LIVRE ni, CHAPITRE I
s'accomplisse à notre ég^ard ? Pour prévenir un si grand malheur, ne perdons jamais de vue ces belles maximes des conciles et des pères de TEglise , que la science n'est pas moins nécessaire que la sainteté à un prêtre de Jésus-Christ , qui est appelé à travailler au salut des âmes et à la conversion des pécheurs ; que celui qui doit enseigner dans l'Eglise , ne doit pas moins briller aux yeux des peuples par l'éclat de sa doctrine que par celui de ses vertus ; la science sans la sainteté ne pouvant que l'enfler d'orgueil , la sainteté sans la science le rendant inutile à ses frères (1). Attachons-nous donc également à devenir et de saints et de savans ministres du grand maître que nous avons l'honneur de servir. N'ayons pas moins de zèle pour défendre l'Eglise , que nous voyons dans les hérétiques d'opiniâtreté à l'attaquer; mettons-nous en état, par nos lumières, de tourner contre l'impiété et contre l'hérésie les traits sacrilèges qu'elles ne cessent de lancer contre l'épouse de^Jésus-Christ.j
Jetons un coup d'œil sur la face de celte Eglise sainte. Portons nos regards sur tant de vastes régions ravagées par le libertinage et par l'infidélité , sur ces campagnes incultes et presque abandonnées ; elles nous présentent une moisson bien digne de nous : Levate oculos vestros etvidete regiones , quia albœ sunt jam ad messem (2). Tout ce qui lui manque , ce sont des ouvriers , mais il lui faut des ouvriers et non des spectateurs ; il lui faut des ouvriers également habiles et zélés. Dans le champ du père de famille , nous verrons des hommes grossiers plongés dans le crime , qui ne connaissent pas même la profondeur de l'abîme où ils sont enfoncés ; nous y verrons une foule d'âmes livrées à l'empire de Satan , qui gémissent dans ses fers , par la négligence des prêtres qui devaient instruire et qui n'instruisent point ; nous les verrons courir par milliers à une perte presque certaine ; ah ! qu'un tel spectacle est capable de faire impression sur le cœur d'un bon prêtre! qu'il est propre à enflammer ses désirs et à renouveler son zèle pour la science propre de son état ! Ce sont des enfans aflamés du pain de la divine parole , qui le demandent , et à qui des pères dénaturés l'ont cruellement refusé, parce que l'ignorance volontaire les a mis hors d'état de le leur rompre (3). Pouvons-
(4) Tara \ita quam doctrina débet clarere ecolesiaslicus doctor; nam doctrina sine vita anogantem reddit, \itasine doctrina inutilem facit. (Isid. Hispal.lil. 3. Sentent, chap. 3G. Concil Aqtiisijr. an. 836.
(2) Joan. c. li. V. 35.
(3) l'aivuli pelieriuit paneni , et uoueiut qui hangeiet eis. (Thern. 4. 4.)
13Q OBLIGATIONS d'État du sacerdoce.
nous les voir dans un état si déplorable , sans en être touchés et sans nous sentir animés du désir de les secourir? En les formant à la religion, à la piété, aux bonnes mœurs, nous remplirons un de nos devoirs les plus importans , et nous mériterons la précieuse et brillante couronne préparée dans le ciel à ceux qui auront fait servir leur science et leurs talens à instruire les autres dans les voies de la justice (1).