LIVRE II, CHAPITRE XXXVII
Les Apôtres néanmoins conservèrent parmi eux cette divine paix ; ils la transmirent aux évêques leurs successeurs, aux prêlres, à toutes les personnes qu'ils engageaient clans le sacré ministère. <2uoique d'âge, d'humeur et de pays différens, ils étaient tous coiicitoyens avec les saints, comme s'expriment saint Paul, et tous unis malgré la subordination de leurs rangs et la diversité de leurs fonctions. Dès qu'un membre souffrait quelque chose , tous les membres souffraient en même temps; et dès qu'un membre était honoré, tous les membres en avaient de la joie (1). Apôtres, prophètes, docteurS, interprètes des langues , administrateurs , tous agissaient d'un commun accord , tous brûlaient d'un même zèle pour cette hiérarchie ecclésiastique , que David compare à une épouse dont les attraits naturels sont relevés par tout ce que la variété des parures peut donner d'agrément et de beauté. Et si l'on en excepte certains esprits inquiets , dont parle saint Paul , qui s'élevèrent d'entre les anciens de 1 Eglise pour prêcher une doctrine perverse , et entraîner des
disciples après eiixÇl), on peut dire que tous les ministres des autels ne firent très-long-temps entre eux qu'un corps étroitement lié , dont toutes les parties concoururent à faire tête aux tyrans , et devinrent par leur union invincibles à toutes les puissances qui conspiraient à les détruire.
Tel est le vrai modèle des ecclésiastiques et des religieux de nos jours comme ils sont tous enfans d'une même mère , et tous soldats d'une même armée , destinés à soutenir et à étendre le royaume de Jésus-Christ , tous aussi ont les mêmes ennemis à combattre ; et on leur met à tous , à proportion du rang qu'ils tiennent dans le camp du Seigneur, les mêmes armes entre les mains. L'Église se sert d'eux en qualité de confesseurs , de pasieurs, d'évêques, de prédicateurs pour combattre et terrasser ses ennemis. Les uns , je veux dire les ecclésiastiques , occupent les premières places dans le sanctuaire , où ils ont succédé aux apôtres , aux prêtres et aux diacres dans l'exercice de leurs redoutables fonctions ; les autres , et ce sont les religieux , y ont été admis en qualité de troupes auxiliaires pour partager les fatigues des premiers sans usurper la prééminence de leur rang. On a voulu qu'ils portassent du secours partout où les chefs de cette armée spirituelle , et les besoins pressans de l'Eglise les appel-
(1) 2 Cor. 22. 26.
(2) Act. 20. vers, 30.
lerait. Pourquoi ces ecclésiasliqiies et ces religieux craindraient-ils donc de s'entr'aidcr dans un si beau dessein ?
Il en est d'eux comme de rofficier et du soldat, qui doivent concourir unanimement au {jain d'une bataille ; le succès de leur entreprise dépend absolument de Tunion de leurs cœurs : s'ils ne sont parfaitement d'accord entre eux , et avec Jésus-Christ , ce roi pacifique qui les rassemble tous sous ses drapeaux , il est à craindre qu'ils ne perdent le fruit de leurs travaux , et que la discorde ne renverse d'un côté ce que leurs soins les plus empressés lâcheront d'élever de l'autre.
II. S'il est vrai, comme on ne peut en douter, que les plus grandes entreprises ne peuvent manquer d'échouer, par la mésintelligence de ceux qui sont chargés de les conduire ; on peut dire avec làen plus de vérité , et sur l'expérience de tous les siècles , que les minisires de l'Église , séculiers et réguliers , ne réussiront jamais à la servir ni à la défendre , si la division se met parmi eux. Quelque légère qu'elle soit , elle portera coup à leurs entreprises , et sera comme une étincelle de feu qui est capable d'embraser toute une forêt. L'union de la charité qui doit régner entre eux est comme le cœur qui anime tout le corps , et qui lie ensemble un grand nombre d âmes ; tout ce qui lui donne la moindre atteinte peut devenir une blessure mortelle : tout au moins servira-t-il à en diminuer les forces et à en arrêter l'activité ; tandis que le démon de la discorde ne s'arrête point et profile de la moindre dissension pour enlever à Jésus-Christ mille conquêtes.
Dans cette vue , il n'est rien que l'esprit de ténèbres ne mette en œuvre. Tantôt il répand des semences d'aigreur et de défiance entre les premiers pasteurs et ceux du second ordre , entre les titulaires et les simples prêtres , entre les prêtres sécuUers et les réguliers, pour les perdre les uns par les autres , et les détruire , s'il le peut , par leurs propres armes ; tantôt ce sont des jalousies de talens , de fonctions , d'autorité qu'il inspire à ceux-ci contre ceux-là ; parce que , tant que ces jalousies ont lieu , les talens des uns et des autres deviennent ou inutiles ou pernicieux ; leurs fonctions cessent , ou ne se remplissent qu'à demi. L'autorité qui se croit blessée , s'emploie uniquement à se relever ou même à se venger, et rend souvent inutiles ^à l'ÉgUse d'excellens ouvriers, qu'on devait se contenter de tenir dans la dépendance. Que sais-je enfin ? Peu content d'inspirer ces jalousies amères, l'enfer fait jouer mille ressorts, pour rompre Je