‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 307 sur 331 · LIVRE V , CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE V , CHAPITRE XV

plira sa promesse: Que là où deux ou trois sont réunis en son nom pour prier , il est au milieu d'eux pour les exaucer. De celte sorte VOUS pourrez sans relâchement l'absoudre et le consoler. Si malgré tout cela vous avez encore quelque inquiétude , non plus fondée et considérable, mais faible, c'est le cas de vous rappeler ce mot de saint Chrysoslôme , qu'il vaut mieux avoir à rendre compte de trop de miséricorde que de trop de rigueur, et cet autre de saint Paul; Optaham enim ego ipse anathema esse a Christo pro fratribus meis(i). Mais ne craignez pas , vous ne serez pas coupable devant Dieu dès que vous pourrez lui dire ces trois choses : 1° Seigneur , vous savez pourquoi je ne le renvoie pas , mais je l'absous ; c'est afin de préserver cette âme d'un grand nombre de fautes , et vous d'un grand nombre d'outrages; 2° vous savez comment je me suis conduit, je n'ai épargné ni mes prières ni mes soins; 3° dans ce sacrement vous m'avez fait le ministre de votre amour ; et si vous m'avez fait aussi celui de votre justice, ce n'est pas de cette justice vengeresse qui punit et qui perd l'impie , mais de cette justice paternelle qui veut son amendement et son salut. Ne craignez rien , ayez confiance ; Dieu vous reconnaîtra pour son fidèle ministre.

Si, malgré toutes vos industries, le pénitent s'obstinait évidemment à ne pas se repentir, à ne point satisfaire à ses obligations ; inconsolable des malheurs qui le menacent et des futures offenses de Dieu , venez-en aux derniers efforts. Offrez-vous à Dieu pour faire une partie de la pénitence avec le coupable , ou promettez quelque chose de notable à la sainte Vierge , afin qu'elle vous obtienne celte âme. Armez-vous ensuite d'une sainte indignation , imitez le langage de Nathan à David , et , faisant semblant de le renvoyer, annoncezlui , dépeignez-lui les châlimens éternels qui l'allendent , et même les temporels , dont les âmes obstinées sont plus touchées. Revenez ensuite aux vérités consolantes ; faites-lui entrevoir mille bénédictions , même temporelles , s'il se rend , afin de le porter ensuite à agir par des motifs plus relevés , et d'essayer de le gagner. Si vous n'en venez point à bout, quelle que soit votre douleur, renvoyez-le sans l'absoudre ; dites-lui cependant de revenir quand il voudra , lorsqu'il aura conçu du repentir. Retirez-vous ensuite pour demander à Dieu qu'il ramène celte âme dans un autre temps , ou qu'il l'adresse à un ministre plus digne, et qu'il veuille bien le sauver (2).

(1) Ad Rom. 9. 3.

(2) Prêtre sanctifié.

VII. Avec ceux qui se présentent sans les dispositions requises, mais qui ne sont pas dans la nécessité de recevoir une prompte absolution. Si le pénitent n'est pas dans la nécessité de recevoir une prompte absolution , souvenez-vous des rè;;les suivantes. Les confesseurs ne doivent point admettre à la confession ceux qui ne s'y présentent pas avec la préparation extérieure et intérieure qui est nécessaire^ et ils les exhorteront le plus charitablement qu'ils pourront, selon la portée de l'esprit dun chacun , de s'aller préparer auparavant comme il faut, et de retourner après pour se confesser (1). C'est pourquoi les confesseurs ne doivent jamais recevoir à la confession les femmes qui se présentent avec des cheveux frisés (2), des visages fardés et plâtrés, des pendans d'oreilles ou d'autres ornemens pleins de vanité ; ni aussi celles qui portent des habits faits d'étofle d'or, ornés de dentelles et de broderies, et d'autres semblables excès, et en un mot qu'il ne paraisse grande modestie et grande simplicité dans leurs vétemens , que leuis visages ne soient couverts avec décence d'un voile qui ne soit pas notablement transparent , soit de crêpe, de linge , de laine , ou pour le moins de quelque étoffe de soie d'une couleur modeste , comme il est convenable au respect que l'on doit à ce sacrement, et à la pensée et contrition avec lesquelles on se doit présenter au tribunal de Dieu pour lui demander pardon et miséricorde en qualité de criminels. On doit observer la même chose à l'égard des hommes , de ne pas recevoir à la confession ceux qui y viendront parés d'ornemens pleins de vanité, d'or, d'argent^ de dentelles et d'autres somptuosités; qui s'y présenteront aussi avec des armes et autres choses semblables. Mais ils rechercheront avec beaucoup plus de soin la préparation intérieure, qui est nécessaire à ceux qui se présentent à ce sacrement, laquelle consiste à avoir fait un très-exact et diligent examen de ses péchés , et en avoir conçu une douleur proportionnée à leur énormilé , avec un ferme propos et

(1) Nous ne sommes plus au siècle de saint Charles, où l'on se confessait encore géiicralement. Nous vivons dans un temps où le respect humain , Téloignement pour la confession est tel, qu'on doit tenir compte de leur démarche à ceux qui se présentent au saint tribunal. Si on les renvoie pour se préparer, n'esl-il pas à craindre qu'ils ne reviennent pas? et ne vaudrait-il pas mienx, quand ils sont là, essayer de les préparer? (Note du Traducteur.)

(2) Autre temps , autres mœurs. Une partie des empêchemens signalés ici par saint Charles ne passent plus aujourd'hui pour des obstacles au sacrement; il est facile au coarcsseur d'eu faire la distinction. (Id.)

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