CHAPITRE XYIII
De la morlification des sens.
L'homme sortit autrefois des mains de Dieu sans défauts , parfait, accompli , tel que devait être l'ouvrage du souverain artisan du ciel et de la terre. Mais ce même homme , devenu rebelle à son propre Créateur, renversa par sa désobéissance un si bel ouvrage : ce ne fut plus , pour le dire ainsi , qu'une masse informe ., que désordre , que confusion. Oui, tout fut déréglé dans l'homme par sa rébellion contre le Seigneur; ses sens, son imagination, son entendement, sa volonté. De ce renversement si général naît la nécessité absolue de la mortification ; elle est l'unique moyen de remettre tout dans le premier état, d'assujétir les sens et Tappétit à la raison , et de soumettre la raison à Dieu. C'est de quoi le directeur doit convaincre son pénitent, et ce qu'il doit le résoudre à pratiquer.
Commençons par la morlification des sens , qui est la plus aisée. Pour y déterminer l'homme chrétien, on ne peut lui imprimer trop avant dans l'esprit cette vérité , que plus la nature trouve de goût à ce qui flatte les sens, plus elle en devient esclave ; de sorte que tous ses penchans iront désormais à des plaisirs sensibles. Mais la grâce demande le sacrifice de ces recherches , parce qu'elle tend toujours à nous unir avec Dieu, et que l'attachement aux objets terrestres est un obstacle à cette fin. Je ne parle pourtant pas ici des plaisirs honteux qui font les délices de ces pécheurs que l'Ecriture compare aux plus immondes animaux : Sus Iota in votulahro luti. Je ne parle que des plaisirs qui sont plutôt des amusemens que des péchés, et il faut que le directeur en inspire la haine à ses pénitens, s'il veut les élever à quelque degré de perfection. Ce langage leur paraîtra dur au commencement ; il est à propos de l'adoucir en leur faisant voir que
(1) iPctr.li. 22."