LIVRE U, CHAPITRE XXXVI
pour jufl^es du mérite de celui qu'ils persécutent ; il est prêt à le leur livrer pour le prix le plus vil auquel ils l'apprécieront et qu'ils voudront lui en donner : Quid vultis mihi dare , et ego vohls eum tradam (1)?
DeT aveuglement, l'avarice conduit Judas à l'endurcissement. Pour détourner le traître de son abominable dessein , en vain le Sauveur du monde emploie tous les moyens et tous les charmes de sa grâce , en vain lui reproche-t-il sa trahison , en vain lui prédit-il le malheur de sa réprobation , en vain cherche-t-il à le gagner par la douceur , à l'attendrir par toutes les marques de l'amitié la plus sincère. Rebelle à tout , Judas tient contre les caresses du Sauveur, contre ses reproches aimables , contre toute la douceur dont il les accompagne ; il tient contre la tendresse de ses divins embrassemens. Rien n'est capable de faii'e sur celte âme vénale la moindre impression.
Tant il est vrai que rien n'endurcit plus le cœur d'un prêtre que l'avarice , quand une fois elle s'en est rendue la maîtresse ; elle lui fait oublier tous les devoirs attachés à la qualité de prêtre et à celle de chrétien. Devenu insensible atout, il se fait pour ainsi dire une âme de bronze pour résister à toutes les grâces et pour se raidir contre tous les remords de la conscience. Après avoir fait , comme Judas, son dieu de son argent pendant la vie, il n'en reconnaît point d'autre à la mort. Zs'osant plus mettre sa confiance dans les mérites d'un Dieu qui meurt dénué de tout, ne voyant plus d'espérance de se réconcilier avec un Dieu ennemi et si long-temps outragé, comme Judas , il s'abandonne au plus alîreux désespoir , qui consomme sa réprobation ; il couronne tous les crimes par un crime plus grand encore , par le désespoir ; il termine une vie criminelle par une fin plus misérable encore , et tous les scandales de sa vie passée par un scandale plus éclatant et plus durable (2).
(1) Matth. c. 26. V. 15.
(2) Pœnilenlià duclus recessit, et abiens laqueo se suspendil/(Ma/M. c. 27.