‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 75 sur 331 · LIVRE ni , CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE ni , CHAPITRE I

Dieu s'efface insensiblement dans tous les cœurs , que les vices y prennent la place des vertus et s'y enracinent de plus en plus; l'ignorance des pasteurs et des ministres de la religion entraînant comme nécessairement celle des peuples , et celle-ci produisant en €ux le mépris des lois , une corruption générale des mœurs , qui dégénère enfin en irréligion et en impiété.

L'ignorance du prêtre a des suites non moins funestes , par rapport à lui-même. Dans le monde, on le regarde comme l'opprobre du clergé , comme un poids inutile à la société qui en est surchargée et qui ne peut en tirer aucun service. Au tribunal de sa propre conscience, son ignorance le rend comptable des fautes qu'il commet , et de celles que commettent ses frères , qu'il devait instruire et qu'il n'a pas instruits. Aussi , quelle est la vie de ces prêtres ignorans et désœuvrés!' Une vie continuellement agitée de troubles, de scrupules et de remords qui ne leur laissent pas un moment de tranquillité ; une vie triste et languissante, qui les rend insupportables à eux-mêmes et aux autres ; une vie inutile , qui leur fait tramer leur oisiveté de maison en maison , et chercher à dissiper leur ennui , en dissipant celui de leurs confrères qui font profession de la même oisiveté qu'eux ; une vie toute séculière et toute mondaine , qui les mêle dans les cercles du monde , les fait participer à ses fêtes , à ses divertissemens et à ses amusemens frivoles ; une vie aussi terrestre et presque toujours moins innocente que celle des peuples grossiers au milieu desquels ils sont placés. Peu touchés du soin de cultiver le champ de Jésus-Christ , qu'ils laissent en friche , les moins coupables bornent leur occupation et leurs soins à faire valoir les fonds temporels de leurs bénéfices ou de leur patrimoine; occupation qui, jointe à leur avidité , les jette bien souvent dans des contestations et des procès interminables avec les peuples , au milieu desquels ils ne devaient paraître que comme des anges de paix. Enfin, leur vie est une vie basse qui dégrade le sacerdoce, décrie le ministère, fait profaner ce que la religion a de plus grand et de plus auguste , l'expose ellemême au mépris des laïques et aux railleries des libertins. Quelle vie pour un prêtre qui tient la place de Jésus-Christ sur la terre , pour un dispensateur de sessacremens, de ses grâces, et de ses mystères!

Mais son ignorance a des suites encore plus terribles pour lui , s'il vient à la considérer du côté de l'éternité. De quelle frayeur ne doitil pas être saisi , s'il réfléchit sur cet oracle formidable du grand apôtre , qu'il doit s'appliquer à lui-même : celui qui est ignorant ,

sera ignoré à son tour (1). Si cela est vrai par rapport à tous les chrétiens, et si le Sei^jneur menace de ne point connaître, au grand jour de ses justices, quiconque aura négligé de s'instruire, à quels châtimens ne doit pas s'attendre un prêtre qui aura ignoré la loi de Dieu et ses ordonnances , qu'il était spécialement chargé d'enseigner aux autres ? Pour convaincre de tels coupables à son tribunal , le souverain pasteur des âmes n'aura besoin ni d'accusateur, ni de témoin ; leur ignorance toute seule lui suffira pour les confondre. Malheureux, leur dira~t-il , je vous avais placés dans mon Eglise pour y faire du fruit et coopérer avec moi au salut des âmes , en instruisant les ignorans, en expliquant les mystères de ma religion, en développant à chaque fidèle les devoirs de son état , en exhortant et en reprenant ceux qui s'écarteraient de la voie de mes commandemens : vous ne l'avez pas fait ; loin de le faire , vous vous êtes mis hors d'état de remplir une si importante obligation , par votre négligence à acquérir la science. Allez, retirez-vous de moi ; parce que vous avez dédaigné de me connaître, d'apprendre mes lois et mes ordonnances^ je ne vous connais point, ou, si je vous connais, ce n'est plus que comme des ouvriers d'iniquité que je réprouve (2).

Qu'on nous dise après cela que l'innocence de la vie et la pureté des mœurs doivent faire le seul ornement d'un ministre du Fils de Dieu , qu'une sainte simplicité qui édifie peut suppléer à une vaine science qui ne sert bien souvent qu'à nourrir l'orgueil de l'esprit ; nous répondrons avec saint Jérôme , que cette simplicité , dépourvue de connaissances , peut faire un bon laïque , un saint religieux, mais qu'elle ne fera jamais un bon prêtre , parce que la piété toute seule ne le rendra jamais propre à secourir eflicacement ses frères dans l'ordre du salut. Et d'ailleurs , en quel danger de se perdre ne se met pas un homme qui entreprend de conduire les autres dans une voie qui lui est inconnue. L'oracle de Jésus-Christ y est formel : si un aveugle conduit un autre aveugle, tous deux tomberont dans la même fosse et dans le même précipice (3), Oracle formidable , prononcé par le Fils de Dieu contre les prêtres anciens qui étaient peu habiles dans la loi de Moïse. N'avons-nous point sujet de craindre qu'il ne

(1) Si quis ignorât , igiioiabitur. (1 ad Cor. c. 14. v. 38.)

(2) Nescio vos unde sitis, disccdite a me, onines operaiii iniquitatis. [Luc. c. n. V. 27.)

(3) Si caîcus cœco ducatum piœstct , aiiibo in foveam cadunt. Mat th. c. 15, V. 14.

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