‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 42 sur 331 · LIVRE II, CHAPITRE XXXVIH · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XXXVIH

pas la même vogue et la même célébrité ; ils ne voient qu'avec dépit tout ce qu'il fait de bien et tout ce qu'il a de succès ; toute leur consolation est d'en murmurer en public et de le décrier dans le particulier. Ainsi les pharisiens , témoins des merveilles opérées par le Sauveur, ne les voyaient qu'avec la plus vive douleur et se plaignaient amèrement de ce qu'il attirait tout le monde à sa suite (1).

Mais , comment une passion qui ne respecte pas Dieu épargneraitelle les hommes ? car voilà jusqu'où va la malignité de l'envie ; elle s'en prend à Dieu môme , dit saint Basile : Invidia est ipsi JDeo contraria; elle semble reprocher au Seigneur la communication trop abondante de ses dons et de ses grâces, à l'égard de ceux qu'il daigne en favoriser : parce que Dieu est bon , l'envieux est méchant ; ennemi déclaré de la gloire de Dieu , c'est une espèce de monstre qui ne peut soufft'ir que le Seigneur ait des sujets fidèles et afl'ectionnés à son service ; il voudrait la destruction de tous ceux qui travaillent à l'œuvre de Dieu , à l'établissement ou à l'agrandissement de son empire ; il leur suscite des contradictions ; rien qu'il ne fasse pour les mettre hors d'état de procurer la gloire du commun maître , que lui-même il devrait travailler à faire connaître et aimer de tous les hommes. De là cette décision de saint Thomas, qu'on doit regarder l'envie comme un péché des plus énormes, en ce qu'il s'oppose d'une manière spéciale à l'accroissement de la gloire de Dieu (2). Le saint docteur ajoute que l'envie doit être comptée entre les péchés contre le Saint-Esprit ; ceux qui s'en rendent coupables , envient en quelque sorte à ce divin Esprit les dons ineffables qu'il aime à répandre dans les âmes , et les œuvres admirables qui contribuent le plus à le faire glorifier parmi les hommes (3).

A tant de traits odieux , ajoutez celui de trouver son bonheur dans le malheur des autres; un esprit droit, un cœur noble ne cherchent qu'à faire des heureux et ne voit qu'avec peine ceux qui ne le sont pas ; il n'y a qu'un mauvais cœur, une àme basse , qui puissent se faire un tourment du bonheur d'autrui ; et c'est là pourtant le caruc-

(1) Ecce mundus totus post eum abiit. (Joan. c. 12. v. i9.) (2j Inter gravissima peccata coniputatur. (2 Secundœ quœst. 37. art. 3. ad. d.) (3) Undè poniUir peccatum in Spirituni saiictum; quia per hanc invidiani hoino quodam modo SpiiiUii saricto iiividct , qui in suis operibus glorificalur. (2 Secundœ quœst. 36. art. 3. ad i.)

tère propre de l'envieux : voilà ce qui le déshonore , el le rend odieux dniis le monde. Il est des hommes assez pervers, pour se faire honneur des autres passions ; ils avouent avec assez de franchise qu'ils ont de l'ambition , qu'ils sont vifs , et que , dans la vivacité , ils se laissent aller à remporlement ; ils conviennent qu'ils ne sont pas insensibles à l'intérêt : il en est même qui ne rouvrissent pas d'avouer le penchant violent qu'ils ont pour la volupté ; mais pour l'envie , nul lionmie, que je sache, entre ceux qui n'ont pas renoncé à tout sentiment d'honneur, nul qui ne rougisse de passer pour envieux ; c'est qu'on est persuadé dans le monde, qu'il n'y a qu'un petit esprit, qu'un mauvais cœur qui puisse être susceptible de cette basse passion. Un homme de ce caractère devient l'objet du mépris et de la Laine publique. C'est un homme dangereux qu'on déteste et qu'on craint également; on l'évite, on le fuit, on l'écarté comme le fléau de la société ; s'il ose se produire dans le monde , ce n"est guère que pour y recevoir des affronts ou des reproches ; l'Esprit saint ne veut pas même qu'on l'admette à sa table (1). L'envieux sent tout cela, et c'est ce qui le porte à cacher, autant qu'il est en lui, la passion qui le dévore , afin de n'être point connu pour ce qu'il est.

Au jugement de saint Jean-Chrysostôme , les envieux sont indignes du commerce des hommes ; il faut les en bannir, dit le saint docteur, et les traiter comme on a coutume de traiter ces animaux féroces que la rage rend redoutables et furieux (2). Après tout , dit ailleurs le même saint, les animaux s'adoucissent et s'apprivoisent par le bien qu'on leur fait; s'ils nuisent, ce n'est ordinairement que quand on les irrite : les envieux sont une sorte de monstres indomptables que les bienfaits ne peuvent ni adoucir, ni empêcher de rendre le mal pour le bien (3). Les comparer aux animaux , c'est encore trop peu , il faut dire , ajoute ce prince des orateurs chrétiens , qu'ils sont pires que les démons mêmes (4). Acharnés contre nous , ces esprits malins, en déclarant une guerre ouverte aux hommes , épargnent au moins les autres démons avec lesquels ils vivent dans un parfait accord ;

(1) Ne coinedas cum honiine invido. {Prov. c. 28. v, 6.)

(2) T.iles lioraines lapidiljus petendi siint, non aliter quàm rabie concilali canes: (^Hom. 42. in Matlh.)

1^(3) Iiividi ppjoies siuit feris beneficiis allecti benè raeritos maleûciis yrose-

CUti sunt. {Hom. 42. ad -pop. Antiocli.)

{ (4) Invidi dœiuonibus paies et forte deterioies. {Ihid.)

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