LIVRE III , CHAPITRE I
Cl mêmeqiie le défaut de science met hors d'état de le faire. Ils se donnaient pour docteurs , ils se disaient maîtres en Israël , et ils étaient ensevelis dans les ténèbres de la plus profonde ignorance : manière de s'exprimer du prophète , qui nous fait bien sentir la liaison intime qu'il y a entre l'ignorance des prêtres et le dérèglement (k's peuples (1).
Troisième fonclion des prêtres, qui demande en eux de la science : l'administration des sacremens, et en particulier celui de la réconciliation des pécheurs dans le tribunal de la pénitence. Les prêtres y sont assis comme juges , pour y prononcer des arrêts qui doivent décider du bonheur ou du malheur éternel de ceux qui se soumettent à leur jugement. Un juge qui, faute d'être assez habile dans la science du droite ôte à une personne un bien qui lui appartient, et qui le donne à une autre à qui il n'appartient pas , est autant dans l'obligation de restituer qu'un voleur qui prend ce qui nest pas à lui. Un prêtre qui , faute de capacité , fait restituer ce qui ne tombe pas sous la loi de la restitution, doit dédommager celui qu'il a obligé, par ses mauvaises décisions, à restituer ce qui ne devait pas l'être. Ce n'est pas tout encore, le prêtre est établi dans le sacré tribunal, comme médecin des âmes, pour les guérir de la lèpre du péché. Dans les inlirmités corporelles, on ne choisit un médecin que pour être guéri. Quiconque est assez téméraire ou assez présomptueux pour exercer celte profession, sans avoir la capacité suffisante pour la remplir, pèche grièvement, parce qu'il s'expose volontairement et de propos délibéré à ravir le bien de la sauté et la vie même. Jugeons par là du péché que commet et du triste état où s'est mis un prêtre qui, sans avoir la science et les lumières nécessaires, s'est ingéré dans un ministère redoutable où il s'agit de juger ses frères dans l'ordre du salut éternel, ou de les guérir de leurs infirmités spirituelles. Il ne s'expose à rien moins qu'à donner la mort à des âmes rachetées du sang de Jésus-Christ. Le pouvoir qu'il a reçu de ce divin Sauveur, de lier ou de délier^ n'est point un pouvoir arbitraire dont il lui soit permis d'user selon son caprice ou sa volonté ; c'est un pouvoir attaché à certaines conditions; il doit l'exercer avec la plus grande discrétion et selon les règles d'une prudence éclairée. Supposez dans celui qui en est le dépositaire les vertus les plus subli-
(1) Ipsi pastores 'ignoraverunt omnes in viam siiam dcclinavenint, iinus-
quisquead aYaritiam suam [a sunmio usquçadnovissimuiu. {liui. c 56. v. IJ.)
124 OBLIGATIONS d'ÉTAT DU SACERDOCE.
mes, la charité la plus parfaite, le zèle le plus clcndii, les intentions les plus droites; avec toutes ces grandes qualités, s'il n'a la science, il se perdra en perdant les autres. La charité que la science n'éclaire pas n'est point une véritable charité : c'est présomption, dit saint Bernard , de vouloir enseigner ce qu'on n'a point appris , de vouloir conduire les autres, quand on est à peine capable de se conduire soi-même. Rien de plus dangereux dans le gouvernement des âmes qu'une piété qui n'est pas guidée par les lumières ; elle fait donner dans mille écueils et mille travers , elle fait commetire mille injustices , elle prononce mille décisions iniques , elle ordonne des restitutions qui ne doivent pas être faites, elle dispense de celles auxquelles on est obligé ; fautes grossières bien souvent irréparables , fautes également funestes au confesseur et au pénitent qu'elles entraînent tous deux dans le même précipice , selon l'oracle du Sauveur (1).
La conduite que Dieu a toujours tenue sur son Eglise , celle que l'Eglise elle-même a toujours tenue sur les ministres qu'elle a employés, nous feront mieux sentir encore quelle est pour eux la nécessité de la science. Dès l'ancien Testament, ceux qui n'étaient pas instruits de la loi , ou qui négligeaient d'en acquérir la connaissance, étaient rejetés du sacerdoce (2). Punition juste pour ces temps de figures et d'obscurités, mais qui l'est bien davantage dans la loi de grâce pour les prêtres qui négligeraient la science , parce qu'ils sont chargés de ministères bien plus redoutables et bien plus importans. Dans tous les temps, dit saint Paul, Dieu a donné à TEglise, selon ses divers états, tantôt des prophètes et des hommes inspirés, tantôt des apôtres et des évangélistes, tantôt des pasteurs et des docteurs, pour former, parles fonctions du ministère, l'édifice spirituel du corps mystique de Jésus -Christ (3). Ce divin pasteur des âmes n'a établi des ministres dans le champ de son Eglise , que pour y faire du fruit (4). Et quel fruit pourront-ils y faire, s'ils ne sont en état d'expliquer les mystères de sa religion , de montrer dans
(4) Ambo in foveani cadniit. (Matth. c. i5. v. M.)
(2) Quia tu scienliaia repulisti , repellaiu te, ne saceidolio fungaris luilii. {Osée. cap. 4. r>. 6.)
(3) Et ipse dcdit quosdani auleiii pioi)hetas , alios vero evaiigelistas , alios autem pasloies et doclores , ad consuininalioneiii sancloriim , iii opus ininisleiii , iu «t'dificationem coiporis CInisli. {Ad Ephes. c. k. v. 11 et 12.)
(4) Pobui vos ut ealis et fiucluiu afferalis. {Joan. c 15. v. 16.)