LIVRE m , CnAPITRE î
sédassent assez bien l'Evaijgile , pour qu'on pûl le retrouver dans leur esprit et dans leur mémoire , si par impossible il venait à se perdre. jNous sommes vos livres , disait-il aux iidèles d'Ilippône en les instruisant ; livres toujours subsistans , qui doivent être si conlinuellement ouverts pour vous, qu'ils puissent fournira tous vos besoins : Codices vestrismnus. Sans consulter d'autres oracles, vous n'avez qu'à écouter ceux qui sortiront de la bouche de vos pasteurs, pour être instruits de vos devoirs. Saint Bernard explique tout cela par une pensée également solide et ingénieuse : il compare les prêtres à ces fontaines salutaires et fécondes qui ne font couler les eaux dont elles regorgent, que pour porter l'abondance dans les campagnes qu'elles arrosent. Imitez, leur dit le saint docteur, imitez , non le canal qui reçoit tout, sans rien retenir, mais le bassin qui ne se remplit que pour donner de son abondance (1). Le malheur de l'Eglise aujourd'hui, ajoute le môme pèrC;, est d'avoir beaucoup de ministres qui représentent le canal , et très-peu qui imitent le bassin (4). Je ne puis mieux terminer toutes ces réflexions que par le sentiment de sainte Thérèse. Cette fille douée d'un sens si droit , qui était si versée dans les matières de la spiritualité , et que sa fidélité à la grâce éleva au plus sublime degré de la contemplation; cette grande sainte , dans le concours d'un directeur moins pieux , mais habile, et d'un autre plus saint, mais moins éclairé, ne balance pas à donner la préférence à celui qui a moins de piété et plus de lumières. La raison qu'elle en apporte , c'est que , malgré sa lâcheté , celui-ci conduira toujours bien , et que l'autre au contraire est capable , par son ignorance , de jeter les âmes dans l'illusion et dans les plus funestes égaremens. Au reste , il est certain que la science et la vertu sont deux dispositions pour l'exercice du ministère évangélique , mais si l'on pouvait mettre en question laquelle de ces deux qualités est la plus indispensable, il ne faut pas douter qîs a cet égard la science ne l'emportât sur la vertu, parce que les prêtres étant particulièrement destinés pour le service de l'Eglise, ils peuvent encore mieux la servir sans beaucoup de vertu que sans science, suivant cette parole du Fils de Dieu : Faites ce qu'ils vous disent de dessus la chaire de Moïse, où ils sont assis pour vous enseigner ; mais
(1) Si sapis, concliam te exhibebis , non CMmlem. {Ser?n,. iS. super, cantic.)
(2) Verura canales mullos hodiehabemus in Ecclesia, couchas vciopcrpaucas. ilbid.)
'128 OBLIGATIONS d'État du sacerdoce.
ne [ailes pas ce qu'ils font (1). La validité des sacremens n'est pas altacliée à rinnocence de celui qui les confère ; mais elle dépend en bien des cas de la capacité du ministre. Telle est la nécessité de la science pour un prêtre ; mais quelles seraient les suites de son ignorance dans les'choses saintes ? c'est ce qui nous reste à examiner.
II. L'ignorance des prêtres déshonore leur personne et leur ministère; elle fait à l'Eglise les plaies les plus mortelles, et elle sera pour eux , au tribunal de Jésus-Christ, le sujet d'une condamnation aussi terrible que certaine. Yoilà les fruits amers de l'ignorance , et les suites funestes quelle a presque toujours dans les ministres de la religion; oui (et c'est une vérité confirmée par l'expérience de tous les temps) , un prêtre sans science et sans lumière se déshonore, et par contre-coup avilit le ministère auguste dont il est revêtu : c'est saint Laurent- Justinien qui nous l'apprend (2). La réputation d'un homme qui ne sait rien , ou presque rien , que tout embarrasse, et qui est arrêté par la moindre difliculté , est , après celle du désordre des mœurs , la plus mauvaise qu'un ecclésiastique puisse se faire. Un séculier, moins charitable encore que spirituel, se plaît à le pousser à bout et à le confondre. Il ne faudra qu'une femmelette pour le réduire au silence et lui fermer la bouche. Qu'il soit entrepris par une de celles que saint Paul appelle fainéantes , causeuses , curieuses^ avides de savoir (3), et encore plus d'étaler leur petit mérite et une ridicule érudition ; il ne faudra qu''elle pour le désoler du malin au soir. Fût-il la sagesse et la probité même , dès qu'il passera pour ignorant , il perdra la confiance du plus misérable villageois, qui ne voudra ni l'écouter, ni se fier à ses décisions , ni s'en rapporter à lui dans tout ce qu'il pourrait lui dire de plus solide. Il devient la fable et le jouet de la compagnie où il se trouve ; s'il ouvre la bouche, ce n'est , ce semble , que pour ex.citer la risée de tous ceux qui renlendent.
Or , quelle honte pour le sacerdoce qu'il y ait des prêtres , qui sont les hommes de Dieu sur la terre et ses ministres, hors d'état de parer les traits que les impies et les ennemis de la religion ne cessent de lancer contre elle ! Quelle honte que les oracles du vrai Dieu,
(i) Malth c. 1%. 1-. 2 et 3.
(2) Ecclesiœ qiioddam est dcilecus viilcrc prc;.]»} tcnim inscium. {De'spirit, animœ intcritu,lifj. 1. n. 'Jij.)
(3) 2 ad Tim.c. 5. r. 13,