‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 40 sur 331 · CHAPITRE XXXYIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXYIII

De l'envie dans les ministres de Jésus-Christ.

(2) L'envie est une tristesse et un déplaisir du bien du prochain , moins par l'intérêt qu'on pourrait avoir à la possession de ce bien , que par la peine qu'on a de voir un autre en jouir. Ce déplaisir a sa source dans la corruption du cœur de l'homme : il vient toujours de quelque passion secrète qui le forme et l'entretient dans l'ùme. Tantôt c'est un fonds de haine et de ressentiment : on ne voit qu'avec dépit le bonheur d'un ennemi qu'on déteste et qu'on voudrait voir dans la disgrâce ; on s'attriste lorsqu'on voit Dieu répandre sur lui ses dons et ses faveurs. Tantôt c'est un amour démesuré du plaisir qui inspire l'envie : on voudrait être de tous les divertissemens; la joie des autres à laquelle on ne peut participer, devient un supplice. Dans celui-ci l'envie est l'effet d'un caractère bizarre et malin , qui ne peut souffrir dans ses frères des prérogatives dont il se voit privé ; il ne se console dans ses malheurs, qu'autant qu'ils lui sont communs avec le prochain. Dans celui-là l'envie a pour principe une avarice insatiable ; il ne peut voir sans douleur en des mains étrangères des richesses dont il voudrait jouir lui seul. Ce qui rend envieux certains hommes d'une conduite peut régulière, c'est le dérèglement de leurs mœurs; ils ne voient qu'avec peine dans les autres une régularité qui condamne leur vie peu réglée ou relâchée ; la conduite édifiante d'une personne qui a de la piété , est une censure continuelle et un reproche secret qui les humilient; ils voudraient voir moins de vertu dans le prochain , parce qu'eux-mêmes ils en sont dépourvus. Mais la cause la plus ordinaire de l'envie, c'est l'orgueil. Il est impossible qu'un orgueilleux ne soit pas en même temps envieux , dit saint Augustin (3). Il veut occuper les premières places, fixer sur soi tous

(1) Philip, k 7.

(2) Scvoy.

(3) Fieri non polest ut snperbns non invideat. (1 Scnn. 23, de vérins l/insf.) II. 5

les regards et réunir tous les suffrages. Voilà ce qui excite dans lui tous les senlimcns d'une basse jalousie , autant de fois qu'il croit apercevoir en autrui les frivoles et chimériques biens du temps qu'il ne reconnaît pas en soi. Loin de les désirer ou de les rechercher, l'homme vériiablemcnt humble les méprise et les fuit; l'homme superbe met tout en œuvre pour se les procurer. C'est ce qui fait dire à saint Grégoire-le-Grand dans ses Morales , que la première fille de la superbe est la vaine gloire , qui , en corrompant notre cœur, y engendre Tenvie , ne pouvant souffrir que d'autres jouissent d'un vain fantôme de gloire et de bonheur que nous poursuivons (1). Les avantages du prochain attirent sur lui les yeux des hommes et les détournent de dessus nous ; les grands talens qui paraissent en lui éclipsent les nôtres et les font disparaître ; il n'en faut pas davantage pour exciter notre jalousie ; des hommes naturellement superbes ne peuvent voir qu'avec peine ce qui s'oppose à ce qu'ils désirent avec plus d'ardeur. Telle est la nature de l'envie et son origine. Nous entreprenons ici de montrer tout ce que ce vice a d'odieux, et les pernicieux efl'ets qu'il produit comme nécessairement dans un prêtre , dans un ecclésiastique , qui malheureusement en a laissé dominer son cœur.

I. Ce qui fait particulièrement l'odieux de l'envie , c'est qu'elle est de tous les vices celui qui admet le moins d'excuse; c'est qu'elle attaque sans distinction et sans ménagement tout ce qu'il y a de plus respectable dans la société et dans la religion ; c'est qu'elle est toujours la marque d'un esprit faible , d'une âme basse et d'un mauvais cœur; c'est qu'elle couvre de honte celui qui s'en rend l'esclave; c'est enfin que nulle autre passion n'est plus contraire à la charité qui doit régner parmi les chrétiens.

Tout autre pécheur que l'envieux a des prétextes plausibles pour excuser sa passion; prétextes frivoles, j'en conviens, mais après tout prétextes spécieux. L'homme colère excuse ses emportemens sur la vivacité d'un tempérament bouillant qui l'entraîne , ou sur l'alrocité de l'injure qui l'aigrit; injure si criante, dit-il, qu'il ne peut l'oublier ou la dissinmler sans s'exposer à de nouveaux allronts encore plus crians que les premiers. L'avare peut alléguer que c'est pru-

(1) Prima nanique siipeibiae soboles , inanis est gloiia, quae , dùm oppvessam menleni coiriinipit , mox iin idiam gignit ; quia , dtim vani iioininis poteuliaiu appclit, ne quis-lianc alius atlipisci valeat , labescit. {LU. moral.)

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