‹ Devoirs du sacerdoceChapitre 89 sur 331 · II. il · texte numérisé non relu

II. il

462 OBLîCATIONâ D'ÉTAT DU SACEUDOCE.

après y avoir versé de l'huile et du vin (4). G'est-à-dire que , COmiïie le vin seul ne lui parut pas sulïire à tant de plaies , et que pour y remédier il y mêla de l'huile, afin de tempérer la force et le piquant du vin; de même doit-on employer la force et la douceur en traitant les plaies de Tàme : sans cet heureux mélange , vous pourrez les aigrir , ou les trop épargner, mais vous ne les guérirez jamais.

Telle fut toujours la conduite du Fils de Dieu à l'égard des plus grands pécheurs, mais en particulier envers la femme adultère (2). Elle lui est amenée par les scribes et les pharisiens , c'est-à-dire par les docteurs de la loi ; mais des docteurs aussi outrés et sévères pour autrui dans leur morale, que mous et indulgens en leur faveur, quand il était question de leurs propres faiblesses. Maître, lui disent-ils, la loi ordonne de lapider toute femme surprise en adultère. On vient d'y surprendre celle-ci : prononcez donc et décidez de son sort. Que fait le Fils de Dieu dans une conjoncture aussi délicate? que dit-il à cette adultère? qu'en peuse-t-il ? lui reproche-t-il son crime avec un zèle amer? augmente-t-il ses craintes? ajoute-t-il à la honte dont elle est déjà couverle une nouvelle confusion ? Rien moins: il trouve un expédient tout divin pour la tirer de ce mortel embarras , et laisse à la loi toute sa force sans rien relâcher de sa bonté ordinaire. D'abord il dissipe d'un seul mot tous ces docteurs hypocrites : Que celui d'entre vous , leur dit-il , qui est sans péché , jette le premier la pierre contre elle (3). Voilà la loi à couvert et maintenue dans toute sa force. Ensuite, s' adressant à cette aduUère : Femme ^ lui dit-il, oii sont vos accusateurs F aucun d'eux ne vous a condamnée ; ni moi aussi je ne vous condamnerai point. Allez donc , et désormais ne pêches plus (4). Conduite toute divine, qui apprend aux ministres de la pénitence, non pas à accabler les pécheurs de réprimandes an>ères ou de fardeaux excessifs qu'ils ne sauraient porter ; mais à assaissonner leurs corrections d'une douceur paternelle qui les fasse goûter ; et maintenir les droits de la justice de Dieu , sans oublier jamais qu'il est encore plus jaloux de ceux de sa miséricorde.]

(d) tue. 10. V, 3-i.

(2) Joan. 8. V. 3 , ctc^

(3) Joan. V. 7.

(4) iHd. V. 10.

UVRE ni, CHAPITRE iii; 563

Dans celte vue , un ecclésiastique doit prendre la morale du Sauveur pour unique règle de la sienne sans en diminuer le poids ni entreprendre de laggraver. L'un ne lui est pas plus permis que l'autre'; parce qu'enfin il ne parle pas en son nom , mais au nom de Jésus- Christ , dont il est l'interprète , ou , comme s'exprime saint Paul , V Ambassadeur (1). En Tune ou Tautre de ces qualités , rien ne peut l'autoriser à parler auti ement que son maître ; il en sera toujours désavoué et très-sévèrement puni , soit qu'il ait exagéré et fait craiadre à l'excès ses ordres, soit qu'il les ait affaiblis ou dissimulés. La loi est faite; le doigt de Dieu l'a tracée. 11 n'est question que de lintimer , et de la rendre en l'intimant , telle qu'elle est émanée de la divine Sagesse. Nul homme, quel qu'il soit , n'aura jamais le droit d'y ajouter, ni d'en retrancher nn ïota ou tm seul point (2).

En vain prétendrait-on que pour la maintenir dans sa vigueur , il est permis de l'exagérer , de lui prêter une couleur de sévérité qu'elle n'a point , de donner aux conseils l'étendue des préceptes, de rendre la force à d'anciens canons que l'Eglise a sagement portés en certains temps , mais qu'elle a laissé tomber dans d'autres avec une égale sagesse. Zèle indiscret que tout cela; attentats téméraires contre la loi de Dieu , et d'autant plus criminels , que cette loi et \ Ecriture , qui lui sert de base , ne s'explique point ainsi par une interprétation particulière de Vesprit humain (3). La vérité est une dans tous les temps : elle n'est pas plus susceptible d'exagération que d'adoucissememt. Ce qui a été mauvais et opposé aux bonnes œuvres dès les commencemens , le sera toujours. Jamais un docteur particulier n'aura le droit de dire , il y a du péché en cela , quand Jésus-Christ et l'Eglise n'y en ont point aperçu. Il y a même de l'orgueil et de la témérité à vouloir , dans la pratique , donner son sentiment particulier pour règle nécessaire de conduite, lorsqu'on sait que l'Eglise ne désapprouve point le sentiment opposé.

Quant à la discipline, ou à certains canons depuis long-temps abrogés dans l'Eglise par le défaut d'usage , et si l'on veut encore , par un usage contraire , il ne convient à aucun particulier de les donner aujourd'hui pour règles, encore moins de taxer de péché mortel et de condamner les plus gens de biens lorsqu'ils manquent à les ob-

( (1) 2 Cor. S. 20.

(2) Matth. 5. V. 18.

(3) 2 P«tr, 0. i, V. 20.

104 OBLIGATIONS d'ÉTAT DD SACERDOCE.

server. Pourquoi? parce que l'E^ïlise, toujours invariable dan^ le tlo{>me, peut et doit même varier dans la discipline , suivant les temps el les besoins. Ce qu'elle veut qui tombe doit tomber; ce qu elle déclare être en vigueur, de vive voix, ou par la seule pratique, doit y être, indépendamment de tout sentiment particulier. Cette rèjjle bien entendue, loin d'abolir d'anciens usages où certaines Eglises particulières se sont conservées, les maintient dans toute leur force. Elle Ole seulement à chaque docteur particulier la manutention arbitraire de la discipline, qu'ils voudraient témérairement s'arroger.

On ne dit rien ici du bien qui doit nécessairement résulter d'une pareille morale, toujours également ennemie du relâchement et de la sévérité. Les mauvais scrupules bannis, les fausses terreurs dissipées, l'uniformité dans la conduite des âmes rétablie , le choix des confesseurs devenu moins critique, les âmes simples plus en sûreté, les jalousies de dévote à dévole, et les préférences de dii^ecteur à directeur détruites; que sais-je enfin, au moyen d'une morale unie et exempte de fard, telle, en un mot, que Jésus-Christ nous l'a tracée, on n'entendra plus dire parmi nous : Pour moi ^ je suis à Paul, moi à Céphas, et moi à Apollo (1). La puix, l'aimable paix renaîtra bientôt dans l'Eglise, les consciences seront plus tranquilles, le troupeau de l'un n'excitera plus la jalousie de l'autre : il y aura de l'ouvrage pour tous et même plus qu'on n'en pourra faire. Toutes les bergeries seront pleines, toutes les ouailles conduites dans d'excellens pâturages, tous les pasteurs amis, parce qu'ils n'auront lous qu'un même langage et un même intérêt, qui est le salut des âmes et la gloire de Jésus-Christ, dont ils sont solidairement chargés.

C'est là le point essentiel , et toutefois des vues humaines ou criminelles le font abandonner à toute heure. On veut être goùlé dans la direction et suivi dans l'exercice de la chaire. La réputation d'habile homme, et, si j'ose le dire , d'homme à la mode, tient au cœur. A quelque prix que ce soit, on veut l'acquérir, et pour y réussir , il n'est point de stratagèmes dont on ne s'avise. La vérité en souffre , la morale de Jésus-Christ s'altère, les cœurs se divisent, les peuples sont séduits; l'homme devenu à la mode devient lui-même un réprouvé : tout cela , parce que , pour parler au gré du monde , on renonce à sa conversion , et qu'on se propose sa propre gloire dans le sacré ministère, au lieu d'y chercher celle de Jésus-Christ. ^.

(1) 1 Cor. c. 1. T. J2.

IIVRE Ht, CHAPITRE IV. 165

Laissons là toutes ces vues humaines, défaisons-nous de nos préjugés et de tout intérêt de parti. Comme il n'y a qu'mi Seigneur , qu'une foi et qu'un baptême , qu'il n'y ait aussi , parmi les ministres de 1 Eg'ise, qu'un même langage et qu'un même esprit , parce qu'ils sont tous appelés à la même espérance (1). La vérité simple et sans fard eut toujours droit de plaire : elle n'a besoin ni d'afïaiblissement ni d'exagération. «5* elle nous paraît douce , dit saint Augustin, quand elle ménage nos faiblesses ^ elle ne peut manquer d'être amère quand elle nous guérit (2). D'ailleurs la morale de l'Evangile , assez sévère par elle-même , a dans son propre fonds , sans le secours de l'hyperbole, de quoi satisfaire le goût le plus décidé en faveur de la sévérité. 11 n'est question que de la donner telle qu'elle est, et elle opérera toujours sur les cœurs les effets les plus merveilleux. Quoi qu'il en soit, que la vanité doive en souffrir, et le troupeau particulier se dégoûte^ d'une morale qui ne serait ni trop douce ni trop sévère, n'oublions jamais ce beau mot de saint Augustin : // ii'est point utile à un homme de vaincre un autre homme ou par trop de douceur OU par trop de sévérité ; 7nais il lui est utile d'être vaincu par la vérité, pourvu qu'il y consente, et qu'il la prêche sans l'altérer.

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