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meurs insensées encore plus n'ont méprisé la voix de l'Eglise.
Dévotion à Marie consacrée encore par les décisions des souverains pontifes, qui tant de fois l'ont solennement approuvée, qui ont institué des ordres religieux, érigé de pieuses sociétés décorées du nom de Marie et fondées sous ses auspices, qui ont établi des fêtes particulières pour honorer les mystères de la mère , comme ils en avaient établi pour célébrer les mystères du Fils. Comptons , si nous le pouvons, les temples érigés sous son invocation , les autels dédiés en son honneur , les vœux qui lui ont été présentés par les saints de notre état; comptons les grâces quils ont obtenues, les miracles de conversion qu'ils ont opérés par son intercession, enfin les monumens encore subsistans qu'une piété éclairée consacra dans le sanctuaire pour éterniser la mémoire des bienfaits de Marie, et nous conviendrons que tout ce que le sacerdoce eut jamais de plus respectable se réunit en faveur du culte de la mère de Dieu ; nous verrons que tous les ecclésiastiques qui ont eu l'esprit de leur état , ont toujours concouru à l'étendre , à le fortifier et à le perpétuer.
Culte précieux , aussi ancien que l'Eglise , dont les progrès ne sont ni moins rapides ni moins étendus; progrès invariables qui dureront toujours, malgré l'impiété de ces hommes pervers qui ne croient rien, parce qu'ils ne savent rien; qui, sous prétexte d'épurer la piété, la détruisent, et qui, dans le désespoir où ils sont de réussir par d'autres endroits , se font une réputation d'impiété. La critique de ces hommes chargés de péchés est aussi à mépriser que leurs suffrages. S'ils ont ordinairement peu de religion, ils doivent avoir moins d'autorité : on a toujours remarqué que ceux qui ont attaqué la dévotion à Marie sous prétexte d'excès ou d'abus ont été des hommes gâtés d'esprit et de cœur, et peut-être l'un et l'autre tout ensemble. Les hérétiques et les libertins ont toujours eu pour maxime de se déclarer contre la mère de Dieu. Pleins d'orgueil, malgré les passions honteuses dont ils sont esclaves, ils se déchaînent contre la plus pure et la plus humble des vierges. Il n'en sera pas ainsi de nous. Vierge sainte, et, malgré tous les efforts du libertinage et de l'hérésie , nous ne nous départirons jamais des sentimens tendres et respectueux qui nous attachent à vous; nous les conserverons jusqu'au dernier soupir de notre vie. Rien ne sera capable de nous enlever la précieuse ressource que nous avons dans votre protection puissante , au milieu des périls où nous expose le ministère également pénible et difficile dont nous nous voyons chargés. Mais quelle
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doit être la pratique de la dévotion à Marie? C'est ce qui nous reste à exposer en peu de mois.
I[. Marie, n'ayant au dessus d'elle que Dieu., et voyant au dessous d'elle tout ce qui n'est pas Dieu, a droit d'exiger de nous un culte inférieur à la vérité à celui que nous rendons à la divinité, mais supérieur à celui que nous rendons à tous les autres saints. Marie est mère de Dieu, peut-on l'honorer, dès qu'on ne l'adore pas comme une divinité? Elle nous a donné un rédempteur, pouvons- nous lui témoigner trop de reconnaissance et d'amour? Mais ces motil's étant communs à tous les chrétiens, nous examinons ici plus en particulier les caractères et les pratiques de la dévotion que doivent avoir les prêtres et les autres ecclésiastiques pour la mère de Dieu. Celle dévotion par rapport à eux, si elle est solide, doit les porter premièrement à invoquer Marie comme leur prolectrice dans tous les dangers où ils se trouvent exposés dans le sanctuaire; secondement, à ne rien négliger pour étendre son culte parmi les peuples; enfin à imiter dans elle les vertus qui conviennent le plus à leur état et qui ont le plus de rapporta la peri'eciion sacerdotale.
Première pratique de la dévoiion à Marie pour les prêtres : l'invoquer comme leur spéciale protectrice dans tous les dangers où l'exercice de leurs fonctions les expose. Nous le sentons assez , et une malheureuse expérience ne nous l'apprend que trop , de combien de tentations nous sommes assaillis jusque dans le sanctuaire! Au dedans, penchans honteux qui nous entraînent, cupidités ellrénées qui nous dominent, tyrannies de passions qui nous maîtrisent, une chair de péché qui se révolte. Au dehors, objets enchanteurs qui nous attii-ent , un monde séducteur qui nous sollicite et qui n'est jamais plus dangereux que quand il nous flatte; nous ne vivons, ce semble, qu'au milieu de no? ennemis. Le plus dangereux de tous, c'est notre propre cœur, qui, d'intelligence avec le démon, nous trahit et lui montre l'endroit faible où il doit nous attaquer. Le comble du malheur, c'est ce qui devait être le remède à nos maux, ne sert bien souvent qu'à les irriter et à les augmenter. Nos fonctions les plus saintes, loin de nous affermir dans le bien, souvent nous en dégoûtent et nous en éloignent. Leur sainteté ne nous touche plus, leur variété nous dissipe , l'habitude et le long usage que nous en avons nous les rend ennuyeuses. Les mystères que nous traitons, les sacremens que nous conférons, quelquefois même l'autel saint OÙ nous devions puiser de nouvelles forces, deviennent pour nous
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des écueils , des occasions de chutes et la source de nos plus grands malheurs.
Or, au milieu de tant de dangers et de besoins , après Dieu quel sera notre asile, quelle sera notre ressource, sinon Marie? Où trouver plus sûrement toutes les grâces dont nous avons besoin pour résister à tant d'ennemis, pour échapper à tant de pièges, pour soutenir tant de combats? Où trouver, dis-je, plus sûrement ces grâces, que dans la protection de celle qui en est reconnue par l'Eglise pour la trésorière et la dispensatrice? Qui peut mieux quelle délourner la tentation ou nous en faire triompher, écarter les obstacles du salut ou les tourner en moyens ? Cent fois nous l'avons dit aux autres , que Marie a tout pouvoir auprès de son Fils, qu'il ne peut rien refuser aux prières d'une telle mère ; mais ce pouvoir sans bornes que Marie a auprès de son Fils , pour qui l'emploiera-t-ellc plus volontiers qu'en faveur de ceux qui sont les ministres de ce même Fils et en cette qualité ses coadjuteurs dans le grand ouvrage du salut des hommes? Pour moi , disait sur cela saint Bernard à ses religieux , pour moi mes chers enfans , je ne puis m'en taire ; Marie , voilà après Dieu le grand objet de mes espérances et toute ma ressource. Le Fils pourrait-il refuser quelque chose à son Fils, ou le Fils ne pas tout accorder à sa mère? les prières d'une telle mère ou n'être pas exaucé de son Père ? Non sans doute , et il écoutera sa mère avec la même facilité avec laquelle il est écouté lui-même de son Père(l).
Mais pour éprouver cette protection puissante de la mère de Dieu , il faut l'invoquer avec conliance. Pour être délivré des tempêtes des passions qui s'élèvent sur la mer orageuse du monde et qui nous menacent d'un continuel naufrage , regardons souvent cette étoile mystérieuse , ayons les yeux continuellement attachés sur l'astre bienfaisant, qui , en nous préservant de la mort, nous conduira heureusement au port du salut; c'est Marie (2). Récitons souvent des prières en son honneur, adressons-lui surtout la Salutation angélique , de toutes les prières, après l'Oraison dominicale , celle qu'on peut appeler la plus authentique et la plus divine , puisqu'ayant été composée en partie par un ange , en partie par une sainte inspirée de Dieu , et
f (i) Filioli , Iiœc mea fidiicici est ; h.xc tota ratio spei nieœ. Quid cnini ? po-
testne filius aut repellere , aut sustinere lepulsam ; non audiie , aut non audiii ? {Serm. in natal. Beat. Mar. f^iry.)
(2) Rcspice stellam , invoca Mariam, {Ilom. 2. super. Ev. Missus.)
par le grand saint Cyrille d'Alexandrie , elle se trouve depuis si longtemps approuvée de l'Eglise. Recourons à Marie par de fréquentes aspirations pendant le jour. Que nous en coûteraii-il de lui dire de temps en temps, dans les intervalles de nos occupations, dans les momens de la tentation surtout? Monstrate esse matiem.... Fi/go singularis.... Nos culpis sohdos , mites fac et castos. Jifam prœsta puram (1).
Une pratique de piété envers Marie qu'on ne saurait assez recommander aux prêtres , parce qu'elle a été celle des ecclésiastiques les plus saints des derniers siècles , c'est la récitation du saint rosaire. Le pape Pie V, canonisé de nos jours , le récitait tous les jours. Saint Cliarles-Borromée avait la même pratique. Saint François de Sales n'y manqua pas un seul jour, pendant quarante ans , selon le vœu qu'il en avait fait dans l'église de saint Etienne d'Egrès , en reconnaissance des grâces qu'il avait reçues de Marie. Le cardinal Bellarmin ajoutait cette prière au petit ollice de lu Vierge. Le célèbre missionnaire de la Bretagne , M. Le Nobletz , s'était fait une loi de dire le chapelet pendant tout le cours de ses missions. Il est dit de César de Bus qu'il le récita vingt mille fois depuis qu'il fut privé de l'usage ses yeux. Saint Vincent de Paul, MM. Bourdoise, Ollier et le père Eudes ont prescrit aux ecclésiastiques de leurs con{;régaiions la ré-> citation du chapelet. Après tant d'exemples et les giàces signalées que les saints de notre éiat ont obtenues de Dieu par ce moyen , pourrions-nous encore rougir d'invoquer Marie un rosaire à la main ou nég'iger une pratique dont le grand saint Dominique s'était servi avec tant de succès pour déiruire l'hérésie des Albigeois, contre laquelle il avait employé , presque sans Iruii, la dispute et les controverses?
Un autre caractère d'une dévotion solide à Mai^e pour les prêtres, est un grand zèle pour l'établir, pour l'étendre ou pour la faire revivre dans les endroits oîi elle aurait pu souffrir quelque altération. Quand on aime Marie , on ne veut pas être seul à l'aimer. Un prêtre sincèrement dévoué à la mère de Dieu , voudrait pouvoir lui assurer' les hommages de tous les cœui^s. Pour une fin si noble , rien que le zèle ne lui fusse entreprendre et exécuter. Pénéti-ons dans les cours des princes de la terre , examinons ce qui s'y passe ; que ne font pas les ministres du souverain pour assurer la gloire de leur maître? S'ils en parlent, c'est toujours avec respect et avec éloge ; ils s'élè-
(1) Hymn, Evch'siœ,