LIVRE II, CHAPITRE XL. dl
Vent avec force contre tout ce qui pourrait le moins du monde préjudicier aux intérêts ou blesser le respect qui est dû à la majesté royale ; rien qu'ils ne fassent pour lui faire rendre l'obéissance qu'elle a droit d'attendre de ses sujets : tel et plus vif encore doit être le zèle d'un ministre sacré qui se glorifie d'être au service de la reine du ciel. Un prêtre qui l'aime véritablement, voudrait pouvoir attirer tous les hommes à son service ; point de mouvemens qu'il ne se donne pour accréditer son culte parmi les personnes qui dépendent de lui ou qu'il est obligé de former à la piété. Il instruit de cette dévotion , il en parle dans la chaire de vérité , il profite de touteis les occasions qui se présentent pour exhorter à l'embrasser, il la reesommaode dans le sacré tribunal , il forme dans le lieu où la Providence l'a placé de saintes associations pour honorer Marie , il s'attache à conserver ou à affermir les anciennes, il travaille à rétablir celles que la négligence ou le relâchement avaient fait tomber ou déchoir de leur ancien lustre , il fait en sorte que les fêtes établies dans l'Eglise à l'honneur de Marie y soient célébrées avec plus de solennité. Dans ses vues , il obtient des indulgences en faveur des fidèles qui fréquenteront les sacremens dans ces jours. Pour nourrir leur piété envers Marie , il leur recommande encore d'entrer dans les sociétés du scapulaire , du rosaire et du cœur sacré de Marie , qui ont été et qui sont encore l'instrument de tant de bonnes œuvres , et des moyens de salut pour tant d'âmes depuis qu'elles sont établies dans l'Eglise de Dieu.
Eh quoi ! un prêtre n'osera-t-il donc parler en pubHc de ces dévotions, parce qu'aujourd'hui il est du bel air de les décrier? Ou plutôt n'est-ce pas là pour lui une raison de plus d'en prendre la défense? A Dieu ne plaise que la décision d'une troupe d'hommes superficiels', souvent impies , soit la règle de ses jugemens ! Que les beaux génies du temps, ces esprits prétendus forts se raillent de toutes ces dévotions , qu'ils les traitent de dévolions superstitieuses et vulgaires ; laissons ces vains discoureurs : ce sont des aveugles , des insensés qui blasphèment tout ce qu'ils ignorent. Leur critique , loin de faire abandonner les pratiques saintes dont il s'agit; est ce qui doit les faire embrasser avec plus de zèle. Qu'un ministre de la religion est coupable , si , prêtant l'oreiUe à leurs discours impies, une mauvaise honte lui lie la langue et l'empêche de s'élever contre les blasphèmes que vomissent contre Marie les ennemis de son culte !
Pour une véritable dévotion à la mère de Dieu , ce ne serait pas
dl/i PERFECTION DU SACERDOCE.
assez dans un prêtre de se déclarer pour elle ; il faut de plus qu'il pratique les vertus dont elle nous a donné des exemples si éclatans , selou cette belle maxime de saint Augustin , que le culte (jue nous rendons aux saints consiste principalement à exprimer dans nous les vertus que nous faisons profession de révérer en eux (1). Celles que les prêtres doivent principalement imiter dans Marie , sont 1° cette inviolable pureté dont elle avait fait vœu , et qui la mettait dans la disposition de tout sacrifier plutôt que de souffrir aucun préjudice ou aucune altération. Un ange député du Très-Haut vient de sa part offrir à Marie la plus sublime dignité , la dignité de mère de Dieu (2). Comïnent répondra-t-elle à cet honneur ? Elle se trouble à la vue d'un ange , parce qu'il lui apparaît sous une forme humaine (3). D'un autre côté , elle voit sa grandeur, de l'autre elle voit ses engagemens avec le Seigneur. L'état le plus parfait attire ses regards et gagne son cœur ; elle aime mieux plaire à Dieu que de lui commander, dit un père de l'Eglise ; elle consent à n'être pas la mère de Dieu, plutôt qu'à cesser d'être son épouse ; et ce titre de mère de Dieu tout grand , tout auguste qu'il est , n'a plus d'attraits pour son cœur, si ce n'est qu'aux dépens de la virginité qu'on peut l'obtenir (4). Que ces sentïmens sont grands ! qu'ils sont dignes de la mère de Dieu ! Mais en même temps que de précieuses instructions ne nous fournissent-ils pas à nous , ministres de son Fils , dans la nécessité où nous sommes par notre état de vivre au milieu d'un monde corrupteur et corrompu , que nous devons sanctifier? De l'amour que Marie témoigne pour la Yirginité, apprenons la pureté que doit porter au sacerdoce celui qui aspire à celte dignité subUme. Du trouble de Marie à la vue d'un ange , apprenons de quelle réserve nous devons user en traitant avec les personnes de sexe différent , fussent-elles des anges en pureté. Souvenons-nous que les bienséances les plus exactes et les plus sévères en ce genre ne peuvent que nous faire honneur dans l'esprit des laïques , des libertins mêmes, qui ne nous passent rien de ce qu'ils se pardonnent si aisément à eux-mêmes en cette matière. Mais surtout de la fidélité de Marie à remplir les engagemens saints qu'elle
(1) Imilaii non pigeât quod celebiave dclcctat. Ilonoiaie et non iniilavi nihil est aliud quàni menilaciter adulari. {Scnn. 325. ahàs 30.)
(2) Ecce concipies Gliiun et Filius Allissinii vccabitur, (Luc. c. 1. v. 3J.
el 32.)
(3) Tuibata est in seinione ejiis. {Luc. c. i. v 29.)
, (4) Quomodô lict isliid , quoniam vii uni non cognosco. {liid. 34.)