‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 41 sur 331 · LIVRE II, CHAPITRE XXKVIU · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XXKVIU

dence de se ménaî^er des ressources contre les revers de la fortune ; qu'une sage économie porte à conserver des biens que la Providence ne nous a pas confiés pour les consumer en vaines dépenses. L'ambitieux représente que sa naissance et son état exigent de lui un certain éclat nécessaire pour soutenir son rang et sa dignité. Le voluptueux s'excuse sur sa faiblesse, et sur le violent penchant qui porte l'homme aux plaisirs des sens depuis le péché originel. L'envieux est le seul qui n'a point de prétexte pour excuser sa passion. Ce qui le porte à la satisfaire , c'est uniquement la malignité de soa esprit et la corruption de son cœur. Il s'offense de tout; et comme il est lui-même dominé par le vice, il ne voit de vertu nulle part : ce qui semblerait devoir apaiser l'envie est précisément ce qui l'irrite. La sainteté du Sauveur, sa science et sa puissance toutes divines , les bienfaits dont il comble un peuple ingrat , les miracles qu'il opère en présence de ceux de sa nation , en guérissant leurs malades , en rendant l'ouïe à leurs sourds , la vue à leurs aveugles et en faisant marcher leurs boiteux; voilà ce qui révolte contre lui ses injustes concitoyens. On est surpris, effrayé de l'iniquité , de l'aveuglement , de la fureur de ces Juifs ; et nous entrons tous les jours dans les mêmes sentimens à l'égard du prochain. Nous prétendons les justifier par le spécieux motif de religion , de zèle , de régularité ; tandis que les étrangers exempts de passions découvrent parfaitement la nôtre , ils jugent que la vertu , la capacité , la puissance de nos frères est ce qui fait tout leur crime à nos yeux. Si Jésus eût ressemblé à ses compatriotes, il en eût été aimé ; mais il était le Juste par excellence, le Saint des saints , qui censurait leurs mœurs et condamnait leur envie et leurs infidélités; c'en fut assez pour être haï et persécuté.

Qu'on demande à l'envieux, avec saint Grégoire deNysse, quels sont donc les sujets de plainte qu'il forme contre cette personne qui est l'objet de son envie : Quid de eo conq^iereris? Que vous a donc fait cet homme dont vous ne voyez le bonheur qu'à regret, dont les succès vous causent tant de chagrins , et les humiliations tant de satisfaction et de joie : Quid de eo conquereris F Quelle raison avez -vous pour le haïr, pour l'éviter, pour n'en parler qu'avec mépris, pour vous réjouir de ses perles ? Quel tort vous a-t-il donc fait , ou quelle injure en avez-vous reçue ^ Quid passus es, infeliw? Les biens dont vous dites qu'il est dépourvu , ou plutôt dont vous désirez de le voir privé , passent-ils dans vos mains ? Les traits odieux dont vous noircissez sa réputation, rehaussent-ils l'éclat de la vôtre? Point du tout;

il ne vous revient rien de ce que vous lui enviez , ou de ce que vous voulez lui ôter ; il ne vous a jamais fait de mal , vous en convenez ; et cependant vous a|)plaudissez à ses dis^,râces , vous vous réjouissez de ses pertes , vous insultez à ses malheurs par le plaisir malin que vous en ressentez ou que vous témoi{înez en avoir. Quel travers! quel crime! quelle inhumanité!

Ce qui contribue à rendre ce crime plus inexcusable et plus grand, c'est le mérite et la qualité des personnes qui sont l'objet de cette détestable passion. Ceux qu'elle attaque ne sont ni des étrangers qu'on pourrait peut-être regarder avec une sorte d'indilTérence , ni des ennemis que la passion pourrait rendre odieux , ni des pécheurs pour qui les vices n'inspirent que du mépris. Ce sont des personnes d'une même ville, d'une même condition, d'une même profession , entre lesquelles la conformité d'emploi , d'état et de patrie devrait former une liaison plus étroite : et l'on est fâché de leurs succès ! on voudrait en arrêter le cours ! Ce sont bien souvent des amis auxtjuels tous les jours on fait des protestations du plus sincère attachement ; et par une duplicité qui tient de la ti\ihison , tandis qu'on leur donne au dehors mille témoignagnes d'nne amitié feinte , on cache au dedans les seniimens d'un dépit secret , à la vue de leurs succès ou des qualités louables que le public désintéressé reconnaît en eux. Enfin ceux qui sont en butte à l'envie sont ordinairement des confrères que le mérite et les talens mettent au dessus des esprits supercifiels. Ce sont des bienfaiteurs dont tout le crime est d'avoir fait trop de bien ; on regarde d'un œil jaloux jusqu'à la souice des biens qu'on en reçoit et qu'on ne tient que de leur générosité. Chose étonnante et pourtant vraie ! ce qui excite la jalousie de certains hommes bizarres , est quelquefois la piété de ceux qui en font une profession paiticuhère ; il n'y a , ce semble, que des démons qui puissent s'affliger du bien spirituel d'aulrui; l'envieux se fait une sorte de gloire de partager avec cet esprit malin une si détestable disposition ; il voit avec peine jusqu'à la vertu de ses frères ; il voudrait qu'ils servissent le Seigneur avec moins de fidélité. Tel ou tel ministre a gagné l'estime du public par ses talens , par ses travaux et par son zèle ; il s'en est attiré la confiance encore plus par la régularité de sa conduite que par l'étendue de ses lumières ; on court en foule à ses discours, son tribunal est environné de pénitens ; on s'adresse à lui, on le consulte de toutes parts; il n'en faut pas davantage pour exciter la jalousie de ceux, de ces confrères qui n'ont

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