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CHAPITRE III

De la modération de doctrine que doivent observer les ministres de Jésus-Christ ; ou qu'ils doivent être également ea garde contre le relâchement et le rigorisme.

(2) .1. Un temps viendra, dit saint Paul à Timothée, que les hom-

(i) Collet, Devoirs des pciitçur? , pag. 52, aç l'éailiou de 1759. (2)Lc r. Bçloa.

152 OBLIGATIONS d'ÉTAï DU SACERDOCE.

mes ne pourront plus souffrir la sainte doctrine ; mais que , piques dé curiosité ^ ils chercheront maîtres sur maîtres au gré de leurs désirs; et , détournant V oreille pour ne pas entendre la vérité^ ils se tourneront du côté des fahles (1). Mal{»ré cet avertissement plein de sagesse, de tout temps on a cherché et l'on cherchera toujours maîtres sur maîtres au gré de ses désirs. On ne refuse pas de s'instruire, mais on demande une instruction qui flatte Tamour-propre et qui ména(;e la délicatesse des passions, et comme si la morale de TEvangile devait ou pouvait se plier au gré de chaque particulier , on veut que ceux qui l'annoncent se fassent une loi de la représenter sous une couleur d'indulgence ou de sévérité, d'adoucissement ou de rigorisme, suivant que les personnes qu'on instruit sont plus ou moins sévères ou indulgentes à elles-mêmes, plus ou moins marquées au coin du relâchement ou d'une sévérité outrée.

De là (car où le respect humain , l'esprit de parti ou l'intérêt particulier ne viennent-ils pas à bout de se glisser ! ) ; de là, dis-je, cette lâche condescendance de tant de directeurs , de maîtres et de prédicateurs, qui, pour s'accommoder aux temps, aux lieux, aux personnes, ou pour se faire un nom dans le monde, altèrent les plus saines maximes de la religion , adoucissent ou aggravent le joug du Seigneur au gré de leurs caprices ou du goût d'autrui , comme s'il dépendait d'eux d'élargir ou de rétrécir la voie du ciel , et qu'il fût permis de substituer leurs folles idées aux lois toujours immuables de l'Evangile.

De là encore celte morale si différente dont on a fait de nos jours un cri de guerre dans le christianisme sous le nom de morale sévère et de morale relâchée. Non qu'on se pique de suivre dans la pratique ce qu'on se fait d'ailleurs un devoir d'enseigner. Tel prêche aux autres la réforme, qui vit chez soi fort à son aise, et qui ne se refuse aucun plaisir dans le particulier. Tel autre qu'on donne , bon gré malgré pour docteur relâché^ i;;nore ie plaisir et se refuse aux satisfactions les plus légitimes. Mais on prétend de manière ou d'autre former une bergerie, se l'attacher, la grossir à quelque prix que ce soit. Elle n'est même jamais assez pleine au gi'é du pasieur : et comme rion ne contribue plus à la remplir que de se conformer au goût des ouailles, que d'effrayer à l'e.vcès certaines âmes nalurellement timides, ou de rassurer dans leurs faiblesses celles qui y trou-

(d) 2 Tim. 4. r. 3. j

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