LIVRE III, CHAPITRE I
lorsqu'on les consulte , demeurent muets, ou ne donnent que des réponses enfantées par l'ignorance ou témérairement hasardées , plus propres à jeter dans le précipice qu'à en préso'verl Quelle pitié quand le prêtre n'en sait pas plus que le peuple ; le pasteur , que le troupeau ; et qu'on voit dans les yeux déconcertés d'un ministre des autels, l'embarras où le jette une légère difficulté, d'où il ne peut se tirer ! Quelle surprise pour le laïque , lorsqu'il s'aperçoit qu'il s'est trompé , et qu'au lieu de trouver un père en Jésus-Christ , un maître et un docteur, comme il avait lieu de se le promettre , il ne rencontre dans ce prêtre qu'un guide aveugle, qui a besoin qu'on le conduise , et un disciple ignorant qu'il faut instruire ! Quel étonnement de ne trouver dans ce directeur qu'un homme étranger dans les voies du salut , qui n'a nulle teinture de tout ce que regarde le ministère de la réconciliation et la pratique des sacremens ! Pour sonder tous les plis et les replis du cœur humain, le ministre chargé du soin des âmes a besoin de mille yeux dit saint Jean-Chrysostôme (1). Et à peine celui dont nous parlons en a-t-il un pour se conduire lui-même. C'est un homme que tout embarrasse, un homme sans talens, comme sans lumière , qui ne peut ni s'expliquer en matière de doctrine sans errer, ni prendre son parti en ce qui regarde la morale^ faute de connaissance nécessaire pour diriger sa propre conscience et pour régler celles des autres. De là le mépris où il est parmi les hommes , mépris qui n'est que trop bien fondé. On estime un saint ecclésiastique ; mais on méprise souverainement un ecclésiastique sans science. Si les exemples d'un prêtre pieux sont capables de faire quelque impression , ses discours^ s'il est ignorant^ font pitié: ce qu'il semble édifier d'une main par ses vertus, il le détruit et le renverse de l'autre par son peu de capacité. 11 serait à souhaiter, dit-on, qu'il fût un peu moins dévot , et qu'il fût un peu plus savant ; une moindre piété ne nuirait qu'à lui-même, au lieu que le défaut de science dans un homme de son état rejaillit sur la religion , éloigne du temple les fidèles , leur rend odieuse l'approche du sacré tribunal , les dégoûte de la participation des sacremens ;, et fait à l'Eglise les plaies les plus mortelles.
Plaies profondes qui saignent encore , et qui saigneront peut-être bien long-temps. Les prêtres sont les flambeaux , et comme les astres
(-1) Opiis est pastori sexcentis , ut ita dicani , oculis , ut recle undique hunianî animi habituai circumspicere possit. {Lib. 2. de sacerd.)