‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 52 sur 331 · UVRE H, CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

UVRE H, CHAPITRE XXXIX

pend la destinée éternelle de tant d'àmes , un temps auquel Dieu avait attaché la conversion des pécheurs, raffermissement des faibles, la persévérance des justes; un temps enfin qui dès les commencemens était entré dans ses desseins de miséricorde sur ses élus et sur son Eglise. Tandis qu'il y aura dans son sein des pécheurs à convertir, des ignorans à instruire, des l'aib les dans la loi à soutenir, des malheureux à îonsoler, des impies ou des incrédules à confondre , un prêtre ne peut point se flatter d'avoir du temps pour les plaisirs ou pour les amusemens du siècle ; tous les joui s et tous les momens d'un temps si précieux, qu'il voudrait donner aux inutilités des sociétés mondaines, sont des jours et des momens perdus dont on lui demandera un compte r gourenx au tribunal de Jésus-Christ. Contemplons ce divin chef, ce modèle accompli de tous les prêtres et de tous les ministres de lEglise (1). Dans toutes les circonstances de sa vie conversante , il ne connaît de délassement et de repos qu'en accomplissant l'œuvre pour laquelle il est envoyé. Ses disciples le pressent de prendre un peu de nouirilure, il s'en excuse , en leur faisant entendre qu'il n'en veut point d'autre que celle de faire la volonté de son Père (2). Craignant de laisser inutile un seul de ses momens , ceux qu'il eût pu donner à un légitime repos , il les consacre à ramener à la vériié et à des sentimens de pénitence une femme pécheresse qu'il rencontre , ou plutôt qu'il va chercher sur le bord du puits de Samarie. Cette soif ardente qu'il témoigne à cette femme , n'était rien autre chose que le désir empressé qu'il avait de la retirer du désordre et de la gagner. Voilà l'exemple sur lequel nous devons juger du prix de notre temps. Voilà surtout le grand modèle sur lequel nous devons régler l'usage que nous faisons de ce temps pour l'exercice de nos fonctions.

Il est rapporté dans les livres saints que Néhémias, occupé à rebâtir le temple , fut sollicité par les oficiers du roi de Perse , de descendre avec eux dans la plaine d'Ono , pour renouveler l'alliance qui était entre les deux peuples^ et célébrer par des réjouissances et des festins une entrevue si solennelle (3). Mais ce saint homme, ne croyant

(1) Aspiciamus in auctorem fidei et consuninatoreni Jesiini. (/JdHehr. c. 42. V. 2.)

(2) Mens cibus est ut faciam volnntatem ejus qui misit nie , ut perficiani opus ejtis. (Joan. c. 4. v. 34.)

(3) Veni et perculiaraus fœdus pariler in vinculis , in campo Ono. (2 Esdr. c. 6. V. 2.)

pas qu'illui fût permis, pour une cérémonie de pure bienséance,^ d'interrompre l'ouvni^jo important dont il était charjjé , et qui avait pour objet le culte de Dieu : Je suis occupé à un grand ouvrage, leur répondit-il, et je ne saurais l'abandonner ni le perdre de vue, de peur qu'on ne le néglige en mon absence (1). Voi!à ce que le prêtre , occupé à réparer l'édifice spirituel de lEglise et à élever un temple au Dieu vivant dans le cœur des fidèles, doit opposer à ceux qui s'efforcent de le détourner d'une occupation si sainte, sous le prétexte frivole de satisfaire aux vaines bienséances du siècle : j'ai, doit-il leur dire , à remplir une œuvre plus digne du sacré ministère dont je suis chargé , et cette œuvre , c'est l'œuvre de Dieu , le service et la sanctification de mes frères ; œuvres également importantes et sublimes', que je dois préférer à toutes les niaiseries et à toutes les inutilités du siècle ; œuvres également saintes et essentielles à mon état, dont toutes les sollicitations humaines ne doivent pas me divertir un instant. En ^comparaison des fonctions d'un tel ministère , tout ce qui occupe les mondains , doit me paraître vil , bas et indigne de l'élévation de mon sacerdoce ; tous les momens que je donnerais à ua monde frivole seraient des momens perdus, que je déroberais à l'édifice de la sainte Jérusalem , et qui retarderaient l'accomplissement de l'œuvre de Dieu , dont je suis chargé sur la terre.

Si tous les prêtres étaient animés de ces sentimens , si tous se portaient avec la même ardeur à travailler à l'œuvre de Dieu et au salut des âmes , on ne verrait pas tant de désordres parmi les peuples ; on ne verrait pas tant de fausses pénitences , tnnt de confessions défectueuses , tant de rechutes si promptes et si funestes parmi ceux qui s'approchent du sacré tribunal. Mais l'oisiveté et je ne sais quel amour de la liberté et du repos empêchent de lâches ministres de donner à cette fonction si importante tout le temps et l'application qu'elle demande ; ils plaijjnent les courts momens qu'ils donnent, malgré eux, à la réconciliation des pécheurs ; l'ennui qu'ils y éprouvent fait qu'ils les abrègent tant qu'ils peuvent. De là l'éloignement qu'ils ont du sacré tribunal , où leur zèle et leurs talens devraient les conduire, et auquel ils sont appelés par la voix de Dieu , par les vœux de l'Eglise, et surtout par les larmes et la triste situation des pécheurs. De là encore le défaut d'instruction en tant de lieux où le catéchisme

(1) Opus gi-ande ego facio, et non possum descendere, ne forte negligatur. {.Ibid. V. 3.)

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