LIVRE m, CHAPITRE II
mains ce livre divin (1). Saint Augustin en faisait ses délices et son délassement au milieu des travaux et des sollicitudes pastorales dont il était accablé (2).
Yoilà ce qni a porté les pères du sixième concile œcuménique, ceux du quatrième concile de Tolède , des conciles de Cologne , de Tours, d'Arles et de Milan, à recommander à tous les ecclésiastiques la lecture des livres saints. Que ne font-ils pas pour réveiller là-dessus l'amour de ces livres sacrés ? Ils conjurent tous les ministres de la religion d'eu faire la matière de leurs éludes et de leurs méditations, le principe de leurs décisions et leurs instructions aux peuples, et surtout la règle de leur conduite. Heureux le ministre des autels qui fait ses délices de ce livre divin , qui n'a eu d autre étude que de le méditer jour et nuit ! Les fruits qu'il en retirera, seront des fruits de sainteté pour lui-même et de sanctification pour les autres ; puisant à cette source féconde , ses conseils deviendront utiles , ses exhortations efficaces , ses paroles des paroles de salut qui porteront la conviction dans les cœurs. Au lieu que , sans ces eaux salutaires qui découlent des livres saints , le ministre de la divine parole ne sera jamais qu'un orateur froid, plus propre à glacer qu'à enflammer. ^"ayant jamais puisé la religion à sa source , il ne sentira pas les beautés de TEcrilure , et ne pourra par conséquent les faire sentir aux autres : supposez en lui toutes les richesses de l'érudition, tous les trésors de l'éloquence avec les talens les plus brillans , il ne réussira point à persuader ou à faire pratiquer les vérités saintes qu'il annonce ; ses discours, pleins d esprits et surchargés d'ornemens étrangers , sont sans onction comme sans force ; on n'y trouve point ces nobles images qui frappent , qui enlèvent ; on y trouve encore moins ces grands sentimens dont l'Esprit saint est le père , et qui à leur tour enfantent des chrétiens fervens; on n'y aperçoit rien de ces mouvemens pathétiques qui tiennent du prophète , et que les prophètes seuls peuvent faire naître en des cœurs touchés. Ce n'est qu'un tissu de belles conceptions , de pensées brillantes , d'expressions pompeuses, qui éblouissent l'esprit et qui ne vont point au cœur. Tout aboutit à faire quelques peintures agréables du vice, à rassembler des périodes qu'on admire , à réunir des mots harmonieusement
(1) Divinas scriptuias saepius lege ; iniaio nunquam de manibus luis sacra leclio deponatur. {Epist. ad Nepot.)
(2) Confess. lib. 11. c. 2.
140 OBLIGATIONS d'ÉTAT DU SACERDOCE.
cadencés , qui flattent roreille de l'auditeur , mais qui n'effleurent pas seulement la superficie de son cœur, bien loin de le convertir ou de le remuer. C'est ainsi que la relif^ion dépérit par les mêmes moyens qui devaient servir à la ranimer et à la nourrir; on ne la prêche plus aux peuples -. eh ! comment la prêcherait- on sans la science des Ecritures, qu'on i{jnore et qu'on veut ignorer? Elles devaient servir de bases à l'érudition des orateurs chrétiens , et elles sont presque universellement bannies de leurs discours.
Cependant , comme le texte sacré renferme des vérités de foi qui passent la pénétration de l'esprit humain , et où nous pourrions nous perdre , des maximes relevées, de mystérieuses obscurités , dont les hérétiques ont abusé dans tous les temps , c'est dans les écrits des saints pères que nous devons en chercher l'explication : ils en sont les interprètes nés , et c'est à eux que l'Eglise nous renvoie pour en avoir l'intelligence ; nous devons donc les écouler comme des maîtres , et les suivre comme nos guides dans l'étude des divines Ecritures. En entrant avec nous dans celte source inépuisable de lumière, loin de nous ravir les trésors qui y sont cachés , ils nous aideront à y découvrir les richesses qui y sont renfermées et à en profiter ; en parcourant les ouvrages de ces grands maîtres, nous découvrirons le caractère propre qui les dislingue entre les écrivains ecclésiastiques. Nous y verrons la fermeté qui caractérise un saiut Cyprien , la solidité d'un saint Grégoire de Nazianze , l'éloquence abondante et variée de saint Jean-Chrysostôme , la sévérité toujours soutenue de saint Jérôme, la douceur et l'aménité de saint Ambroise , les recherches et l'érudition presque incroyable de saint Augustin , la noblesse et la sublimité de saint Léon pape , la moralité de saint Grégoire-le-Grand , la vive et douce onction de saint Bernard , la précision de sairt Thomas , le style affectueux et plein de feu de saint Bonaventure , le zèle ardent et éclairé de saint Charles- Borromée , la charité pleine de charmes d'un saint François de Sales.
La théologie est comme la clef qui nous introduit dans ce double sanctuaire de l'Ecriture sainte et de la tradition. Science de la théologie non moins nécessaire aux prêtres que celle des lois au jurisconsulte et celle des maladies au médecin. Elle est pour eux le flambeau qui dissipe les ténèbres de l'incertitude et du doute. C'est elle qui démêle les substiiitésde l'hérésie, en découvre les artifices, apprend à en réfuter les sophismes , et à travers les labyrinUies em-