LIVRE II, CHAPITRE XXXJX
pour conduire dans les voies du salut un peuple également simple et docile? Un peu de bonne volonté , un cœur de père , une tendre compassion pour tant dames qui croupissent daus le \ice et dans rignorance , sont les grands talens pour réussir dans le ministère. On a toujours assez de talens et de capacité , quand on est bien rempli de l'amour de Dieu , du désir de procurer sa gloire et le salut des âmes. Ce désir tout seul , dès qu'il est eflîeace et sincère , est un grand talent, un talent qui réussit toujours, un talent universel et unique en quelque sorte , qui supplée à tous les autres , qui forme tous les autres, et sans lequel tous les autres seront toujours inutiles et stériles. Après tout , dit saint Bernard , sans examiner si vos talens sont éminens ou médiocres , tout ce qu'on vous demande , c'est que vous fassiez valoir ceux qui vous ont été confiés : si vous avez reçu beaucoup, donnez beaucoup ; si vous avez reçu peu , donnez peu ; Dieu s'en contentera , il n'exijjera pas au dessus de ce qu'il vous a donné (1). Ce qui doit nous animer encore davantage, c'est que nous avons affaire à un bon maître , à un maître qui ne sait ce que c'est que de se laisser vaincre en libéralité ; si nous lui sacrifions notre attrait pour la solitude , en nous livrant [à l'exercice de nos fonctions , il répandra sur notre ministère les consolations les plus abondantes et nous comblera de mille bénédictions spirituelles.
Mais enfin , dit-on , ce qui rebute et ce qui décourage , c'est le peu de fruit qu'on voit de ses travaux et de ses soins auprès d'un peuple dur et intraitable. Mais n'est-ce pas là au contraire ce qui doit réveiller et ranimer notre zèle, la dureté des peuples et leur indocilité? Plus nous les trouverons prévenus contre nous et contre le bien que nous voulons leur faire, plus nous devons nous efforcer de les faire revenir de leurs préventions ; plus ils sont acharnés à vouloir périr , plus nous devons avoir de zèle pour les sauver. Quel peuple jamais plus rebelle et plus dur que le peuple juif? Son indocilité ne fut pas pour le Sauveur une raison de l'abandonner. Eh! que serait devenue la vraie religion, si les hommes apostoliques qui la prêchèrent les premiers s'étaient ré{;lés sur ce plan ou s'ils s'étaient laissé effrayer par les obstacles qu'ils trouvèrent partout à son établissement? iSous-mémes où en serions-nous, si ceux qui furent chargés
(1) De solo tibi credito talento respondeie para , secmus de leliquo. Si nuillùm recepbti , da inullùm ; quod si raodicuni est, et id tiibue. (£"^«4^201. ad Bald. aah )