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CHAPITRE XYII

De la nécessité de la mortification et des moyens de l'inspirer à ceux dont on gouverne la conscience.

(1). Comme la mortification est la première chose à quoi doivent penser ceux qui aspirent à être parfaits , aussi doit-elie être la première attention du directeur envers le pénitent qui veut arriver à la perfection chrétienne. Il doit pour lors se regarder comme le prophète à qui le Seigneur dit autrefois : Je vous ai établi. . . . pour arracher et pour détruire.... pour édifi'^r et pour planter. Mais, quoiqu'il importe d'engager tout !e monde à la mortification, il faut encore y engager davantage trois sortes de personnes, à qui elle est d'autant plus nécessaire, qu elles croient moins en avoir besoin.

Les premiers sont des caractères d'hommes si portés à toutes les choses de piété , qu'il semble , pour parler ainsi, qu'ils ne soient pas enfans d'un père pécheur : rien ne leur fait peine dans les voies de la justice, ils n'y voient rien à quoi ils aient de la répugnance; et pour ce qui est des tentations , bien loin d'en éprouver, on dirait que le démon n'oserait presque les tenter. Cependant la mortification leur est très-nécessaire , tout morts qu'ils paraissent à tout : sans ce secours, on s'apercevra bientôt que leur vertu n'était qu'un bon naturel, une éducation heureuse, et qu'elle n'est à l'heure qu'il est qu'une manière de vie honnête : on s'apercevra peut-être que leurs œuvres qui avaient plus l'air de la vertu , venaient , au fond , de quelque vic(î. En effet, tel qui est d'un esprit réservé et timide, fuira les entreprises hasardeuses, de peur de n'en sortir pas à son honneur j et sa timidité lui paraîtra , et aux autres, un mépris des clioses mondaines. Un autre qui n'aime que son repos , ne cherchera point mille plaisirs qu'il se pourrait procurer, parce qui! n'en sait pas de plus grand que celui de ne s'incommoder point ; Ga>/dohis minus , et minus dohhis ^ est la devise qu'il a chfiisie , confo! niément à son humeur. Cette modéiation néanmoins, qui n'esl que l'eilej

(1) Les douze cliapitrcs suivons sont du P. Pinanionli.

de l'amour-propre , passera pour une vertu devant les hommes ; on pourra même lui donner le nom et le mérite de la mortification chrétienne. Qu'un directeur ne soit pas la dupe de ces belles apparences ; qu'il se serve des dispositions heureuses de son pénitent, pour en faire d'un homme bien né , un chrétien vertueux et parfait ; qu'il remarque ses penchans et ses répu^^nances , sans dissimuler ce qu'il est obligé sur cela de lui dire; qu'il lui déclare nettement que la différence est infinie entre la vertu et la complexion naturelle ; que ce n'est pas marcher dans le chemin de la vraie vertu , que de n'y marcher que par tempérament, et qu'on n'en garde ainsi que l'écorce , sans en recueillir le fruit.

11 en est d'autres encore qui doivent beaucoup se mortifier, et qui n'y songent guère : ce sont ceux qui se convertissent à Dieu avec une grande ferveur, et qui , remplis des douceurs de la grâce dans les commencemens de leur conversion , semblent n'avoir plus de passions déréglées : ce n'est pas qu'ils n'en aient plus en effet , mais c'est que la grâce et le charme de leur état , qui les ont suspendues, en arrêtent dans eux le sentiment. Le directeur les retirera incessamment d'une illusion où ils s'imaginent être au terme , quoiqu'ils ne fassent que d'entier dans la carrière. La grâce et la vertu sont deux choses : lorsque la facilité de faire le bien naît d'une affection tendre dont la grâce a coutume d'accompagner les prémices de la conversion , cette facilité n'est pas encore la vertu môme ; elle n'en est que comme la première ébauche. Sainte Thérèse dit que le démon peut beaucoup nous miire en cet état , sans que nous nous en apercevions : il peut nous faire accroire que nous avons des vertus que nous ^l'avons point, parce que d'une part il diminue en nous l'humilité^ 'et que d'un autre il nous porte à négliger d'acquérir la vertu que nous nous flattons d'avoir déjà acquise (1). Quand est-ce donc que la facilité de faire le bien est la marque d'une vertu solide? C'est lorsqu'elle vient d'un long exercice de se vaincre dans l'occasion , et de l'habitude formée par ces fréquentes victoires. Ainsi les directeurs qui , faute d'expérience, ne démêlent point assez les choses, se trompent aisément sur la vertu de leurs pénitens , et les croient fort avancés , lorsqu'ils ne sont encore que des commençans.

Les derniers enfin à qui la mortification est plus nécessaire, sont ceux qui font consister la perfection dans les œuvres extérieures^

(1) Camer. c. 38.

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