‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 43 sur 331 · LIVRE II , CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

LIVRE II , CHAPITRE XXXVIII

mais ceux sur qui l'envieux décharge sa fureur sont d'autres hommes, formés cmume lui à l'image de Dieu (1).

Enfin point de vice plus contraire à la charité qui doit caractériser un ministre des autels , que l'envie : la charilé veut que nous nous réjouissions avec ceux, qui sont dans la joie; que nous mêlions nos larmes avec celles de ceux qui pleurent (2). L'envieux fait tout le contraire . il pleure avec ceux qui se réjouissent , et il se réjouit avec ceux qui pleiu^ent. Le zèle que la charité produit, voit avec de saints transports l'œuvre de l'Evangile fructifier entre les mains de tous les ministres envoyés par lEgUse ; pourvu que Jésus-Chribt soit annoncé , il ne lui importe comment et par qui : l'envie au contraire s'alilige des progrès de l'Evangile ; le ministre qui en est possédé voudrait être le seul à le prêcher. Moïse souhaitait que tous ses frères eussent le don de prophétie dont Dieu l'avait gratifié (3). Saint Paul voyait avec plaisir Jésus-Christ annoncé par ceux-là même qui cherchaient à décrier son ministère parmi les fidèles (4). L'envieux au contraire ne voit qu'avec peine l'avancement du règne de Jésus- Christ dans les âmes , quand c'est par les travaux d'autrui que Dieu le procure ; il voudrait qu'il n'y eût personne en état de partager avec lui la gloire et les succès du saint ministère ; regardant les dons de Dieu dans ses frères comme sa propre confusion , tout ce qui brille à ses côtés ou qui l'eÛ'ace, lui est insupportable; ce qu'il se propose dans ses fonctions , est bien moins le salut des âmes que le vain bonheur d'en être lui-même l'instrument et le ministre , souffrant avec une sorte de chagrin que Dieu soit gloiifié , il voudrait pouvoir suspendre le cours de ses miséricordes sur les pécheurs; affligé en quelque sorte de leur conversion , il serait moins touché de les voir périr, que de les voir sauvés par d'autres soins et par d'autres talens que les siens.

Cependant , qui le croirait ? un vice si odieux en soi , si flétrissant pour celui qui en est esclave ; un vice qui attaque tout ce que la religion a de plus respectable ; un vice enfin si opposé à la charité chrétienne et sacerdotale , n'en est pas moins commun parmi les ministres de l'Eglise : les commencemens de la prédication de l'Evangile , ces

(d) Dœraones licèt coulra nos belluni exerceant impacatum , consoitibus tamen generis non insidianturo (Hom. 42. ad pop. ArUioch.)

(2; Gaudere cuni gaudentibus , flcrc cnni fientihus. {Ad Rom. c 12. v. 15.) (3j Quistiibuat ut omnis populus pi'opbetet. {l\iim,. c. 11. v. 26.) (4) Et in hoc gaudeo , sed et gaudebo. (Ad Philip, c. 1. v. 18.)

siècles si purs et si fervens où le martyre était comme la récompense anticipée du ministère, n'en furent pas exempts. Si le grand apôtre crut avoir lieu de se plaindre que quelques tms prêchaient l'Evangile par jalousie et pour susciter de nouvelles rigueurs à ses chaînes (1); si dès-lors des ministres jaloux traversèrent et cherchèrent à anéantir les succès immenses de Tapostolat d'un saint Paul, est-il surprenant que la basse jalousie , qui osa se produire au milieu de tant de zèle et de sainteté , ait trouvé le moyen de s'introduire parmi nous? Non sans doute , et tous les ravages qu'elle y fait n'ont plus rien qui doive étonner dans un siècle où le véritable zèle est si rare , et où les mœurs sont si corrompues : ce qu'on cherche dans l'exercice des fonctions les plus saintes , c'est bien plus la gloire de l'homme que la gloire de Dieu ; les travaux semblables du ministère qui devraient réunir les ouvriers évangéliques destinés à faire le même bien , les divisent ; on se regarde d'un air inquiet et jaloux; on exténue les talens des autres , on déprime et l'on diminue leurs succès : à en croire l'envie , ces succès sont fondés dans une prévention populaire et dans l'imagination bien plus que dans le mérite ; on écoute les éloges d'un concurrent avec un certain air d'indifférence et d'amertume qui les désavoue ; l'envieux ne connaît de bien véritable , que celui qu'il croit faire ; à l'entendre , l'esprit de Dieu ne souffle que pour lui seul ; c'est sur lui seul que cet Esprit saint peut répandre les dons extérieurs qui font fructifier le ministère. Aussi que ne fait-il pas pour décréditer le ministère des autres et pour attirer sur lui les suffrages de la multitude ? Sous prétexte de zèle , il ne craint point de rendre suspect le zèle des autres ; il leur impute des excès de rigueur ou de relâchement également opposés à la sainte sagesse de l'Evangile : c'est ainsi que le ministère sacré , qui est un esprit de paix, devient un esprit de f rouble et de division; esprit pernicieux qui , passant des premiers ministres de la religion à leurs disciples , fait que les uns veulent être à Paul , les autres à Apollon, les autres à Ccphas (2), et qu'aucun n'est véritablement à Jésus-Christ; en tout cela , que de sujets d'alffiction pour l'Eglise , et de triomphe pour ses ennemis! Ne serait-il pas moins triste pour elle de manquer d'ouvriers, que de les voir se croiser, se décrier, se contredire, et ne convenir, ce semble , qu'à détruire mutuellement le lien que Dieu

(J) Jd Philip, c. ■!. r. 17.

(2) 1 ad Cor. c. 1. V. 2.

Page 1