que le pénitent à dire la vérité en confession , si vous n'avez pas de raison solide pour douter de sa sincérité lorsqu'il vous dit qu'il s'est excité au repentir , qu'il est résolu de se corriger et qu'il est prêt à recevoir les remèdes et la pénitence que vous lui donnerez , vous avez toute la certitude que doit désirer la prudence d'un confesseur exact, mais discret.

L'un est tout préoccupé par la crainte de rebuter le pénitent s'il le renvoie , et il ne pense qu'aux dommages immenses que cause dans les âmes léloignement des sacremens ; l'autre ne voit que le respect du au sacrement : et, tout pénétré de la crainte de l'exposer à la nullité , il ne fait pas attention aux inconvéniens qu'il y a de renvoyer le pénitent sans absolution. Pour vous , craignez également ce double danger, et de rendre difficile aux pécheurs l'accès aux sacremens , et d'en compromettre la validité ; employez donc votre charité de père, votre habileté de médecin et votre discrétion de juge à disposer le pénitent de telle sorte que vous puissiez :prudemment l'absoudre , ou tout de suite , ou sous peu : par-là , vous pourrez tout à la fois consoler le pénitent et l'affectionnera son remède^ la confession, et assurer avec prudence la validité du sacrement et le respect qui lui est dû.

II. Conduite discrcte avec les enfans , les jeunes gens et les jeunes personnes. Dans la pratique, l'un absout presque tout le monde, et l'autre n'absout presque personne. Soyez plus réservé que le premier, et plus libéral que le second. Or, pour-commencer par les petites choses, s'agit-il des eîifans de sept à dix ou douze ans, le

(l)Siifpl. (j. h. a., 5. ad 2.

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