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LIVRE II, CHAPITRE XXXVII

La chaiilé n'agit point par un esprit de contention et de pique; elle ne voit point avec une secrèle douleur le sacré ministère entre les mains d'autrui. Jamais elle ne traverse les pieux desseins ou les travaux de ses frères : encore moins tàche-t-elle de les obscurcir par d'injustes soupçons. Toujours ennemie de cette basse envie qui s'irrite et s'enflamme au seul coup d'œil du mérite , elle prend part à tout le bien qui arrive à ses frères, comme à celui qui s'opère par leurs mains'; elle possède tout en commun avec eux jusqu'aux biens spirituels; elle ne connaît point ces intérêts particuliers de société à société, de corps à corps, d'habit à habit, intérêts qui, sous couleur de zèle pour le corps où l'on s'est consacré , dégénèrent enfin en inimitiés ouvertes. Mais, réunissant en Jésus-Christ toutes les sociétés et tous les corps, la charité nous fait ressentir une joie pure et sincère , quand les autres font le bien, soit qu'ils soient nos amis, ou qu'ils n'aient avec nous aucune liaison particulière , soit qu'ils soient d'un rang supérieur ou inférieur, soit qu'ils soient de notre corps ou d'un corps étranger, soit qu'ils soient réguliers ou séculiers.

A ces traits tout divins, est-il aisé de reconnaître la conduite des divers ordres de la hiérarchie les uns envers les autres, des titulaires envers les simples prêtres, des ecclésiastiques envers les religieux, et celle des religieux envers les ecclésiastiques? Ou plutôt, à parler sincèrement, ne peut -on pas dire que plusieurs d'entre eux ont retenu quelque chose d'une disposition toute contraire? On en voit dans l'un et l'autre état qui paraissent avoir du zèle pour le bien , mais qui veulent le faire seuls, et s'imaginent qu'on leur ôte tout ce qu'on fait sans eux. Ils prétendent qu'on ne travaille qu'en s'associant avec eux, qu'en se soumettant en tout à leur direction et à leur conduite, et à peine s'y est-on soumis, qu'ils semblent prendre plaisir à agraver le joug de la dépendance , et à faire sentir le poids de leur autorité à des ouvriers zélés, et déjà accablés sous celui de leurs travaux. D'autres semblent ne devoir dépendre d'aucune autorité ; on dirait qu'ils prétendent se rendre maîtres du champ et de la vigne qu'ils cultivent. Ils oublient en quelque façon que, pour travailler avec fruit, pour planter et pour arroser, il faut être d'intelligence avec celui qui donne l'accroissement, se tenir étroitement uni avec ses premiers ministres, et que c'est dissiper au lieu d'amasser que de le faire sans eux.

D'autres enfin, n'osant ni blâmer ouvertement ni traverser les bonnes actions et le zèle qu'ils aperçoivent dans autrui, n'y prennent aucune

bS PERFECTION DU SACERDOCE.

part, ou mcme les m('prisenl comme quelque chose d'étranger etd'indilTcrent à la religion. A voir comment ils s'accoutument à regarder leur église particulière, leur ordre, leur communauté, leur paroisse, comme faisant un tout à part qui mérite seul leur eslime , on dirait que tout le reste n'est rien, ou qu'il est à leur égard comme n'étant points tant ils en marquent de l'indifférence ou même du mépris. En tout cela point d'union, point de charité, et, par une suite nécessaire, point de sûreté de conscience, parce qu'enfin l'esprit de Dieu n'habite point dans un même cœur avec l'esprit de discorde. L'un nous dit de nous aimer, de quelque corps et de quelque ordre que nous puissions être : di/igite alterutrum. L'autre au contraire nous inspiie un mépris mutuel; il nous aigrit souvent les uns contre les autres, et, nous portant tôt ou tard de l'aigreur aux dernières extrémités, il nous fait suivre comme à l'aveugle les pernicieux conseils que l'envie ne manque jamais de suggérer.

Alors se vérifie à la letlre ce que dit saint Jean : Que celui qui hait son frère est dans les ténèbres ^ qu'il y marche , quil ne sait où il va, parce que les ténèbres Vont aveuglé (1). C'est-à-dire, que la passion se mêle pour l'ordinaire dans ces espèces de querelles. On se ménage peu dans les conversations ; on ne s'épargne point dans les disputes et dans les livres ; on en vient quelquefois jusqu'à faire de la chaire de vérité le théâtre de ces pitoyables divisions. Elles éclatent par l'organe de ceux mêmes qui devaient les étouffer; enfin l'on n'en recueille d'autre fruit que d'apprêter à rire aux libertins , toujours déterminés à censurer la conduite des ministres des autels et à se faire un divertissement de toutes leurs disputes.

Le remède à tous ces maux est d'entrer d'abord dans les dispositions que saint Paul nous marque par ces divines paroles : Non alta sapientes, sed hutuilibus consentientts (2). N'ayez point de VOUS des sentimens élevés : au lieu de mettre votre gloire à vous séparer de vos frères , regardez comme un honneur de leur être attaché. Comprenez que tandis que vous serez unis vous serez toujours invincibles. Bien vous donnera pour lors des paroles et une sagesse à quoi tous vos ennemis ne pourront jamais résister (3). Mais si vous n'agissez plus de concert, s'il y a des divisions et des querelles parmi vous , non seulement vous ne ferez aucun bien dans TEglise , mais vous ne pourrez pas même vous

(1) Joan. c. 2. v. 11.

(2) JÎ07n. chap. 12. vers, 16j

(3) Luc. ch. 21. V, 15.

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