LIVRE II , CHAPITRE XXXIX
fin qu'arrivé au terme, le prêtre ait affaire à un de ces hommes inflexibles qu'on ne peut réduire ni résoudre , à une de ces consciences embarrassées dont la confusion et le désordre demandent du temps et de la discussion (car enfin, tout cela peut arriver et arrive quelquefois) : dans une position si critique , avec la meilleure volonté du monde de remp'ir son obligaiion , où trouver du temps pour y satisfaire dans le jour? Prendra-t il pour cela sur les courts et précieux momens que la miséricorde de Dieu accorde à son pénitent? Non sans doute. A son retour à la maison , s'il lui reste quelque lueur d'espérance de pouvoir réciter avant minuit , ce sera si fort à la hâte et avec tant de pesanteur, qu'il ne sera nuliemeni en état de bien payer à la majesté de Dieu le tribut de louanges auquel il est tenu. Or, de telles omissions, à qui s'en prendre et a qui les imputer, qu'à la négligence de celui qui a passé volontairement les heures de la récitation marquées par l'Eglise >
Une autre sorte de prière qui doit être familière au prêtre , c'est l'oraison mentale. S'il veut travailler efficacement à se sauver, il doit y donner régulièrement quelque temps chaque jour. Inutilement voudrait-il s'excuser sur Timpossibiliié ou sur le peu de disposition qu'il se sent pour ce saint exercice. Qui est-ce qui ne saurait pas repasser dans son esprit les bienfaits qu'il a reçus de Dieu , ses infidélités et ses ingratitudes à l'égard d'un maître si bon , les besoins continuels qu'il a de son secours? Tous les jours nous méditons sur des affaires, sur des intérêts temporels qui nous touchent, sur des projets que nous formons , sur des points de doctrine que nous discutons , sur les moyens de nous assurer la faveur d'un grand qui peut tout pour notre fortune; sur tous ces poinis et sur une infinité d'autres, nous savons réfléchir, peser les raisons, démêler les inconvéniens ou les avantages, prévoir les obstacles et prendre des précautions , produire des affections et former des résolutions ; nous pensons à tout cela en tout temps , en tout lieu ; nous y pensons sans contrainte et sans effort , nous y pensons sans distraction et avec l'attention la plus soutenue. Or, ce que nous faisons si aisément et si volontiers pour la terre , nous ne pourrons le faire pour le ciel ! Illusion grossière. L'impossibilité, s'il y en a, ne vient que de notre dissipation , de notre lâcheté et de notre indifférence pour Dieu. Ayons pour la perfection et pour le salut la même ardeur que nous avons pour les biens créés , nous penserons aux choses spirituelles comme le monde pense à sa fortune et à ses plaisirs ; le cœur étant
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en ceci , comme en tout le reste , le maître de l'esprit et de touteâ ses opérations.
Il serait à souhaiter au reste que le temps de l'oraison fut tellement placé qu'il précédât immédiatement celui de l'oblation du divin sacrifice. Sortant alors du pied de l'oratoire tout pleins de l'ardeur et des sentimens de piété que nous viendrions de puiser dans la méditation , nous serions plus en étal de monter au saint autel. Ayons au moins pour maxime de n'y jamais paraître qu'après avoir pris quelques momens pour nous y préparer. Que peuvent penser de nous les peuples , quand , venant à confronter nos discours avec nos exemples , ils nous voient d'un côté leur recommander les plus saintes dispositions et le recueillement le plus profond en approchant de la sainte table , et de l'autre nous faire une coutume de célébrer nos saints mystères sans aucune sorte de préparation ? Une autre attention que doivent avoir les prêtres qui se trouvent multipliés dans une même paroisse , c'est de s'arranger tellement pour la messe qu'ils ne la disent point ensemble , et que les jours ouvriers il y en ait toujours une à l'aube du jour en faveur des gens de travail , et une autre à une heure réglée dans le haut du jour. On ne saurait croire les bénédictions qu'attirent sur le clergé et sur le peuple ces pieuses pratiques.
Ménageons encore chaque jour quelque temps pour la lecture spirituelle ; elle a servi à la conversion d'une infinité de pécheurs , et tous les jours encore elle sert à nourrir la piété dans les justes et dans les saints. Mais souvenons-nous que tout le fruit de nos lectures dépendra de la manière dont nous les ferons. Lire avec vitesse et rapidité , c'est s'exposer à n'en rien retenir. Lire beaucoup à chaque fois , c'est charger sa mémoire à pure perte d'idées confuses qui en sortiront avec la même facilité qu'elles y sont entrées. Lire , pour composer soi-même des discours de piété , c'est une étude et une lecture plus propre à dessécher le cœur qu'à nourrir la dévotion. Lire pour contenter son goût par la beauté du style et par la déhcatesse des pensées, c'est abandonner les fruits pour cueillir des fleurs. Afin donc de profiler de la lecture spirituelle , il faut , après avoir élevé son cœur à Dieu , lire posément et bien peser tout ce qu'on lit , afin qu'il fasse sur nous plus d'impression. Lire moins , mais réfléchir davantage , c'est le moyen de faire de nos lectures des sortes de méditations , qui ne sauraient être que très-utiles.
Enfin, à tout ce que nous avons marqué pour les actions ordinaires