‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 50 sur 331 · LIVRE II , CHAPITRE XXXlX · texte numérisé non relu

LIVRE II , CHAPITRE XXXlX

saint Bernard, je les vois toutes couvertes d'hommes qui s'emploient à cultiver la terre ; le mercenaire l'arrose de ses sueurs; le vigneron , le laboureur , la forcent par leurs travaux à fournir à leurs besoins et aux besoins de la multitude; une dure nf'cessité assujettit je ne sais combien d'ouvriers à gafi;nerà la sueur de leur front un pain grossier , souvent détrempé de leurs larmes (1). Parmi tant de gens occupés , quelle honte de voir oisifs les seuls minisires des autels ! quelle honte de voir des prêtres dont tous les momens doivent être si précieux à l'Église , de les voir , dis je , plongés dans le luxe et dans la mollesse, languir indolemment dans une oisiveté non seulement indécenle , eu égard à leur caractère , mais honteuse même selon le monde à un simple citoyen , qui ne serait que membre de la république (2). Dans le monde, tous courent et tous s'empressent ; le négociant avide parcourt la terre et les mers, pour chercher des richesses périssables au risque de sa santé, au péril de sa vie. Les hommes de la terre se consument de travaux et de soins pour faire fortune ou pour parvenir à un poste avantageux ; et les prêtres seuls, dont les devoirs sont si sérieux et si multipliés, dont les soins doivent augmenter à mesure que les vices des hommes se multipHent ; les prêtres seuls n'auront aucune fonction, aucune occupation parmi les hommes ! Ils passeront leurs jours dans un vide éternel , dans un cercle d'inutihlés : on les verra uniquement attentifs à faire bonne chère , à se ménager des plaisiis d'un nouveau goût , à insulter par les excès de leur dépense et de leur luxe à la misère des peuples au milieu desquels ils vivent : IlLi madent deliciis , copiis affluant otiosi. Ils ne veulent point avoir part aux travaux des hommes, dit le même père dans autre endroit; eh bien ! ils en auront aux soufliances des démons (3).

Dès cette vie la honte et l'opprobre sont le juste châtiment de l'oisiveté d'un ecclésiastique. Un prêtre qui se rend utile , se fait généralement estimer : tout le monde le respecte , et l'on ne tarit point sur ses louanges ; toutes les bouches s'ouvrent pour publier ce que le zèle lui fait entreprendre ; sa réputation s'établit , et la gloire

(1) Sudant a^ricolie, putant et fodiunt viniloves ; \ictiim sibi imilto laboie

quaeiunt. (Declam. c. 4.)

(2) Sudant .-igi'icolœ... lUi madent deliciis, copiis afïlnunt oliosi. (Ihid.)

(3) In laboie honiinum non sunt , in labore deenionum eiunt. {Scrm. 23. in Cant.)

qu'il s'acquiert augmente à proportion de ses travaux ; mais un ministre des autels qui ne s'occupe à rien , se fait universellement mépriser ; il devient l'objet de la censure et des railleries du public ; on le couvre de confusion partout où il paraît ; l'oisiveté le rend non seulement l'opprobre de l'Éj^lise , mais la honte de la société civiles et un objet de dérision aux yeux mêmes des mondains. Eh quoi ! répondit à David le généreux Urie, lorsque ce prince l'exhortait à retourner dans sa maison pour y goûter les douceurs d'une vie commode et tranquille dans le sein d'une famille chérie ; eh quoi ! disait cet officier vaillant et lidèle, tandis que mes frères campent sous des tentes, et qu'ils exposent leur vie dans les combats pour la gloire de Dieu d'Israël et pour la défense du peuple de Dieu , je serais assez lâche pour demeurer ici dans l'oisiveté au milieu des réjouissances d'une famille, ou pour m'y livrer aux plaisirs de la bonne chère (1) ! Et voilà ce qu'un prêtre qui est tenté d'oisiveté doit se dire sans cesse à lui-même : puis-je consentir à n'être d'aucune utilité à la patrie, tandis que le reste des hommes ont chacun une occupation dans la société ? Puis-je me résoudre à ne porter aucun fruit dans l'Eglise, tandis que mes frères , que mes collègues dans le ministère se sacrifient si généieusement pour les fidèles , et se font une gloire , un plaisir des fatigues qu'ils essuient pour le salut des enfans de Dieu? Enfin , puis-je me déterminer à vivre dans la mollesse et à languir dans une honteuse oisiveté, tandis que je vois des prêtres zélés aller chercher dans les contrées barbares, ou le martyre , ou le salut de tant de nations que Dieu semble avoir abandonnées.

Indépendamment de la honte attachée à l'oisiveté , de combien de péchés ce vice n'est-il pas ordinairement la source? Saint Bernard le regardait comme la sentine de toutes les tentations et de toutes les mauvaises pensées (2). Hélas 1 l'esprit tentateur n'a déjà que trop d'ascendant sur nous ; mais c'est sur ceux qu'il trouve désœuvrés qu'il exerce plus tyranniquement son empire. Un seul démon nous tente , lorsque nous travaillons , dit saint Augustin , sommesnous dans Toisivelé : ce n'est plus un seul démon , ce sont des lé-

(1) Arca Dei et Israël et Jiitla liabitant in pàpilionibus; et ego ingrediar

donum ineam , ul conieilam et bihaïu. (2 Becj. c. IL. v. ii.)

(2) Oainiiim tcnlatioiivim et cogitaliouum malanim et iiiutilium seiilina. (Z'racf. de vitù solit, c. 8.);

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