IIVRE II, CHAPITRE XXXIX
de piété , il faut ajouter quelques pratiques de dévotion envers nos saints patrons , envers le saint ange qui veille à notre garde. En pensant aux dangers sans nombre dont ce tendre et fidèle guide nous a préservés , nous rougirons de faire si peu pour lui dans le temps qu'il fait tant pour nous. Mais surtout, ayons une dévotion tendre et solide envers la sainte Vierge. Elle est la plus pure des créatures, la mère de notre Dieu , toute-puissante pour nous en obtenir les grâces dont nous avons besoin. Mère pleine de tendresse pour tous les chrétiens , la qualité de reine du ciel ne lui fait point oublier ce qu'elle est pour nous en qualité de mère , et ce que nous sommes pour elle en qualité de ses enfans. Que de conversions miraculeuses opérées par son intercession ! De tant de pécheurs convertis contre toute espérance , il n'en est aucun qui , interrogé sur la cause et les cir^ constances de sa conversion , n'ait avoué qu'il en était redevable à la médiation de Mari* , à laquelle il n'avait jamais manqué d'adresser chaque jour quelque prière. En usant du même moyen , nous avons heu d'espérer le même succès ; si nous invoquons Marie avec confiance , elle nous soutiendra dans ces pénibles combats qui sont aujourd'hui la matière de notre gloire et de notre récompense (1). Qui nous empêche de lui dire de temps en temps : Monstra te esse
Tnatrem pirgo singularis ,... mites fac et castos (2), Surtout
étudions sa vie et tâchons d'y conformer la nôtre; elle n'exauce que ceux qui s'efforcent de l'imiter.
Après les actions qui ont pour objet le culte et le service de Dieu, le prêtre doit avoir attention à régler en lui celles qui ont rapport au salut ou au soulagement du prochain , comme sont l'exercice des fonctions saintes et la pratique des œuvres de charité. Je dis l'exercice des fonctions saintes ; car enfin , s'il est prêtre , dit saint Augustin après saint Jérôme , ce n'est que pour procurer le salut des peuples en les instruisant , en priant , en offrant pour eux le divin sacrifice , et en leur administrant les sacremens. C'est ce que l'Eglise fit intimer à chacun d'eux par son pontife, quand il leur dit dans la cérémonie de leur ordination : Le prêtre doit offrir, bénir, présider, prêcher et baptiser (3). Nous nous bornerons ici à quelques réflexions sur les pré-
(1) In periculis, in angustiis , in rébus dubiis, Maiiam cogita, respice stellam. (Hom. 2. sup. Missus est.)
(2) Hymne de VEijlise.
(3) Sacerdotera oportet offerre , benediceie , preeesse , pi'œdicare et baptizare. {Pontif, Rom, in ordin. prœsb.)
textes qu'on a coutume d'alléguer pour se dispenser de l'exercice des fonctions. Les uns s'en excusent sur la qualité de simple prêtre, d'autres sur les dangers du ministère ei le peu de talens qu'ils ont pour l'exercer, et les autres enfin sur le peu de fruit qu'on en peut attendre dans le siècle pervers où nous sommes. Et d'abord , pour n'êire que simple prêtre , on n'en est p:;s moins obligé de travailler au salut des âmes. Le prêtre, par le seul titre de sa dignité, devient le père des fidèles et le pasteur du troupeau tout entier, avec subordination cependant à ceux qui en sont établis les chefs. L'Eglise, en associant les prêtres à ses ministres , n'a pas prétendu les décorer d'un titre oisif , mais en faire des ouvriers actifs qui la servent utilement ; en leur donnant part à ses honneurs, elle a voulu qu'ils en eussent à ses travaux ; sans cela jamais elle n'aurait permis à son pontife de leur imposer les mains. Un prêtre qui n'est d'aucune utilité à ses frères , ne doit être regardé et ne doit se regarder lui-même que comme un usurpateur du sacerdoce.
Mais je crains de me perdre en travaillant au salut des autres, et c'est cette crainte qui me fait préférer la sûreté de la solitude et des douceurs de la contemplation aux agitations du zèle et à la dissipation qui en est la suite ordmaire. Cesi-à-dire, qu'on prétend se faire de la piété même un titre pour se dispenser de la piété , et que les motifs qui devaient servir à enflamaier le zèle ne servnont qu'à le refroidir et à le ralentir. Craignez l'exercice d'un ministère qui serait redoutable aux épaules des anges mêmes , à la bonne heure ; mais craignez davantage de vous rendre coupable de la perle de vos frères par votre indolence. Que vous servira d'avoir évité l'écueil de l'oisiveté? Le serviteur inutile n'est -il pas condamné aux ténèbres extérieures comme le serviteur infidèle? Vous vous sentez plus de goût pour la solitude et pour la retraite , je le veux ; mais est-ce le goût, ou n'est-ce pas plutôt le devoir qu'il faut consulter ici ? Disons plus : si c'était le goût seul et non la volonté de Dieu qui dût nous décider pour l'exercice de nos fonctions , il faudrait les abandonner entièi^ement. Mais vous n'avez, dites-vous, ni la capacité ni les talens nécessaires pour des fonctions si sublimes et si difGciles.
Tentation délicate et subtile qui n'est bien souvent qu'un rafinement d'amour-propre ou un effet de l'illusion du démon. Vous n'avez j)i la capacité ni les talens nécessaires ; mais en faut il donc tant pour bien faire un catéchisme , un piône, une inslructioa familière, ou