‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 68 sur 331 · LIVRE m , CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE m , CHAPITRE I

aiipiès des hommes , pour leur manifester ses volontés ; les dispensateurs de ses mystères , et les ministres de ses miséricordes , pour réconcilier avec lui les pécheurs ; tout autant de titres pour le prêtre, tout autant de fonctions attachées à son état , qui Tobli^jent à avoir la science de la religion et du ministère. Première fonction du sacerdoce, qu'on ne peut remplir avec dignité, sans une science et une capacité suffisantes : la célébration du sacrifice auguste de nos autels. Pour l'offrir dignement , il faut en connaître l'excellence , la \aleur, et les fins principales pour lesquelles on doit l'offiir ; il faut savoir quel en est le prix etjquelles sont les grâces abondantes qui en découlent sur toute la société des fidèles; il faut surtout entrer dans les sentimens du Dieu prêtre et victime tout ensemble , qui s'immole pour les péchés de tous : eh ! comment attendre tout cela d'un homme plongé dans l'ignorance , qui ne connaît ni ce qu'il vient^faire à l'autel , ni la grandeur des mystères qu'il y traite? Comment y sera-t-il médiateur entre Dieu et les hommes , s'il ignore les droits de Dieu , qui ont été violés par le péché , et à quelle sorte de satisfaction l'homme prévaricateur est obligé pour réparer l'injure faite à son Créateur ? Mais surtout que pourrait obtenir pour les autres dans ce sacrifice d'impétration , un homme qui , en récitant au saint autel les prières les plus affectueuses et les plus touchantes , n'entend pas même le sens des paroles redoutables qu'il prononce ? C'est la réflexion du cardinal Pierre Damien (1).

Une autre fonction du prêtre qui demande plus de science , c'est l'instruction et la prédication : quiconque est décoré du sacerdoce , dit saint Grégoire -le-Grand , se trouve appelé par là même à la fonction d'instruire et d'annoncer la divine parole anx hommes (2). Docteur des chrétiens , c'est à lui de dissiper les ténèbres de leur ignorance, de leur apprendre leurs obligations , de les former aux maximes du christianisme. Guide des simples fidèles dans les voies du salut , c'est à lui de leur tracer la roule qui conduit au ciel ; père spirituel des peuples, il doit leur donner une nouvelle vie par les paroles de vie qu'il leur annonce , bannir de la société des fidèles toutes les erreurs , en arrêter les progrès , maintenir les maximes de

(1) Quid jara populo in suis supplicationibus supplicat , qui quotl loqnitur, ipse velut aliénas ignorât? Quomodô illic rationabile eiit obsequium qui offert, obiationis suée non capit intellectum ? (Oy>e*-a contra instit. cleric)

(2) Prœcouis officium suscipit , quisqnis ad sacerdotiuiii ascendit. (/« cup.i Jîej.)

i22 OBLIGAT[ONS d'ÉTAT DU SACERDOCE.

rÉvangile contre la séduction de l'esprit ei la dépravaiion du cœur, conserver le dépôt sacré des vérités saintes : ce sont là loul aulaut d obli{jalions indispensables d'un prelre de la loi nouvelle. Mais , sans science , comment remplir tous ces devoirs ? comment instruire les ignorans des vérités (jue soi-même on ignore ? comment tracer un\ autres les voies de la perfection oii l'on est étranger ? comment entreprendre d'interpréter la loi, si Ton ne la connaît pas et si Ton ne l'entend pas , si l'on ne sait à quoi elle oblige et jusqu'où ses obligations s'étendent ? Mais' quelle plus téméraire présomption pour un prêtre , pour un pasteur ignorant , que de s'ingérer de développer les mystères du royaume de Dieu, qui lui sont inconnus et qu'il ne s'est jamais mis en peine d'étudier ? Aussi le voyons-nous tous les jours: ces sortes de ministres n'osent ouvrir la bouche pour dire un mot d'édification au peuple fidèle. S'ils le font quelquefois, ce n'est que pour rendre la parole de Dieu méprisable et pour se rendre eux-mêmes la fable de ceux qui les entendent ; souvent même dans les exhortations qu'ils s'efforcent de faire , encore si rarement , il leur échappe mille propos déplacés, mille propositions mal sonnantes , qui sont plus capables de mal édifier les peuples et de les induire en erreur, que de les conduire à la vérité.

De là parmi les chrétiens ces superstitions grossières qui dégradent la majesté de la religion par le mélange de mille fables et de mille puérilités ; de là le dérèglement des mœurs et l'oubli presque universel de la loi de Dieu ; elle s'efface bientôt chez des hommes charnels et attachés aux objets de leurs passions , quand on cesse de la leur rappeler : les vices croissent comme naturellement dans des cœurs que la vue des chatimens de Dieu ou de ses récompenses ne relient plus. Ils canonisent dans leur esprit et s'attachent à justifier les péchés les plus odieux ; ils regardent l'usure comme un gain permis, l'impureté comme un penchant qui n'a rien de criminel, la médisance comme une innocente raillerie , l'avarice comme sage prévoyance et la vengeance comme noblesse de sentiment. De là enfin le libertinage d'esprit. Les vérités de la religion s'affaiblissent insensiblement dans les peuples , quaud on néghge de leur en rappeler de temps en temps le' souvenir par l'exhortation et l'enseignement ; ils perdent la foi et ils s'accoutument à ne plus croire ; ils vivent et ils meurent dans une ignorance totale des mystères et des maximes du christianisme. A quoi attribuer tous ces désordres, sinon à ceux qui étaient chargés d'instruire et qui n'instruisent point,

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