LIVRE V, CHAPITRE XVr
jufje que les circonstances ne lui permeltenl point d'engn(i[er le pénitent à différer son mariage , il doit d'abord lâcher de le faire rentrer en grâce avec Dieu , et employer pour cela tous les moyens que la charité , le zèle , la prudence lui suggéreront. S'il ne peut y réussir, il lui représentera que , malgré tous ses efforts pour le réconcilier avec Dieu et le mettre en état de se marier chrétiennement , il ne voit pas en lui les dispositions requises pour recevoir dignement le sacrement de Pénitence ; que , s'il avait la lâcheté de lui donner l'absolution , elle ne le purilîerait pas de ses péchés , qu'elle le rendrait même plus criminel. Si le pécheur objecte qu'il est dans un grand embarras , qu'il ne peut différer son mariage , le confesseur lui répondra avec bonté, qu'il n'est pas en son pouvoir de le tirer de cet embarras, mais qu'il l'avertit de bien prendre garde qu'en se mariant, il s'expose à commettre un grand péché, et à attirer par cette démarche la malédiction de Dieu sur lui et sur sa maison. Il l'encouragera ensuite à se mettre au dessus des motifs qui l'empêchent de différer, en lui faisant sentir que rien ne peut être mis en parallèle avec le salut de notre âme , que le monde entier ne peut nous dédommager de sa perte. Tout cela doit être dit avec beaucoup de bonté et de charité, de témoignages d'intérêt. Lorsqu'on voit que tout ce qu'on pourra dire sera inutile, qu'il y a même dans la réalité une impossibilité morale à différer le mariage , ou qu'elle est telle aux yeux du pénitont , il ne serait pas prudent de lui parler avec véhémence du crime qu'il commettra , et d'insister trop fortement sur la nécessité de sacrifier tout à l'intérêt de son salut. Ces représentations vives ne serviraient qu'à le rendre plus coupable , et à l'empêcher de revenir au tribunal après son mariage. En y mettant un peu de modération , le confesseur conservera la confiance de ce pénitent, pourra lui être utile plus tard, et il n'en fera pas moins sou devoir dans la circonstance actuelle , puisqu'il l'éclairera suffisamment sur le danger auquel il s'expose et le crime qu'il est dans le cas de commettre.
Ne pourrait-on pas même, lorsque le pénitent, après toutes les représentations qu'on a jugé convenable de lui faire, insiste et prétend qu'il ne peut pas différer, qu'il se croit bien disposé , et qu'il a bien du regret de ses fautes , ne pourrait-t-on pas lui dire qu'il n'y a rien de plus facile que de se tromper sur ses propres dispositions; que la démarche qu'il va faire l'expose à commettre un grand péché ; qu'on ne voudrait pas la lui conseiller, ni la faire soi-même pour tout l'or
du monde; mais qu'on ne peut pas employer la force pour rempêchep de se marier; que du moins, s'il prend ce parli^, on lengage à s'exciter vivement à la douleur de ses péchés? Ce n'est point là l'induire à se marier, ni influer sur sa détermination ; c'est faire en sorte que ses dispositions soient moins mauvaises, qu'il y ait moins de propos délibéré dans sa faute, et qu'il s'éloigne moins du confesseur dont les soins pourront lui être utiles dans un moment plus favorable. Au reste, nous ne hasardons cette idée qu'en tremblant, et en observant qu'on ne peut point en faire usage, s'il y a lieu de craindre que, malgré toutes ses précautions qu'on pourra prendre , le pénitent ne regarde ce que lui dit son confesseur comme une espèce d'approbalitm, un consentement, une preuve que, s'il ne veut pas lui conseiller de se marier, au moins il le laisse libre el ne le blâme pas de le faire. Nous observerons encore qu'un confesseur doii bien prendre garde, dans toute sa conduite envers ce pénitent, de se laisser guider par le respect humain, ou la crainte de l'emljarras , ou quelques autres motifs naturels qui , dans des cas si urgens , peuvent facilement aveugler ceux qui ne se défient pas assez d'eux-mêmes.
Observations sur une décision relative au cas de faute contre la chasteté. N'avez-vous pas cru que la diiîiculté la plus ordinaire était levée , en suivant l'opinion de queUjues théologiens qui enseignent que, lorsqu'on ne trouve dans les personnes qui se présentent pour le mariage d'autre habitude criminelle que celle du péché de la chair, on peut les absoudre, parce qu'elles trouveront dans l'usage du mariage, le remède au péché?
Nous n'entreprenons point ici de réfuter cette décision improuvée el combattue par des auteurs très-respeciables. Mais nous dirons que ce principe n'aplanit toutes les difficultés qu'aux yeux de ceux qui n'ont pas une véritable idée de la théologie ?
En effet, ces auteurs supposent: 1° que le pénitent choisit l'état du mariage comme remède contre le péché de la chair , et matrimonium elegcrunt tanqtiam retncdiuîn advorsiis peccata carnalia (Dujardin de ofjicio sacerd. p. 408); parce qu'il faut bien au moins que le parti qu'il prend soit dicté par un motif chrétien.
2° Qu'il ne soit pas tombé tout récemmentdans le péché: sans quoi, ces théologiens ne veulent pas qu'on Tabsolve , parce qu'il ne paraît pas du tout vraisemblable qu'il se convertisse efficacement en si peu de temps: on ne pourrait l'absoudre que dans le cas où certains signes particuliers et exti aordinaires prouveraient que le Dieu tout-