‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 45 sur 331 · LIVRE II, CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XXXVIII

en mal ; il tourne à sa ruine les avantages des autres , il trouve des épines où ils ne cueillent que des fleurs et du fruit , il se fait un poison de ce qu'il y a de plus salutaire pour eux (1). Voilà ce que nous-mêmes avons aperçu dans certains ecclésiastiques malheureusement infectés de cette dangereuse passion : louez en leur présence un de leurs émules, admirez devant eu\ les talens d'un concurrent, vantez ses bonnes qualités, ses travaux. , ses succès: vous les troublez, vous les mettez de mauvaise humeur; la peine qu'ils en ressentent est un supplice qu'ils portent partout , qui altère et ruine leur santé ; en un mot , la prospérité des autres fait leur tourment et leur enfer dès cette vie, comme la félicité des saints du ciel fait mie des plus grandes peines des damnés dans l'enfer.

Une autre chose encore plus mortifiante pour l'envieux , c'est l'humiliation et le mépris où sa passion le fait tomber dans le monde : parce que vous avez envié à l'homme les faveurs dont je l'avais comblé, dit Dieu au serpent infernal, vous ramperez honteusement (2). Parce que vous avez porté envie au bonheur , aux talens , aux avantages de vos frères , peut-on dire à un ecclésiastitjue taché de ce vice honteux : condamné à l'obscuiité et à l'oubli dans mon sanctuaire , vous n'arriverez jamais au point de perfection et de bonheur où se trouvent ceux dont vous avez envié le mérite ; vous ne voyez qu'avec dépit la réputation de ce prédicateur , de ce pasteur vigilant ; vous ne pouvez souffrir les applaudissemens qu'on leur donne , les succès brillans qui couronnent leurs travaux ; pour punir votre envie , vous ne prêcherez ni avec la même force ni avec la même facilité : VOUS ne travaillerez ni avec le même succès ni avec le même fruit. Vous souffrez de voir cet ecclésiastique dans ce bénéfice , dans cette place honorable qui n'est que la récompense de son mérite , de son zèle et de ses services ; pour vous punir, Dieu permettra que , toujours ignoré et oublié , vous rampiez jusqu'à la fin dans la poussière (du sanctuaire). Super pectus tuum gralieris. Vous portez envie à ce directeur des âmes, qui a la confiance de tout ce qu'il y a de plus distingué pour le mérite et pour la piété ; abandonné de ceux-là même sur lesquels vous auriez le plus compté , vous aurez la douleur de les voir s'adresser aux confesseurs dont vous étiez jaloux ; du lieu d'obscurité et de ténèbres où votre envie vous aura

(1) Invita Alosis.

(2) QutafecUti lioc, supev peclus tiiiini gradieiis, {Geii, c, 3. v. 14.)

confiné, vous verrez vos compôliîeurs placés aux premiers ranges dans rÉîjIiso, enrichis de mériles ei, de bonnes œuvres, généralement eslimés ctrespeclcs de tonl le monde (1).

1- Le comble du malheur est la diflicullc de renoncer à celle malheureuse passion, quand on a eu le maliieur de s'y abandonner: point de pécheurs plus difiîci'es à convertir que les envieux , parce qu'il n'en est point de plus opiniâtres et de plus endurcis dans leur péché. Oui, disait le célèbre Gassien, je tiens pour certain que de tous les vices, l'envie est un de ceux dont on se corrige le plusdiOlicileuient (2). Je serais tenté de croire presque , ajoute-t-il , qu'il n'y a plus de remède pour celui qui se trouve malheureusement infecté de ce poison contngieux (-3).

Trop heureux encore l'envieux dont nous parlons, si les disgrâces de la vie et les châlimens du temps n'étaient pas pour lui les avantcoureurs de ceux de l'éternilé ! Malheur , et mille lois malheur aux imilateurs de l'inforluné Gain , dit l'apôtre saint Jude (4) ! L'arrêt en est solennellement poi té , et c'est le grand apôtre lui-même qui l'a prononcé : les inimitiés , les jalousies , l'envie et l'homicide , l'intempérance et l'ivrognerie ; je vous l'ai déjà dit et je vous le répète, tous ceux qui sont livrés à ces ignominieuses passions , ne peuvent prétendre au royaume des cieux (5).

Pour prévenir un sort si funeste, ne donnons jamais entrée dans nos cœursàunvice siodieux et si pernicieux; faut-il s'exposer à se perdre pour de faux biens , qui ne servent bien souvent qu'à perdre ceux qui les possèdent? Quelle folie d'envier à nos frères des places , des dignités qui exposeraient notre salut , soit par la négligence que nous aurions à en remplir les obligations , soit par le mauvais usage que nous ferions des avantages qui y sont attachés ! Loin donc de leur porter envie , loin de voir avec peine leurs succès dans ce qu'ils entreprennent pour la gloire de Dieu ou des fondions qu'ils exer-

(1) Vidchis reimiluni tnnm inteniplo,in nniversis prospeiis. {iReij. c. 2. v. 32.)

(2) Sciendimisanè est iiividiœ niorbum difficilius ad medelam qiiàm Ccctera vitia perveniie. (Collât. 48. c. 47.)

(3) Nam euin queni seiiiel veneni peste corriipeiit , penè dixcrim carere reniedio. (Ibid. V. 44.)

; (4) Vœ, illis qui in\iâ Gain abierunt !(£";). Jud. v. 14.)

(5) Foniicatio, inimnnditia contcntiones, œmulationes itividiœ, Iiomi-

cidia, ebrietates quoiiiam qui lalia aguut , legimm Dei non conseqiienlur.

{Ad Gai, c. 6. V. 49. 2U et 21.)

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