‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 39 sur 331 · LIVRE n , CHAPtTRE XXXVIT · texte numérisé non relu

LIVRE n , CHAPtTRE XXXVIT

recclésiastiqiie à son tour rende la pareille au religieux , comme à son digne coopérateur dans le ministère évan.fyélique ; qu'il en parle en bien et à son avantage , quand l'occasion s'en présente , qu'il en soit de même de tous les rangs hiérarchiques ; ces attentions mutuel les marquant une grande union entre les uns et les autres^ le monde en sera extrêmement édifié ; la confiance des fidèles suivra de près une édification si utile, et même si nécessaire : au lieu que si mutuellement ils se censurent, se critiquent, se déchirent, se condamnent directement ou indirectement, la moindre démonstration qu'ils feront de ne se pas estimer, sera une occasion de scandale. On jugera aussitôt qu'il y a de l'envie et de la jalousie parmi eux ; et ce soupçon désavantageux, en dévoilant leurs faiblesses, les fera tomber dans une espèce de discrédit , toujours honteux aux uns et aux autres, et plus funeste encore à l'Eglise de Jésus-Christ.

La charité n'est point envieuse , dit l'apôtre des Gentils : Charitas lion œmulatnr. Elle se réjouit autant des avantages des autres que des siens propres ; et, en s'en réjouissant , elle se rend propre tout ce qu'ils ont de mérite , et toutes les bonnes actions qu'ils font. C'est cette qualité particulière de la charité qu'on conseille ici à tous les ordres du clergé pour cimenter entre eux une union éternelle ; ils n'ont qu'à bannir de leurs cœurs l'envie , ce monstre plein de bassesse et de lâcheté , qui fait son supplice des avantages d'autnii , qui craint étrangement tout ce qui surpasse ou qui égale , et qui s'afflige en secret de ce qu'il a des concurrens et des rivaux dans des choses dont il voudrait que l'éclat rejaillît uniquement sur lui.

Si l'apôtre des nations ne nous apprenait que ce vice s'est glissé dans les commencemens de l'Eglise parmi des hommes destinés à prêcher l'Evangile^ nous aurions peine à le croire. Ce grand saint était prisonnier, et à la veille d'être immolé. Son courage et sa patience servaient de modèle à quelques uns qui prêchaient l'Evangile avec plus de ferveur, pour avoir part à ses mérites ; mais d'autres , par un esprit de jalousie, annonçaient Jésus-Christ avec plus d'éclat et moins de précautions qu'à l'ordinaire , dans le dessein d'ajouter à la dureté de sa prison , et de faire qu'en devenant plus odieux , il fût condamné à perdre la vie (1).

Si Ton eût demandé pour lors à ces prédicateurs le motif secret qui

(1) Propter invidiam et cotilenlionem Exislimantes piessurnin se suscitare

vinculis nieis. {^Philip, 1, J.5. M.)

04 tERFECTION DU SACERDOCE,

les faisait agir ; si on les eût accusés d'envie , ou même si on les en eût soupçonnés , combien se seraient-ils récriés contre un soupçon si peu vraisemblable ? Et avec quelle force Tauraienl-ils repoussé par les preuves de leur désintéressement, et de leur préparation au martyre? Ils se trompaient eux-mêmes. Leur zèle leur cachait la racine amère dont il était le fruit ; mais l'esprit de Dieu dont saint Paul était rempli, découvrait dans eux un esprit de jalousie , qui ne pouvait être content que par sa mort ou par son oubli.

A Dieu ne plaise que nous imputions aux membres de la milice sainte de nos jours des motifs aussi criminels dans l'exercice de leur ministère ; mais ce qu'ils doivent comprendre à la vue d'un exemple si odieux et si frappant , c'est que , si Tenvie a pu porter des ouvriers cvanjifpliques à se servir de leurs fonctions pour rendre Tapôtre plus odieux , et mettre sa vie en péril , ils ont eux-mêmes tout à craindre que ce détestable vice ne trouble au moins parmi eux la charité et la pai'c, en les ai;;rissant les uns contre les autres, à la vue de leurs talens et de leurs succès mutuels ; ou en les faisant réjouir tour à tour et en secret de leurs humiliations réciproques.

La charité ne connaît point toutes ces faiblesses. Elle ne se réjouit point du mal , dit l'apôtre-, mais elle se réjouit du bien (]). Quand l'ecclésiastique et le reli{j'ieux, le titulaire et le simple prêtre en seront animés, ils se souhaiteront mutuellement des talens, des succès, de l'élévation , et plus cette élévation sera grande , plus ils en auront de la joie. Vous êtes nos frères, se diront-ils les uns aux autres, croissez par milliers (2). Augmentez en travaux ;, en succès et en honneur; vos avantages sont les nôtres, bien loin de vous les envier, nous en avons un très-sensible plaisir. Qu'il est doux de penser ainsi pour des ministres de Jésus-Chrit véritablement jaloux de la gloire de Dieu et du salut des âmes ! Paen n'est capable de les diviser. Quoique revêtus d'habits différons , et dans des postes subordonnés , ils sont comme confondus dans une même société ; ils paraissent occupés des mêmes soins et des mêmes travaux ; ils se proposent un même objet, un même esprit, les mêmes sentimens. Point de contestation parmi eux ni de vaine gloire ; clincun y a en vue , non son propre intérêt , mais celui des antres ; chacun y estime autrui plus que soi-même (3) et la paix de Dieu qui surpasse tout ce qit'on peut

(4) Gor. cap. d3. vers. 6.

(2) Frater (noster es), crescas in mille uiillia. {Gènes. 24. CO.)]

(3) Ad Phip. 2. 3.

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