‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 319 sur 331 · LIVRE V, CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XVI

des fautes considérables , et qu'il ne se forme en eux des habitudes criminelles dans lesquelles ils croupiront peut-être toute leur vie. C'est par cette considération que tous les théologiens rejfardent comme un devoir des confesseurs d'instruire avec prudence , vers l'époque du mariage, ceux qui s'adressent à eux, des règles qu'ils sont tenus d'observer dans l'usage des droits que donne cet état. Mais il nous semble que celte même considération doit les engager à ne pas difl'érer leur avis jusqu'après le mariage. Car, 1» si ceux même qu'on a instruits sur ce point , et qui ont été bien avertis , ont de la peine à se tenir dans les bornes légitimes, qu'espérer de ceux qui ne le sont pas? N'arrivera-t-il pas souvent qu'en attendant le moment où ils doivent revenir au tribunal, ils profane; ont la grâce du sacrement presqu'aussitôt après l'avoir reçue? 2° IN'est-il pas à présumer que plusieurs d'entre eux, et peut-être la plupart, oublieront la promesse qu'ils ont faite au confesseur de revenir le trouver, et que , différant de jour en jour, ils laisseront à leurs passions le temps d'affaiblir les idées de religion, de prendre l'empire sur elles, et aux mauvaises habitudes celui de se fortifier? 3° Si le curé est dans l'usage de faire revenir les nouveaux époux au tribunal quelques jours après le mariage, quelle impression cette pratique fera-t-elle dans la paroisse? De combien de soupçons, de mauvais propos ne peutelle pas être la source ! De quel œil sera-t-elle vue par les maiis , et ne leur donnera-t-elle pas l'occasion de tracasser leurs épouses , de les indisposer contre le curé , surtout si son âge n'écarte pas tout ce que la déliance et la malignité peuvent inventer?

Tout le monde sent ces inconvi niens. Mais il est des théologiens qui les croient balancés par le danger des avis donnés avant le mari:!ge : danger qui consiste en ce que ces avis sont dans le cas de faire jouer l'imagination, de faire naître des pensées très-dangereuses, d'exp ser u e pei^onne à de grandes tentations, et peut-être à des chutes considérables.

Manière de le faire. T est vr;ù que cet inconvénient pourrait avoir liea , si Ton paîLiil de ces devoirs du m iria^e nussi otiveitement et d'une maîùère i'.ussi déve!op;)ée que seuib'eiit 1 indiquer certains auteurs. Mais nous croyons tjii'on peut pourvoir au salut des péniîens sans entrer dans (:(!S détails. Apres avoir expliqué au pénitent d'' l'un ou de l'autre sex(î , 1 obligation {pi'il a de vivre en paix et en bonne union avec la personne qu'il va épouser, de la porter au bien, d'avoir pour elle un amour chrétien , etc. , on ajoutera ; Il y a encore d'au-

très devoirs dont vous devez être instruit , sans quoi vous seriez expose a commettre bien des fautes et à vous perdre. Il m'en coûte néanmoins de vous parler de pareilles choses , et ce n'est que parce qu'il est de mon devoir de vous préserver du danger et d'assurer votre salut , que je vous propose de vous en instruire. Vous avez peut-être cru que tout est permis entre mari et femme, on n'a que trop .souvent cette idée dans le monde; mais on se trompe. Ecoulez bien ce que Je vais vous dire.

Le mariage est établi pour deux fins : \° pour donner des enfans à la famille, des sujets à l'Etat, des fidèles à l'Eglise.^ des héritiers au

ciel 1° pour mettre un frein légitime aux passio/ts Or, dans

l usage du mariage, tout ce quiest nécessaire à cette double fin^tout ce qui est conforme est légitime , licite et permis, -au contraire, tout ce qui y est contraire et opposé est péché grave , péché mortel en soi. Quant à ce qui n'y est ni contraire., ni conforme , ni opposé , ni nécessaire, cela est péché véniel plus ou m-oins grave^ selon la malice de l'action. Ainsi tout ce qui tendrait à empêcher d'avoir des enfans , est défendu comme un crime. Je vous avertis encore que c'est un devoir de votre part de vous prêter à ce qui est permis , et que vous pécheriez en le refusant. Hors de là des époux doivent observer entre eux la modestie qui convient à des chrétiens ., et être ensemble comme frères et sœurs. Si le pénitent s'était accusé de fautes contre la chasteté dans des confessions peu éloignées, on pourrait en profiter pour lui dire que ces mêmes choses ne lui sont point permises dans le mariage ; qu'il n'y a de permis que ce qui est convenable pour avoir des enfans ; se gardant Lien de lui faire entendre que tout ce qui lui sera encore défendu dans le mariage serait péché mortel, comme il était auparavant.

Ce que nous venons de dire n'est pas de nature à monter l'imagination. Cependant, afin d'écf rter jusqu'à l'ombre de danger^ on ajoutera : Savez-vous l'histoire du jeune Tobie et de la mort effrayante des maris de Sara? On la racontera brièvement , d'un ton grave , mâle, froid ; faisant observer en peu de mots qu'ils n'ont éprouvé ce malheureux sort que parce qu'ils avaient cherché à contenter leurs passions comme les bêtes , et qu'au contraire, le jeune Tobie a attiré la bénédiction du ciel , parce qu'il s'est comporté comme un homme qui craint Dieu. Vous désirez sa?is douta avoir le même bonheur ; imitez sa conduite. Souvenez-vous bien que le mariage est institué pour donner des hahitans à la terre et des adorateurs à Dieu dans le ciel ; souvenez-vous que l'apôtre saint Paul vous ordonne de le traiter avec

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