‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 51 sur 331 · IIVRE II, CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

IIVRE II, CHAPITRE XXXIX

gions de démons qui nous attaquent et qui nous obsèdent (1), Il n'en faut qu'un pour nous renverser et pour nous perdre ; si plusieurs se réunissent , comment résister, et notre défaite n'est-elle pas inévitable ? C'est ce qui faisait craindre les pères du désert , c'est ce qui les engageait à donner au travail des mains tout le temps qui n'était pas consacré à la prière. C'était le moyen que saint Jérôme conseillait à un de ses amis pour se maintenir dans la pratique du bien : Ne soyez jamais sans quelque travail utile , lui disait ce père , afin qu'en vous attaquant le démon vous trouve toujours occupé (2). La raison de cette excellente maxime est que le démon de l'oisiveté occupe bientôt ceux qui ne sont pas occupés, et qu'il n'est point de malice qu'il ne réussisse à leur apprendre (3). C'est elle qui fait lire tant de livre dangereux, qui ne flattent l'esprit que pour corrompre le cœur. C'est elle qui accrédite ces ouvrages de ténèbres , où les passions d'un auteur sans pudeur, comme sans religion, passent bientôt de ses écrits dans le cœur d'un lecteur sans crainte et sans précaution. On ne les lit , dit-on , que pour s'amuser ; mais cet amusement , on le trouverait également dans la lecture de tant d'autres livres qui réunissent les grâces du style avec l'utilité : amusement souvent dangegereux ; avec le temps on y perd le goût des bons livres , qui cessent de plaire , dès qu'ils peuvent instruire. Tel est le goût dépravé de notre siècle , on n'a plus d'avidité que pour ces brochures inutiles , que la fureur d'écrire enfante et multiplie prodigieusement parmi nous aujourd'hui.

Mais tel est le désordre de l'oisiveté ; celui qui s'y livre fuit le sérieux , recherche le frivole , et c'est presque toujours aux dépens de la conscience qu'il s'y abandonne : c'est l'oisiveté qui engage dans ces visites dangereuses , où le moindre péché qu'on commet est celui de la médisance ; où la multitude et la variété des objets successivement exposés et souvent rapprochés, font les impressions les plus dangereuses, etquelquefois les plaies les plus mortelles à l'innocence. Je ne finirais pas , si je voulais décrire toutes les iniquités dont l'oisiveté est la source : contentons-nous de dire avec l'Esprit saint qu'elle fut une des principales causes des crimes de Sodôme (4). C'est

(1) Qui laborat, ab uno dœmone , sed otiosus ab inniinieris infestatur.

(2) Facito semper aliqnid operis, ut te seniper diabolus imeniat occupatiim, (Epist. 4. ad Rust.)

(3) Multam enim malitiam docuit otiositas. {Eccli. c. 33. v. 29.)

(4) Haec fuit ùiiquitas Sodomœ , otium ipsius. {Ezech. c 16. v. 49.,

elle qui fit tomber le plus saiul des rois. David ne devint coupable que lorsqu'il cessa d'être occupé ; partout ailleurs, jusie et réglé , doux et chaste , sa vie l'ut irréprochable durant les fatigues de la guerre : que faut-il pour le rendre perfide et cruel , homicide et adultère tout ensemble? Hélas! quelques momens de repos et d'oisiveté dont il jouit dans l'intérieur de son palais (1). Combien d'autres, dit saint Augustin , ont vécu saintement , tandis qu'ils ont été laborieux, et qu'on a vus tomber dans les vices, les plus honteux durant le repos qu'ilsfont voulu s'accorder (2) !

Enfin,; dernière raison pour les prêtres de bien employer le temps: le sacerdoce de la loi nouvelle est une dignité laborieuse. Dans les premiers temps le ministère sacré fut toujours attaché à l'ordination. Alors l'évêque n'imposait les mains à ceux qui lui étaient présentés par le clergé et par le peuple , que pour se décharger sur eux d'une partie du fardeau et du détail de la sollicitude pastorale. Siècles heureux où les dignités de l'Église n'étaient point regardées comme de vains titres ou comme des postes honorables I C'étaient de véritables et pénibles emplois qui rendaient redevables de leur temps et de leurs soins envers les peuples , tous ceux qui s'en trouvaient chargés. Par sa consécration, le prêtre de Jésus-Christ devient un ministre public, qui n'est plus à lui, et qui ne peut plus disposer de lui que pour le service de lÉglise. En vertu des engagemens qu'il a pris avec elle dans son ordination, les fidèles ont acquis un droit réel sur sa personne et sur son temps, sur ses occupations et sur ses talens : ce sont des biens consacrés, qui forment comme le patrimoine des fidèles , dont il n'est que le dépositaire , et dont il est comptable envers l'Église. Ce n'est pas pour lui , mais pour elle qu'elle l'a mis au nombre de ses ministres ; elle a prétendu en faire , non un spectateur oisif, mais un ouvrier utile ; lui-même se dégrade de la qualité de son ministre , dès qu'il abandonne ses fonctions.

Disons plus : un prêtre se rend coupable aux yeux de Dieu de la perte de ses frères , s'il passe en des commerces oiseux et frivoles un temps sur lequel roule le salut des peuples , un temps d'où dé-

(i) Eo tempore qiio soient reges ad bella procedere David autein renian-

sit in Jenisalem vidilque muliercm tulit eaiii , etc. {Rcy. c. 11. v. 1. 2.

cU.)

{2j Salonion , Samson , ia occiipalionibus sancli , in olio perierunt. {Ad fratr. Ërem. Scrm. 27.)

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