LIVRE III, CHAPITRE I
dans tous les royaumes du îNord, qu'elles enlevèrent à l'Eglise romaine. Malgré les relàchemens qui s'étaient introduits de toutes paris, l'Eglise dans le nombre de ses minisires ne manquait pas de gens de bien; mais leur vertu n'était point accompagnée de toute la science et de toute la capacité nécessaires pour confondre l'erreur et faire triompher la religion catholique. Les prétendus réformés s'en prévalurent pour le malheur de l'Eglise. Jamais hommes ne surent mieux profiter qu'eux de l'ignorance de leur siècle. Temps déplorables que Il nous ne pouvons nous rappeler sans gémir ! Combien d'ames périrent en ces jours pleins de nuages et d'horreur ? Combien périssent encore tous les jours aveuglément entraînés par le torrent de la séduction de leurs pères et d'une prévention héréditaire contre l'Eglise romaine ? Si celle-ci avait eu pour lors beaucoup de ministres éclairés, elle eût pu, en démasquant l'hérésie, en dévoilant ses artifices, en manifestant la malignité de ses poisons ;'elle eût pu,[dis-je, étouffer le monstre en sa naissance et prévenir par là les ravages et les meurtres qu'il a faits dans le champ du père de famille. Mais, hélas! les sentinelles d'Israël parurent endormies. Les chefs de la milice spirituelle , qui devaient s'opposer comme des murs d'airain aux ennemis du peuple de Dieu , n'osèrent entrer en lice pour les combattre. Par la défiance où ils étaient de leurs propres forces : il gardèrent un honteux silence. De là les triomphes des docteurs du mensonge, et tous les succès de la prétendue réforme. On se réveilla de-cet assoupissement profond, il est vrai , mais trop tard , et quand le mal eut fait des progrès qu'il n'était plus possible d'arrêter , la secte avait déjà su mettre dans son parti les puissances les plus redoutables de l'Europe.
Au reste, l'ignorance 'des prêtres ne va pas seulement à renverser les dogmes de la, foi, elle attaque l'innocence des mœurs et lui porte les coups les plus mortels. Point de plus grand malheur pour l'Eglise et pour la société du peuple chrétien , dit saint Jean-Chrysostôme, que d'y voir des loups pour pasteurs, des corsaires pour conducteurs , et des bourreaux pour médecins (1). Et c'est là cependant ce qui arrive , au jugement du saint docteur, dans autant de prêtres qu'il y en a d'ignorans; hors d'état de paître le troupeau , de le conduire ou de le guérir, ils nuisent à l'avancement de tous les fidèles
(1) Pi-o pastore liipuiu , pvDcilonem pro gubernatore , cainificein pio luedico. (fipist. 127.)
qui sont confiés à leurs soins. D'où viennent parmi nous tant de scandales, tant de corruption dans les mœurs des chréiiens de tous les sexes , de tous les états et de toutes les conditions ? Pourquoi voyonsnous certains vices plus crians , le jurement et le blasphème, la fraude etTinjustice, la médisance, la vengeance, l'intempérance et l'impureté, se répandre comme des torrens dans presque toutes les professions , et corrompre tous les âges ? Pourquoi dans le sein de l'Eglise tant de pécheurs qui croupissent depuis si long-temps dans des habitudes criminelles, sans vouloir jamais réfléchir sur l'énormité et sur les suites de leurs désordres ? Pourquoi , dans un siècle où l'on ne parle que de réforme , voyons-nous nos sacremens si scandaleusement profanés et si universellement abandonnés, la table sainte si sacrilégement souillée, et en certains lieux presque entièrement désertée? Doù vient enfin , quelquefois jusque dans les grands , cette ignorance profonde des premiers élémens de notre sainte religion ? Ah! n'en cherchons la cause que dansl'ignorancedes ministres de cette même religion : obligés par état d'instruire , ils n'instruisent point; ils devaient combattre le monstre du péché par leurs exhortations , et ils n'ont jamais eu le courage de dire un mot d'édification dans l'assemblée des fidèles ; c'était à eux d'enseigner les premiers principes et les maximes de la religion aux peuples ; ils ne se sont jamais mis en devoir de le faire ; eh ! comment apprendraientils aux autres ce qu'ils ne savent pas , et ce qu'eux-mêmes ils ne se sont jamais mis en peine d'apprendre? Prêtres et pasteurs indolens, à qui une timidité fondée uniquement sur l'ignorance ferme la bouche, quand le zèle du sahit des âmes et de leur propre salut devrait les faire parler : ce sont bien moins des pasteurs que des idoles dans le temple du Dieu vivant : 0 pastorj 6 idolum (1) ! Un prophète nous les représente comme des sentinelles aveugles et plongées dans l'ignorance (2); comme des chiens muets qui ne sauraient aboyer, de faux prophètes qui ne voient que des fantômes , qui aiment à se repaître de songes et de folles visions; enfin comme des pasteurs sans intelligence , qui ne suivent d'autre règle que leurs caprices et leur avide cupidité (3). C'est ainsi que la religion se perd, que la loi de
(1) Zach. c. 11. V. 17.
(2; Speculatoies ejus cœci onines , nescierunt universi. {Isaiœ. c. 56. v. 10.)
(3) Canes niiiti non valentes latrare , videntes vana , dormienles et amantes som-
Wia Unusquisqne ad avaiiliam suania sunimo usque ad novissiniuai. (/iîrf.