‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 306 sur 331 · LIVRE V, CHAPITRE .\V · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE .\V

neront à confesse , et dans cet intervalle combien de nouveaux péchés de tout {jenrel 3" quelle nouvelle difficulté de se confesser après tant de nouveaux excès! Mais, direz-vous, qu'elles laissent leurs emplois et leurs affaires, qu'elles retardent, qu'elles attendent à quelque prix que ce soit , et se préparent afin de se mieux confesser. Mais quoi ! ne voyez-vous pas qu'il faut pour cela un acte héroïque , et partant une grâce toute spéciale , et qui s'obtienne sur-lechamp? Or comment feront-ils pour l'obtenir, ces pécheurs abandonnés à eux-mêmes, puisque vous les éloignez de vous aussitôt? Ne vaudrait-il pas mieux espérer et demander à Dieu une grâce singulière , il est vrai, mais moins extraordinaire , la grâce du repentir actuel qui, les mettant à même d'être absous, les tire d'embarras? Sans doute c'est bien là le meilleur parti. Espérez donc en Dieu , mais préparez-vous à la peine de planter et d'arroser de bons sentimens dans leurs coeurs , et espérez que Dieu donnera l'accroissement. En pareils cas, faites donc comme je vais dire.

Premièrement, implorez de tout votre cœur le secours de Dieu'; 2° dissimulez au pénitent votre peine , et l'inquiétude où vous mettent de semblables embarras; cachez-la, et ofl'rez-la à Dieu, qui vous regarde afin de vous récompenser; 3° remplissez-vous de compassion pour ce malade; 4» comme un habile médecin qui, dans une maladie où il y a periculum in mora , use de remèdes plus efficaces et plus prompts que dans une maladie moins pressante;, suppléez par la ferveur au temps qui vous manciue: et commencez par tourner à votre avantage ces mêmes circonstances qui vous sont contiaii es ; parlez au pénitent à peu près en ces termes : « Oh ! que vous avez bien fait » de vous confesser , du moins aujourd'hui ! s'il est une confession » que vous deviez tenir à cœur de bien faire, c'est celle-ci. Quel » bonheur pour vous si vous entrez dans le mariage , si vous vous » mettez en voyage, etc., avec la grâce et la bénédiction de Dieu! » Au contraire, que pourriez-vous attendre de bon sans Dieu ; que » dis-je ? combien de dangers pour l'âme et le corps si vous restiez » en état de péché ! Ayez bon courage , dites tout : je vous aiderai. » C'est ainsi que vous commencerez par assurer l'intégrité de l'accusation. Lorsqu'elle sera finie , ajoutez : « Voici maintenant le plus » important, c'est la contrition: espérez-la avec conliance, car ce » n'est pas en vain que Dieu vous a attendu et conduit aujourd'hui 5> au tribunal de la réconciliation. Il est vrai , vous avez besoin d'une » grâce extraordinaire , et vous vous en êtes rendu indigne^ par

» votre retard et peut-être par la mauvaise intention que vous avez 3) eue en venant seulement aujourd'hui ; mais ne vous découragez >> point ; il est encore temps. Cependant , il est juste que , pour » apaiser Dieu et obtenir son assistance , vous usiez de tous les » moyens. Vous en useriez pour sauver la vie de votre corps si vous » tombiez dans un fleuve ; que ne devez-vous pas [faire pour votre » âme|? Mon fils , Marie est la mère des pécheurs qui veulent se con- » venir. Je vous donne une heure , allez vous jeter à ses pieds, et » pensez à ce que vous voulez faire , pour qu'elle vous obtienne la » grâce d'un sincère repentir, et vous me direz ce que vous aurez » choisi, ou une neuvaine , ou des aumônes, etc. Priez Marie de » vous présenter au Sauveur , de vous mettre à ses pieds , afin qu'il » vous fasse miséricorde. Faites-vous justice à vous-même ; réflé- » chissez et reprochez-vous l'énormité de vos fautes ; l'outrage que « vous avez fait à Dieu en retardant jusqu'à ce moment ; faites beau- » coup d'actes de contrition, puis revenez, et je finirai aussitôt M avec vous , et vous consolerai. » ;;

Pour vous assurer de son repentir, lorsqu'il sera revenu , voyez ce qu'il a promis à la sainte Vierge , et de quelle manière il a employé son temps. J'espère que vous trouverez qu'il a fait plus de bien pendant cette heure qu'il n'en faisait pendant une semaine; car vous lui avez fait connaître l'importance de la contrition , ainsi que les moyens de s'y exciter , et vous l'avez encouragé par la promesse d'une prochaine absolution. Ordinairement, vous le trouverez tout diflérent de ce qu'il était d'abord, non plus insensible et hardi, mais contrit , humilié , dociie , et prêt à recevoir toute espèce de pénitence. Pour vous assurer encore mieux de sa bonne volonté , vous pouvez lui donner une pénitence un peu forte , mais pas telle, néanmoins , qu'elle l'épouvante , et s'il l'accepte , en confesseur discret diminuez-la sur-le-champ. En effet, sa promptitude à l'accepter vous a fait obtenir la fin que vous vous proposiez , c'est-à-dire de conna^»' e sa bonne volonté. C'est ainsi qu'avec la grâce de Dieu vous obtiendrez par ces petites industries que le Seigneur daignera bénir, vous obtiendrez des signes suffisans pour former un jugement prudent et sûr. Maintenant , il est bien disposé. Vous l'absoudrez donc, et Dieu , qui par vos soins aura retrouvé ce fils égaré , saura bien vous en récompenser. S'il vous reste encore quelque doute, recourez, comme nous avons dit plus haut , à la prière avec le pénitent. Priez avec ferveur, et espérez avec .confiance que INolre Seigneur accom-

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