LIVRE II, CHAPITRE XXXIX
est négligé , où les mystères de notre sainte religion ne sont point expliqués , où la morale de l'Evangile n'est point enseignée , où les fidèles, iaute d'instruction, ignorent tout ce qu'ils doivent faire : ce qui rend leurs mœurs déréglées et leur foi languissante. On verrait en eux plus de religion et plus de régularité , si ceux qui sont chargés de les instruire voulaient en prendre la peine ; mais il en coûterait pour cela à des ministres ennemis du travail ; ils préfèrent leur repos et leur tranquilité à la gloire de Dieu et au salut des âmes. Nous ea avons dit assez pour les convaincre de l'obligation où ils sont de bien employer le temps ; mais quel est pour eux ce bon emploi du temps; c'est sur quoi il nous reste encore quelques réflexions à faire.
II. L'usage légitime et chrétien du temps ne consiste pas précisément à en remplir tous les momens , mais à les remplir dans l'ordre de Dieu qui nous les donne , et selon sa volonté qui est la règle unique de toutes nos actions. Pour bien employer son temps , il ne suffit donc pas à un ecclésiastique , à un prêtre , de ne pas le passer dans la mollesse et dans l'inaction : on est oisif quand on perd le temps , et on le perd , quand on fait autre chose que ce qu'on doit, comme on le perd en ne faisant rien. Selon ces principes , combien d'ecclésiastiques qui se trouveront coupables d'oisiveté ? Leur vie est une vie toujours occupée , mais toujours inutile , une vie toujours laborieuse et toujours vide ; ils vivent dans une vicissitude éternelle d'affaires qui absorbent tout leur temps , et cependant ils perdent le temps , parce qu'ils le passent en des occupations frivoles ou étrangères à leur état. Toute leur vie est une vie agitée, une vie triste qui ne leur laisse pas un seul moment tranquille , parce que ce qu'ils cherchent , ce n'est pas à remplir leurs devoirs , mais à satisfaire leurs cupidités, leurs passions. Il n'en est pas ainsi d'un ecclésiastique qui vit dans l'ordre et qui emploie bien son temps ; comme toutes ses occupations sont à leur place , que tous ses momens sont remplis , selon la volonté du Seigneur qui les dirige , il trouve dans l'ordre le remède de l'ennui. Cette sage uniformité dans la pratique de ses devoirs , qui paraît si triste aux gens du monde , est la source de sa joie et de cette égalité d'humeur que rien n'altère. On ne le voit jamais embarrassé du temps présent, toujours rempli par un travail déterminé, jamais en peine sur le temps à venir, pour lequel de nouveaux devoirs sont marqués; jamais livré à lui-même par la variété des occupations qui se succèdent les unes aux autres ; les jours lui
paraissent des momens, parce que tons les momens sont à leur place; il trouve clans l'arran^jernent d'une vie uniforme celte paix et cette joie que les mondains cherchent vainement dans le dérangement et dans une affitalion éternelle.
M;iis pour jouir de ces avantages ,. quel est l'emploi que le prêtre doit faire de son temps? il doit le partager entre les actions qui ont pour objet le culte et l'honneur de Dieu, celles qui ont un rapport immédiat au prochain, et celles qui le regardent personnellement lui-même ; les premières sont les actions de piété , les secondes des actions de charité , et les troisièmes des actions de nécessité : ce sont des actions qu'un prêtre doit s'attacher à bien remplir, s'il veut faire un saint usage de son temps. Celles qui regardent le culte de Dieu , comme sont l'office divin , la méditation , le sacrifice de la messe , la lecture spirituelle et certaines pratiques de dévotion, doivent tenir le premier rang dans la vie du prèire ; il doit se faire une loi inviolable de ne jamais manquer de réciter le saint office. Il n'y va de rien moins à chaque transgression que d'un nouveau péché mortel ; il n'y a qu'un homme sans religion qui puisse de gaîlé de cœur se porter à un tel excès. Nous ne devons pas même penser qu'il se trouve dans le clergé des hommes assez perdus de conscience et de mœurs, pour \ioler une obligation aussi essentielle. Mais plus nos résolutions sur ce point sont sincères, plus elles doivent nous porter à aller au devant de tout ce qui pourrait mettre obstacle à l'observation d'un devoir si important , ou nous mettre dans l'impossibilité de le bien remplir. Un moyen bien propre et bien facile pour écaiter ce double danger, sera de réciter les différentes parties de notre office aux diverses heures marquées par l'Eglise. Au moyen de cette règle et de la fidélité qu'on aura à l'observer, on s'assurera que l'office sera dit, et qu'on aura tout le temps nécessaire pour le bien dire. Au con- ; traire, si l'on n'a point d'heure déterminée pour chaque heure de son bréviaire, si, comme il n'est que trop ordinaire à certains , on remet son office au soir, la moindre affaire extraordinaire , le moindre accident imprévu qui surviendront , mettront un prêtre, surtout s'il est vicaire ou curé , dans l'impossibilité de réciter son office ou de le bien réciter. Supposons, ce qui arrive souvent, qu'au moment où l'on se disposait à le dire , on vienne à être appelé pour un malade qui se meurt, que ce soit à l'entrée d'une sombre nuit , que la maison de ce malade soit située à l'extrémité de la paroisse , que le chemin ^ pour y aller soit impraticable et bordéjle précipices ; supposons en- "^