‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 65 sur 331 · LIVRE II , CHAPITRE XL. 3I · texte numérisé non relu

LIVRE II , CHAPITRE XL. 3I

a pris avec le Seigneur par le vœu de virginité, apprenons la vigilance et l'attention que nous devons apporter pour ne rien faire et pour ne rien souffrir qui puisse le moins du monde blesser la plus délicate des vertus. Un prêtre qui sacrifie tons les jours au saint autel l'Agneau sans tache , un prêtre qui a le bonheur de renfermer tous les jours dans sa poitrine le Dieu de pureté , que Marie porta dans son sein pendant neuf mois , doit éviter jusqu'au moindre soupçon jusqu'à l'ombre même du vice contraire à celte vertu.

Une profonde humilité , compagne inséparable de la chasteté , n'est pas moins nécessaire ' aux prêtres , s'ils veulent marcher sur les traces de la plus sainte des créatures. Un ange est député à Marie pour lui annoncer qu'elle sera mère d'un Fils , qui le sera en même temps du Très-Haut : Et Films ylltissimivocahitur (1) ; d'un Fils qui régnera sur toute la maison de Jacob , et dont le règne n'aura d'autres limites que l'univers, ni d'autres bornes de sa durée que léternilé (2). A la vue de tant de grandeur , tandis que l'ange parle à Marie le langage de la vérité , son cœur ne lui parle que le langa[]e de l'humih'té. On lui donne le titre de mère de Dieu , et elle ne prend que le titre modeste de sa servante : Ecce ancilla Domini... (3). Loin de se prévaloir de ces avantages ou de les faire connaître au monde , l'humble Marie ne cherche qu'à se cacher aux yeux des hommes. Remplie de l'esprit prophétique , Elisabeth la félicite sur une dignité qui est en elle la récompense de ses vertus ; Marie désavoue des louanges si bien méritées , pour rapporter à Dieu seul la gloire de tout ce qui se passe de grand en elle (4); sentimens d'humilité qui donnent à Marie une grandeur que la maternité divine ne lui donne pas. S'il est rare de porter à la grandeur les qualités quelle demande , il est plus rare encore de ne pas prendre les hauteurs qu'elle inspire; pour Marie , dans le plus sublime degré d'élévation, elle conserve l'humilité la plus profonde ; humilité sincère , qui la fait voler au temple pour s'y purifier au jour marqué par la loi ; c'est là que , se confondant avec des fenmics vulgaires, elle vient désavouer en quelque sorte et la virginité de son cœur et la divinité de son Fils; humilité constante dans toute la

(1) Luc. c. i.v. 32.

(2) Et rcgnabit in domo Jacob in œternum. {Ihid.)

(3) Ihid. V. 38.

(4) Rcspexit hiiniilitatem ancillœ siioc..., quia fecit miiii magna qui polcns est; (it<c.c. 1. 1)48 6149.)

suite de la conduite et jusqu'à la fin de la vie, ne se réservant dans toutes les occasions que les litres de l'obéissance et de la simplicité la plus modeste, se soumettant en tout aux apôtres de son fils, et paraissant apprendre d'eux ce qu'elle sait aussi bien qu'eux.

Prêtre du Dieu vivant, voilà notre modèle; le suivons-nous? Elevés que nous sommes à la di{>nité la plus sublime où des hommes mortels puissent arriver ici-bas , est-ce l'inimilité ou n'est-ce point plutôt l'ambition qui nous a portés au sacerdoce ? ne l'avons-nous point cherché bien plus pour la gloire qui y est attachée que pour le bien qu'on y peut l'aire ? Quelle opposition d'ailleurs de nos sentimens à ceux de Marie , de sa conduite à la nôtre? plus elle est grande aux yeux de Dieu, plus elle s'humilie aux yeux des hommes ; et, par le plus étranjye changement, plus nous sommes vils aux yeux de Dieu , plus nous cherchons à paraîlre et à briller [dans le monde. Nous nous prévalons d'un ministère de servitude , pour dominer sur ceux de nos frères que n(uis ne devions qu'aimer et servir. Désavouons des sentimens si opposés à ceux de la mère de Dieu et si indignes de nous ; efloi'çons-nous d'exprimer en nous la pureté et l'humilité de Marie. Heureux, et mille fois heureux le ministre des autels qui , apprenant aux hommes à adorer le fils de Dieu , leur enseigne à honorer sa divine mère, et à fonder sur elle, après Dieu , toutes leurs espérances ! Appuyé sur elle , il ne tombe point, dit saint Bernard (1) ; assuré de sa proleclion , il ne craint point ; abandonné à sa conduite , il ne se lasse point ; aidé de ses prières , il ne périra fas. Aimable Sauveur qui en mourant avez inspiré à Marie un amour maternel pour saint Jean , et une tendresse filiale à ce disciple bien aimé pour INIaric , votre digne mère , inspirez-moi un tendre amour pour elle : elle est votre mère, elle est aussi la mienne ; vous êtes mon médiateur auprès du Père, elle est ma médiatrice auprès de vous. C'est par elle que vous êtes venu à nous, c'est par elle que nous voulons aller à vous (2).

(1) Sevin. in Evnngol. Mis.sv^.

(2) S. ïlioiii. opnsc. S,

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