LIVRE II, CHAPITRE XL
bats qu'ils devaient bientôt livrer au monde et à ses passions, et enfin pour les rendre invulnérables à tous les traits des puissances de l'enfer conjuiés contre eux.
Cependant arrive le moment si long-temps attendu , qui devait meure fin à Texil de Marie sur la terre , et réunir pour toujours la mère du bel amour à son bien-aimé dans le ciel ; moment heureux , où elle va prendre possession du trône de gloire qui lui est préparé à la droite de son fils , et ou elle doit être placée au dessus de tous les chœurs des anges. Que va devenir la société des fidèles et des pasteurs, privée d'une protection si puissante et d'un trésor si précieux ? Ne craignons pas que l'état de sa gloire ou son éloignement de nous éteignent ou ralentissent dans son cœur maternel le feu de la divine cliarité , dont toujours ce cœur généreux fut embrasé pour l'Eglise et pour les pasteurs chargés de la conduire. Du haut du ciel où elle est placée, elle a toujours les yeux ouverts sur eux; du trône de gloire où elle est assise , elle leur obtient une force inviucible pour prêcher l'Evangile de son fils , pour étendre son royaume et pour défendre les dogmes de sa religion. A mesure que l'enfer redouble de fureur contre ceux qui en sont les chefs, Marie redouble de zèle pour les proléger et pour les défendre. Dans ces temps critiques où le feu des persécutions ne sembla s'éteindre que pour allumer à sa place le flambeau de l'hérésie , ce fut par la protection de la mère de Dieu que l'Eglise triompha de toutes les erreurs qui s'élevèrent dans son sein. Marie est cette femme mystérieuse promise dès le commencement du monde, dont le fils devait terrasser le démon infernal et lui écraser la tête (2). Elle est le rocher inébranlable contre lequel viendront se briser toutes les hérésies et tous ceux qui en veulent à la morale et à la foi de l'Eglise de Jésus-Christ.
Presque point d'hérésie qui n'ait attaqué Marie directement ou indirectement, dans sa dignité de mère de Dieu ou dans les prérogatives qui coulent de sa maternité divine ; mais aussi point d'hérésie que la mère de Dieu toute seule n'ait détruite^ dit saint Bernard (2)). Pour confondre les Helvidius, les Jovinien, les Nestorius, les Luther, les Calvin et tant d'autres qui en voulaient à Marie, Dieu, dans les
(1) Inimicitias ponani inler te et niulierem, et inter semen tuuni et semen illius , et ipse conteret capiit tuuni. (Gew. c. 3. v. d5.)
(2) Ipsa est quondam à Deo pvomissa mulier, serpentis antiqui capnt virtutis pede contiilura. Sola enim contrivit heereticara pvavitatem. {Serm. in siijn.magn.)
lOS PERFECTION DU SACERDOCE.
différens siècles, suscité à son E^^lise les Jérôme, les Cyrille d'Alexandrie, les Proclus, les Euclier, les Anselme, les Bernard, les Antonin, les Bernardin de Sienne, les Charles-Borromée , les François de Salfs. Malgré les fureurs de l'hérésie, tous les ennemis de Marie ont été brisés et réduils au silence, dit le même saint Bernard. Toutes les entreprises de l'enfer contre la mère de Dieu et contre son culte , n'empêcheront pas que toutes les nations ne conspirent à la louer et à l'appeler bienheureuse (J).
Aussi voyons -nous la dévotion à Marie consacrée par les témoignages et par l'autorité, par les suffrages et par l'exemple de tout ce que le sacerdoce eut jamais de plus respectable et de plus grand. Ce sont les pères de l'Eglise les plus anciens qui nous l'ont transmise de siècle en siècle par une tradition non interrompue. Quelle nuée d'irréprochables témoins déposent en sa faveur! 0 bénie entre toutes les femmes! s'écrie Origène, nous avons recours à vous. Maîtresse du ciel, puissante reine du monde, intercédez pour nous, disait saint Athanase. Demandez pour nous la grâce du salut, dit saint Chrysostôme. Sainte Marie, mère de notre Dieu, -venez au secours des malheureux qui vous réclament ; employez votre puissante intercession pour le clergé; c'est la prière du grand saint Augustin (2)... Oui^ Vierge sainte^ j'ose bien l'avancer , disait saint Bernard, si c'est une espèce de nécessité que celui qui ne vous aime pas et que vous négligez périsse à jamais; il est impossible aussi que celui-là se perde ^ qui vous est attaché et au salut duquel vous daignez vous intéresser (3). Ces génies sublimes, ces hommes d'une sainteté éminente et d'une érudition profonde , n'ont pas cru pouvoir mieux employer les rares talens dont le ciel les avait enricliis, qu'à louer la mère de Dieu, chacun d'eux cherchant à enchérir sur les autres et à les surpasser en éloges. En comparaison de ces grands hommes, qu'est-ce qu'un Neslorius, un Jovinien, un Helvidius, un Vigilance, un Luilier, un Calvin; qu'est-ce que tous ces novateurs ennemis de Mario et de son culte? Monstres vomis par l'enfer, que la reine du ciel a écrasés avec l'ancien serpent , et dont nous devons mépriser les cla-
(i) Conlviti sunt insidialores, coiiculcali siipplantatores , conflictati derogntores , et bci^tani eain dicunt onines generationes.
(2) Sancta Maria, succune niiseiis Iiiterveni pio cleio. { Servi. 18. de
aanctis.)
[ (3) Serm. in Evang. Missus.